‹ La jeunesse de StendhalChapitre 278 sur 288 · Mém. d'un Tour., I · texte numérisé non relu

Mém. d'un Tour., I

2. I, 50. -^ On trouverait dans l'œuvre de Stendhal maint exemple de cette façon toute sentimentale d'apprécier un paysage, qui n'est plus qu'un thème à rêverie. Voici l'un des plus caractéristiques : « On se sent tout à coup plongé dans une rêverie profonde... à la vue des bois et de leur vaste silence. On songe avec profondeur à ses plus chères illusions ; on les trouve moins improbables ; bientôt on en jouit comme de réalités. On parle à ce qu'on aime, on ose l'interroger, on écoute ses réponses. Voilà les sentiments que me donne une promenade solitaire dans une... forêt. « [Racine ei Shahespeare, 100.)

dulation Jes vallées une image de nos sentiments et de nos passions. C'est ainsi qu'il écrira dans Henri Brulard, avec une délicatesse curieuse : « ... des aspects que personne ne citait, la ligne de rochers en approchant d'Arbois..., sont pour moi une image sensible et évidente de l'âme de Métilde ^. »

Cette façon d'interpréter la nature le disposait beaucoup mieux qu'une vision plus pittoresque à en subir l'influence. Symboles ou expressions, des paysages ainsi humanisés n'avaient point de peine à s'insinuer dans son esprit, et à y laisser leur empreinte. Y avait-il donc, dans le langage que tenaient à ce Dauphinois les montagnes du Dauphiné, quelque accent original dont on puisse retrouver en lui les particularités singulières ?

En cherchant dans cette âme, comme le veut Ruskin, « les lignes des paysages que les yeux ont contemplés », nous ne ferons qu'obéir à une suggestion de Stendhal luimême : n'a-t-il point noté « l'impression profonde » que les « terribles montagnes » du Dauphiné peuvent laisser u dans certaines âmes "^ u ?

Quand Beyle se promenait par les rues étroites et les petites places de Grenoble, quand il longeait les quais de l'Isère, d'où la ville découpe si bien son âpre et fine silhouette sur la longue chaîne blanche de Belledonne, quand il errait dans les vallées ou sur la montagne, la figure de son pays natal lui répétait sans cesse quelques leçons obstinées.

Là rien d'indécis, point d'hésitation ni de mollesse : les horizons de Grenoble ne sauraient former des imaginations vagues. Fermes, précis et durs, ils ne ressemblent guère à ces paysages de Touraine ou de Normandie, qui ne savent point s'affirmer. Dans la ville comme autour d'elle, les choses semblent pleines d'une impérieuse volonté.

C'est d'abord l'opiniâtre couleur jaune, un jaune de

1 u. Br., 1, 18.

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