‹ La jeunesse de StendhalChapitre 20 sur 288 · H. Br., I, 80 ; Maignien, op. cil · texte numérisé non relu

H. Br., I, 80 ; Maignien, op. cil

2. « C'était une distinction noble parmi les avocats, dont il parlait comme un jeune lieutenant de grenadiers parle de la croix », écrit Stendhal {IJ . Br., I, 79). Sur cette question, voir Les avocats consisloriaux au Parlement de Grenoble, discours fait à l'Académie Delpliinalc par M. Casimir Royer, et la réponse de M. l'abbé Ginon [Bullet. de l'Ac.Delph., 1892). Les avocats consistoriaux étaient 40 (sur plus de 350 avocats dépendant du Parlement de Grenoble, à la fin du xviii" siècle). Ils se recrutaient eux-mêmes. Dans les causes les plus difficiles, les magistrats les invitaient à venir délibérer avec eux. Ils exerçaient la juridiction disciplinaire sur l'Ordre entier.

Ce titre leur conférait la noblesse ; Chérubin Beyle était donc exempté de la taille, de la corvée, et de toutes impositions ; il avait, comme un seigneur, le droit de chasse. 11 pouvait aussi, avantage plus réel, aspirer aux charges de la haute magistrature. Angles, avocat consistorial, était entré au Parlement en 1780. F. Pison du Galland avait eu le même honneur.

Longtemps cette noblesse et ces privilèges furent héréditaires. Ils ne l'étaient plus depuis 1556. Ainsi, quand Henri Beyle, sous prétexte que son père avait été noble jadis *. voudra se faire appeler M. de Beyle, il fera revivre a son profit un droit réel, mais périmé depuis deux siècles et demi. D'ailleurs il ignorait sans doute l'un et l'autre.

* L'ordre des avocats fut, comme on sait, aboli en 1790. Quand on le rétablit, on ne restaura point en même temps le titre d'avocat consistorial.

LES ORIGINES d'hENRI BEYLE 17

bien dissimulée. On y connaissait le bel usage, mais on le pratiquait sans désinvolture. On y était instruit, mais d'une instruction souvent étroite et dépourvue de fantaisie. On y était probe, mais d'une probité un peu serrée et formaliste, où la générosité pouvait sembler trop étrangère.

Mais ce sont là traits de caractère que l'on pourrait retrouver alors dans la bourgeoisie de robe, en n'importe quelle ville de parlement du royaume. Un contemporain, un compatriote de Stendhal, va nous aider à connaître d'une façon plus particulière la bourgeoisie de robe qui habitait Grenoble, pays où « la profession de jurisconsulte menait à tout ^ ». Berriat Saint-Prix, dans son roman V Amour et la Philosophie, en fait une peinture curieuse et vraisemblablement fidèle. L'un des personnages de ce livre naïf, maladroit, et quelque peu ridicule ^, est lui aussi, comme Chérubin Beyle, « avocat consultant du parlement de Dauphiné ». Il a un fils qui, comme Henri Beyle, sait mal se soumettre aux petites vanités et aux petites conventions de ce monde, pointilleux jusqu'à la manie.

La marque et comme la tare du métier y étaient plus visibles et plus grossières que partout ailleurs. Les plaisanteries juridiques y semblaient exquises ; ces hommes de loi qui ne voyaient que des hommes de loi, et manquaient parfois de culture plus générale, jugeaient la procédure chose de bon goût, amusante, et propre aux

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