‹ La jeunesse de StendhalChapitre 228 sur 288 · Id · texte numérisé non relu

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Avant de lui attirer la haine des salons, et quelques calomnies, cet esprit malencontreux lui valut son premier duel K

L'histoire du duel Odru ^ est amusante et caractéristique. On y voit d'abord la marque de l'époque : il n'est point en usage de se battre en duel au collège ; mais ces adolescents, contemporains de la Terreur, prenaient au tragique le moindre enfantillage ^ ; et Beyle plus qu'aucun de ses camarades.

Une plaisanterie, quelques gifles : '( A l'instant, il fut décidé que nous devions nous battre au pistolet... Nous descendîmes dans les fossés de la ville *... » Toute l'école les regardait. Les combattants furent mis face à face. Leurs témoins les armèrent. Beyle, troublé, mais stoïque, et déjà psychologue, regardait fixement, pour calmer une imagination trop prompte à lui montrer la mort, « un petit morceau de rocher en forme de trapèze », qu'il apercevait dans la montagne. Mais la foule, émue par tant d'héroïsme, les réconcilia ^.

Beyle ne se pardonna point cette réconciliation. « Comment oser admirer le Cid après ne s'être pas battu ?... » Et ce « remords horrible » le poursuivit, tant qu'il ne se fut pas démontré à lui-même qu'il n'était point un lâche ^.

1. Au moins d'après le récit de Colomb : '•■ Beyle... lui lança une épigramme bien acérée..., etc. » {^01., XVI.) Selon Beyle, la querelle avait une autre cause. 11 n'importe.

2. Chapitre xxxii d'Henri Bndavd. !Marc François Odru était un bon élève, souvent nommé dans les distributions des prix. « Le citoyen Odru a inspiré... le plus vif intérêt », lit-on dans un compte-rendu des examens de l'an V. Comme Beyle ne se trouvait plus dans le môme cours de dessin que lui ni à la fin de l'an VI ni en l'an VII (d'après les procès-verbaux des examens, aux Archives de l'Isère), il faut sans doute pl.icer le duel en l'an V ou au début de l'an VI ; Beyle avait de quatorze à quinze ans.

3. L'histoire de la Révolution donne bien des preuves de cette maturité hâtive. Jlais déjà, sous l'Ancien Rcçrime, l'éducation et les mœurs habituaient les enfants à j)lus de sérieux qu'ils n'en ont aujourd'hui. Voyez par exemple le récit c|ue fait Marniontel de sa vie au t ollèsro. Enfin, d'après Beyle, c'était là un caractère proj)re à la race dauphinoise (//. Br., I, 290).

1. 11. Br., 1 1, 29-30. Ceci se passait entre les portes de Bonne et Très-Cloitrcs.

■>. Ici les versions de Colomb et de Beylf diffèrent un peu.

(■). " Je vois qu'il a été le j:rand ren)ords de tout le commencement de ma jeunesse, et la vraie raison ilf mon oulrecuitlance (presque insolence) dans le duel de Milan, où Cardon fut témoin. » (Id., 31-32.)

BEYLE A L ICCOLE CENTRALE

En vérité, Beyle avait donné en ce jour la première ])reuvc de son courage. Ce courage n'était point l'insouciance, ou l'ignorance du danger. Tout au contraire, une imagination précise lui montrait en les exagérant tous les périls possibles. Mais une volonté orgueilleuse lui défendait d'être lâche. Cette énergie lucide est une des qualités propres à Beyle.

« Pendant les deux heures que dura la procession des deux cents gamins, je me disais : Quand les pas seront mesurés, c'est alors qu'il y aura du danger. Ce qui me faisait horreur, c'était d'être rapporté à la maison sur une échelle, comme j'avais vu rapporter le pauvre Lambert. Mais je n'eus pas un instant l'idée la plus éloignée que l'affaire serait arrangée... En un mot, je ne jouai point la comédie, je fus parfaitement naturel, point vantard, mais très brave. »

« Point vantard », que c'est là un trait remarquable \ Beyle a toujours eu de la pudeur. « Dans les grands dangers, je suis naturel et simple ^. » En ce temps, où la simplicité n'était point notre vertu préférée, Beyle se condamnait à être méconnu pour son courage comme pour le reste. Tl n'avait pas le beau geste que l'on aime en France.

Malgré ses qualités et malgré ses défauts, Beyle finit par se faire quelques amis. Ses premiers succès l'avaient apaisé ; la défiance aigrit, et la vanité satisfaite donne de la bienveillance : « Je fus peut-être guéri de ma méchanceté, dit-il lui-même, par mes succès de 1797, 98 et 99, et la conscience de mes forces. »

Ces mêmes succès lui gagnèrent des admirateurs ^. Alors son originalité, l'aristocratie de ses manières, sa hauteur même, tout ce qui lui avait d'abord aliéné les sympathies, tant qu'on l'avait cru un égal, lui donna une espèce d'autorité, dès que quelques-uns eurent biea voulu reconnaître en lui un supérieur. Ce fut un sentiment

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