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LES ORIGINES u'hENRI BEYLE 53
ment la disgrâce de Necker ^. Sans doute, quand vint l'orage, il ne sortit plus de chez lui. Elu notable en 1790, il refusa de prêter serment, et fut rayé de la liste ^. Mais, le 10 ventôse an III, on le vit reparaître dans la vie publique, et se laisser élire « vice-président de la 5^ section, dite de Brutus ^... » Et nous savons comn.ent il prenait, vers le même temps, la part la plus active à l'organisation de l'école révolutionnaire.
Beyle a bien prétendu qu'Henri Gagnon, sous la Terreur, avait été mis sur la liste des « simplement suspects ». Mais nous avons cette liste, et Henri Gagnon ne s'y trouve pas ^.
La vérité est seulement que cet homme d'esprit détestait tous les fanatismes. Il était fort tolérant. Il reconnaissait un jour avec son petit-fils que pendre deux ministres protestants ou guillotiner deux prêtres catholiques, cela se valait.
Si le docteur Gagnon avait l'âme tolérante, c'est peutêtre qu'il ne croyait guère. « ]\Ion grand-père... prenait la religion fort gaiement », a dit Stendhal ^. Il se moquait beaucoup qu'on enseignât à son petit-fils le système de Ptolémée, comme « approuvé par l'Eglise ». Il était voltairien. Jadis il avait fait un pèlerinage à Ferney, et Voltaire l'avait reçu « avec distinction ». Ce sont des souvenirs que l'on n'oublie pas ^. Aussi conservait-il chez lui « un petit buste de Voltaire, gros comme le
1. « ... un ministre éclairé, qui, jusques dans sa retraite, est encore utile à la nation, par les lumières qu'il a répandues sur toutes les parties de l'administration. » (Discours précité, du 2 mai 1787.)
2. Délibération du corps municipal, 12 mars 1790 : arch. de la ville de Grenoble, LL 1.