Archives de Grenoble, LL
4. Ce rapproclieineul des lollres et des sciences se retrouve dans le cours de Dubois-l'onlanclle, et dans un discours de Gattel, à la distribution des prix de l'au V. (Arch. de l'Isère, L 378.) C'est là une tendance très marquée dans l'eaeeiguement de l'Ecole centrale.
ô. Dans le même document, je trouve des plaintes de l'administration, qui
BEYLE A l'École centrale 283
Cette logique et cette métaphysique qu'enseignait l'abbé Gattel, c'étaient, on l'a vu, celles de Condillac. Avec tout le xviii® siècle, l'abbé Gattel était sensualiste. Beyle le devint en l'écoutant, et pour toujours.
Dès le début de sa correspondance, en 1802, c'est en effet Condillac que nous le voyons lire et citer ^. Il ne connaît encore, en ce temps-là, point d'autre philosophie que la sienne. Et l'on peut dire qu'il n'en admettra jamais d'autre. Bientôt sans doute il semblera délaisser Condillac pour Tracy ; il lira d'autres penseurs, Hobbes, Ilelvétius, Cabanis. Mais il ne croira trouver chez eux que les aspects différents d'une même doctrine ^. Cette doctrine, c'est toujours à Condillac qu'il en attribuera la paternité véritable ^. Et bien souvent, à la métaphysique allemande, c{ui lui semble obscure et frivole, puisqu'elle cherche la vérité en dehors de l'observation et loin des faits, il opposera « la philosophie de Condillac », qui « invoque sans cesse l'expérience ■* >\
Si Beyle doit à l'abbé Gattel cette doctrine, la seule qu'il ait jamais jugée digne d'un homme sensé, nous ne serons plus surpris qu'il ait conservé tant d'estime pour un maître qui lui avait enseigné la sagesse et la vérité ^.
On ne saurait s'exagérer la portée d'une pareille influence. Son professeur de philosophie aura été vraiment pour Henri Beyle le maître de sa pensée. Il n'est point
voudrait voir ce cours plus fréquenté. L'année suivante, en un long article inspiré, le Clairvoyant (10 frim. an VII) tâchait de lutter contre les préventions qui en éloiîrnaient les élèves, et faisait à la fois l'éloge de la grammaire générale et de l'abbé Gattel.
1. « Je t'enverrai... un petit livre..., qui te donnera plus d'idées que toutes les bibliothèques du monde ! C'est la Logique de notre compatriote l'abbé de Condillac. » (Lettre à Pauline, de juillet 1802 : Corr., I, 30 ; cf. 132.)
2. « Tracy, Hobbes, Helvétius, Condillac, se ressemblent extrêmement par leur tète. » (Corr., I, 203.)
3. « Locke a trouvé cette science en 1720, je crois. Condillac a commencé à lui donner un corps en 1750.» [Corr., I, 138.)