‹ La jeunesse de StendhalChapitre 70 sur 288 · Br., I · texte numérisé non relu

Br., I

3. i< Malgré sa qualité de demoiselle à marier, elle fit ouvrir une grande porte condamnée qui, de sa chambre, donnait sur l'escalier de la place Grenette, et à la suite d'une scène abominable, dans laquelle je vois encore sa figure, fit faire une clef. Apparemment, son père lui refusait celle de cette porte.

Elle introduisait ses amies par cette porte, et entre autres cette madame Vignon, Tartufe femelle, qui avait des oraisons particulières pour les saints... » (//. Br., I, 198.)

son dévergondage. C'était, affirme Beyle, « la dévote la plus en crédit dans la ville ^ ». Quand elle mourut, « les prêtres affluèrent. »

Comme il convient à une personne si bien pensante, la Révolution l'indigna, l'exaspéra. Séraphie en détestait les héros, même les plus innocents, et ne passait point devant la maison de Barnave sans un mot piquant. Elle applaudit à sa mort, et, comme c'était un cœur impitoyable, il lui plut que les sœurs de cet homme dangereux fussent dans la gêne.

La mort de Louis XVI la jeta dans des violences excessives, dont son neveu pâtit, conséquence lointaine de ce grand événement.

Elle poussait jusqu'au fanatisme la haine des idées dangereuses. Un jour que son grand-père avait prêté au petit Beyle un livre aussi inofîensif que Bélisaire, — à moins que ce ne fût la Henriade, — elle s'écria avec une violence vraiment incompréhensible : « Comment peut-on donner de tels livres à cet enfant ! Qui lui a donné ce livre ^ ? »

Séraphie aimait peu l'instruction, qui apprend au peuple à raisonner de tout. Aussi blâma-t-elle « vertement » son excellent père, pour s'être mêlé d'organiser l'Ecole centrale ^ Elle ne transigeait point sur ses principes. Querelleuse, acariâtre, elle défendait ses convictions avec une aigre et furieuse opiniâtreté. Son père en était tout offusqué : « il aimait la paix par dessus tout, et elle ne vivait que de scènes *. » Elle 1'" ennuyait » vraiment et « le vexait ». Aussi se taisait-il; sa sœur EHsabeth se taisait aussi, par dignité ; et Séraphie, malgré sa jeunesse, régnait avec l'autorité que donnent l'amour des querelles et l'énergie intempérante. « Elle était abhorrée, affirme Stendhal, mais avait beaucoup de crédit dans la famille ^. »

1. H. Br., I. 33. — « Séraphie était du premier sanhédrin dévot de la ville avec une Madame Vignon, son amie intime » [id., 138).

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