‹ La jeunesse de StendhalChapitre 261 sur 288 · Br., I · texte numérisé non relu

Br., I

6. Bien qu'il le prétende, H. Br., I, 267. — Par amour pour \'irginie Cubly, Beyle entreprit de se faire lui aussi musicien ; il essaya du violon, puis de la clarinette, et enfin de la voix ; mais aucun de ces instruments ne put le satisfaire. Il avoue lui-même qu'il avait « horreur tout le premier des sons » qu'il produisait. (Id., 274-275 ; cf. Souf. d'Egot., 90-91.)

à sa maîtresse du jour, ou regretter avec mélancolie celle qu'il a perdue ; et c'est à son émotion amoureuse qu'il mesure la beauté de la partition ^. S'il adore la musique, ce n'est donc pas pour elle-même. Aux violons de l'orchestre et aux chants de la scène répondent dans son cœur de secrètes mélodies plus délicieuses. 11 n'écoute guère que celles-ci : « Toute musique qui me laisse penser à la musique est médiocre pour moi », écrira-t-il -.

C'est là ce que les musiciens de métier ne lui ont jamais pardonné. Mais, quelle que puisse être la faiblesse d'une pareille méthode, l'auteur futur de la Vie de Rossini n'en connaîtra jamais d'autre. Elle correspondait à son exclusive préoccupation de l'amour, comme à la sensibilité de ses nerfs, qui lui faisait chercher dans la mélodie un plaisir physique et une volupté paresseuse ^. Sans doute, à force d'entendre des opéras, il gagnera, presque sans le vouloir, quelques connaissances techniques. Mais il ne cherchera jamais à juger de la musique en savant. Et le plaisir qu'il y pourra trouver, à cinquante ans, sera plus nuancé sans doute et plus averti, mais absolument de la même nature que cette joie tendre et amoureuse dont il fit la découverte, en écoutant la voix fragile de Virginie Cubly.

A la vérité, en 1798, Beyle ne se doutait point encore de tout ce qu'il devait à cette jeune femme, pour lui avoir ouvert la source inépuisable des voluptés musicales. Il n'aimait Mademoiselle Cubly que pour le plaisir de l'aimer.

Cet amour timide jusqu'à la souffrance inspira pourtant à Beyle « probablement l'action la plus brave » de sa vie. Ce fut de demander « où logeait Mademoiselle Cublv. »

1. «... la musique, quand elle est parfaite, met le cœur exactement dans la même situation où il se trouve quand il jouit de la présence de ce qu'il aime, c'est-à-dire qu'elle donne le bonheur apparemment le plus vif qui existe sur cette terre. » {Amour, 32.)

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