II se présente à l'Ecole Polytechnique en l'an VIII
qualité devaient le rapprocher de Beyle. Mais une pareille camaraderie n'était point sans péril. Esprit méticuleux et morose, Faure manquait de l'insouciance qui convient à un jeune homme. Il était triste, d'une tristesse raisonnante et découragée ^. « C'est un homme malheureux par essence », dira Beyle. Une vanité inquiète ^ venait encore compliquer cette humeur mélancolique. « Rien de pernicieux comme la compagnie d'un homme triste », remarquera plus tard Beyle ^, et il se plaindra « du mal infini » que lui avait fait son compagnon par cette mélancolie « contagieuse * ». On peut supposer que le « mal » avait commencé dès Grenoble. Félix Faure s'était uni à Saint- Preux pour donner à la sensibilité de Beyle, naturellement ardente et vivace, cette gravité lugubre et gémissante qui lui allait mal, et dont il s'évadera dans peu d'années ^. Mais d'ici là l'influence de ce « funeste » ami ne se fera que trop sentir. Il est vrai que, grâce à lui sans doute, Beyle creusera, si l'on peut dire, ses émotions, et que son âme y gagnera en finesse et en profondeur.
Mante ^ partageait avec Faure l'intimité d'Henri Beyle. Il est un de ses complices dans l'attentat contre l'arbre de la Fraternité ; et, de retour à Paris, en 1804, Beyle le déclarera son meilleur ami '. Il parle sans cesse de lui
1. « Félix Faure... n'avait nullement ma rêverie folle sur l'Amour et les Arts. C'est ce manque de folie qui a toujours coupé la pointe à notre amitié, qui n'a été que compagnonnage de vie... L'égoïsme et une absence complète de la plus petite étincelle de générosité, réunis à un caractère triste, à l'anglaise, et à la peur de devenir fou..., forment le caractère de ce mien camarade. » {H. Br., II, 146-147 ; cf. 94.) « Qu'il est sec, cet homme, mais il est bien raisonnable », disait de son côté le candide Bigillion [Let. inéd., Bibl. de Gren., R302).