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ne le révéla pas davantage à lui-même ^. Et son séjour dans l'atelier de M. Le Roy, malgré « madame Le Roy, une diablesse... fort piquante et avec des yeux charmants ^ », ne présenterait rien de notable, si Beyle n'y avait éprouvé sa première impression d'art.
« Vers cette époque, écrit-il, les arts s'emparaient de mon imagination, par la voie des sens, dirait un prédicateur. » Et les sens de Beyle, on s'en souvient, étaient alors fort troublés ; les fredaines de Félicia le consumaient d'une émulation chimérique, « la possession d'une maîtresse » était l'objet de tous ses vœux. Il avait douze ans peut-être.
Or Beyle vit dans l'atelier de M. Le Roy « un grand et beau paysage : une montagne rapide très voisine de l'œil, garnie de grands arbres ; au pied de cette montagne un ruisseau peu profond, mais large, limpide, coulait de gauche à droite au pied des derniers arbres... » Ce paysage tout seul ne lui aurait rien dit ; Beyle ne s'y intéressa que parce qu'il y vit des femmes : « Là, trois femmes presque nues (ou sans presque) se baignaient gaiement... »
Qu'était ce tableau ? Quelque copie de l'école bolonaise? Un paysage classique, à la manière du Lorrain, agrémenté de quelques baigneuses? Ou l'œuvre plus libre et plus polissonne d'un peintre du xviii*^ siècle, dans le goût de Pater ou de Boucher ? Mais, puisque nous sommes dans un cours de dessin, cette dernière hypothèse est peu vraisemblable. Qu'importent d'ailleurs la manière et le style? Ce qui touchait Beyle, c'est que des femmes fussent nues, dans un de ces paysages où l'Arioste l'avait accoutumé à loger ses rêves d'amour les plus poétiques.
« Ce paysage, d'une verdure charmante,... devint pour moi l'idéal du bonheur. C'était un mélange de sentiments tendres et de douce volupté. Se baigner ainsi avec des femmes si aimables ! ^ »