Cf. Journal
2. D'après Beyle, il était plus jeune que lui-même de deux ans, étant né « à Lyon vers 1785... Son père, ancien négociant fort loyal, se retira à Grenoble vers 1788 » {H. Br., I, 230). Contrôleur des droits réunis à Genève sous l'Empire, plus tard clief de comptabilité aux Messageries royales, et fort bien rente, Romain Colomb mourut en 1858. (Voir Corr., I, XIV.)
3. Quant aux sentiments de Colomb pour Beyle, ils ne sont pas moins singuliers. Il l'admire à coup sur, il lui est dévoué par delà la mort. Mais il est difTicile de trouver aussi peu de naturelle sympathie. Colomb éprouve pour ce panier percé, cet homme léger et d'une conduite si peu régulière, le mélange d'admiration, de mépris et de stupeur, que sentent les « vrais bourgeois » en face des « artistes n. Colomb est un contemporain de M. Poirier.
Son affection pour Beyle prend parfois l'air de la commisération : il le re^-arde comme une espèce d'enfant, génial et terrible.
parler de ce cousin, qu'il devait pourtant voir quelquefois ^. C'est la première de ses ingratitudes.
Mais Colomb ne fut point ingrat. Il se plaît à rappeler une scène qui fait un singulier honneur au caractère de Beyle, et me justifie, je crois, de l'avoir maintes fois défendu contre son père ou sa tante : « En juin 1794, tous les membres de ma famille ayant été jetés dans les priions de Grenoble, je restai seul, avec une bonne, au milieu de l'appartement qu'occupaient mes parents. Le lendemain de leur arrestation je passai la journée chez M. Gagnon. Après le dîner, je sommeillais sur un fauteuil, dans le salon, où Beyle et moi étions restés seuls. Croyant que je dormais profondément, il parlait à haute voix 2 des inquiétudes que faisait naître ma présence dans la maison de son grand-père. Après tout, disait-on, recueillir ainsi chez soi l'enfant de détenus jDolitiques, c'était... s'exposer gratuitement à de graves dangers. Des membres influents de la famille, mademoiselle Séraphie, entre autres, opinaient pour mon renvoi immédiat. Cette disposition poltronne et malveillante à mon égard mettait Beyle au désespoir, et il l'exhalait en termes bien propres à resserrer encore davantage les liens de notre amitié ^. . . ^
Mais cette affection sincère est de celles dont il n'y a rien à dire. Colomb se montrera plus tard le vieil ami raisonnable et dévoué : croyons qu'il était déjà, parmi les jeunes compagnons de Beyle, le plus sage et le plus fidèle. Mais son caractère effacé, son manque probable d'enthousiasme, et sa complète indigence de génie, nous
1. Sans (loule il le nomme, mais en passant: « Mesdames Romagnier et Colomb, de moi tendrement aimées, mes cousines..., et la seconde mère de M. Romain Colomb, mon meilleur ami... » (//. Br., I, 138.) Sa tante, — et par •conséquent son cousin, — venaient souvent cliez les Gagnon. (Cf. 178, 180, 2G1.) On le voit prêter un roman à Colomb (193), et comploter avec lui contre l'arbre de la Fralernité (II, 40-50). (^lolomb est en même temps que lui à l'Ecole centrale, où ce laborieux ne se distingue qu'en liistoire. (Arcli. de Gren.)
2. Noter ce trait d'une nature passionnée, peu maîtresse d'elle-même.