Elle fut ouverte au début de l'an III
3. « Cette branche de l'instruction jouissait alors... d'une haute faveur; le général auquel la victoire avait si souvent prodigue ses plus brillantes couronnes dans les champs de l'Italie sortait de l'artillerie. Tous les jeunes Dauphinois brûlaient de marcher sur ses glorieuses traces, et aspiraient à l'école polytechnique... » {Id., XIX.)
BEYLE A I, 'ÉCOLE CENTRALE 287
faire comme ses camarades. Mais surtout il aperçut là un moyen de quitter Grenoble. C'est ce qu'il appelle une « idée... de génie ^. » M. Chuquet Cot de son avis. Aussi l'en croit-il incapable ^.
Il est cependant aisé d'imaginer que Beyle, sachant que l'Ecole Polytechnique était sise à Paris, en ait conclu qu'il serait là loin de Grenoble. Et, qu'il ait voulu quitter Grenoble, cela ne le distingue pas de maints jeunes provinciaux avides, en ce temps-là comme aujourd'hui, d'aller chercher fortune dans la capitale. Mais Beyle avait des raisons plus personnelles encore pour fuir Grenoble, « cette fange qui » lui faisait « mal au cœur », pour désirer Paris, qui dès son enfance représentait à ses yeux la gloire littéraire : « Le bonheur suprême était de vivre à Paris, faisant des livres, avec cent louis de rente *. »
Ce désir et cette haine transfiguraient déjà les sciences pour cette folle imagination. A travers chiffres et formules, Beyle entrevoyait la ville rêvée, la liberté enfin conquise, la gloire et les livres, l'amour et les femmes. C'était bien assez pour faire de lui un mathématicien passionné.
Mais il aima les mathématiques d'une tendresse plus désintéressée. Elles le séduisirent par leurs froides et lucides beautés.
Beyle est un esprit catégorique et affirmatif ; il est avide de vérités solides, et d'évidences qui s'imposent. Ce n'est point sa raison seulement, c'est son tempérament brusque et énergique qui lui font rechercher les précisions où l'on se fixe, et détester l'incertitude. La clarté n'est donc pas seulement pour lui un besoin logique, mais une volonté. Aussi cet incrédule ne sera-t-il jamais un sceptique. Le « mol oreiller » n'agrée point à un esprit si vif, qui veut de promptes assurances.
Les mathématiques ^ les lui donnaient. Là seulement il
1. //. Br., I, 101. — Il la trouve même tellemont « oféniale » qu'il finit par douter d'avoir pu la concevoir ù pareil âge (II, 63). Cf. I, 79 et 130-131.