‹ La jeunesse doree drame en cinq actes et neuf tableauxChapitre 16 sur 100 · ACTE I, TABLEAU I · texte numérisé non relu

ACTE I, TABLEAU I

JULES

Que dites-vous ?

LA COMTESSE

Comment serait-elle heureuse dans la société d’un mari qui s’est exclusivement voué au culte, à l’adoration des chevaux?

JULES

Achevez! madame! achevez ! l’heure va sonner.

• Une leçon sévère, infligée h monsieur de Morval, donnée aujourd’hui môme, quand il se croit sûr de triompher, frapperait sa vanité au cœur. Eh bien! monsieur, cette leçon allait lui être donnée : madame de Morval 'était parvenue (j’étais aussi de la conspiration) à corrompre William, le jockey du baron, quand elle apprend que vous, monsieur, dont la supériorité comme cavalier est si grande, monterez Ficlorious, le cheval du baron. Ce coup l’a renversée; elle m’a suppliée; jugez si sa tôte était perdue, de vous retenir autant que je le pourrais, afin , je vous l’ai dit, de vous faire oublier l’heure des courses... Moi, je ne voulais pas... je n’ai rien promis... Mais elle n’a pas voulu m’entendre ; elle est partie en me laissant dans une position qui vous aurait paru plus qu’étrange sans l’aveu que je viens de vous faire. Je n’ai plus rien à vous dire, monsieur; mon devoir envers l’amitié est rempli ; mais partez ; je vois trop à votre impatience combien il vous en coûterait de demeurer davantage... Partez, monsieur; il n’est déjà plus temps.

JULES

Il est encore temps, madame. [A lui-même.) Ce pari!... que faire?... Si j’allais le perdre!... IN’importe! (//out.) Il est encore temps, madame, mais je reste. Le bonheur de madame do Morval vaut bien qu’on lui sacrifie...

La comtesse.

Monsieur, ce dévouement si noble, si rare...

JULES

11 suffisait d’un simple désir de madame de Morval pour l’obtenir.

LA COMTESSE, élonnée.

Ah! ,

JULES

Pour elle ! ah ! pour elle, madame, tous les sacrifices que je pourrais faire sont des devoirs, et les devoirs de nobles et touchants plaisirs.

LA COMTESSE, de plus en plus piquée.

C’est-à-dire que mon intervention était inutile.

JULES

Non, madame, mais...

LA COMTESgE.

Je m’étonne alors qu’elle ne vous ai pas demandé ce qu’elle était si sûre d’obtenir.

JÜI.ES.

Pouvait-elle douter do mon zèle, de mon ardeur à l’obliger?

LA COMTESSE

Dans ce pas, pourquoi m’employer? En vérité, les meilleures amies ont parfois d’étranges fantaisies ! Elles paraissent vous mettre dans la confidence de leurs peines, elles vous disent tous leurs secrets, qu’on ne tenait pas à connaître, tous... excepté un seul cependant... et, justement c’est celui-là qu’elles devraient vous dire d’abord, ou du moins vous laisser soupçonner pour qu’on n’eût pas l’air de tomber des nues dans le cours d’une mission, je ne dis pas difficile, vous m’avez prouvé le contraire , mais obscure, mystérieuse, délicate pour celle qui s’en charge. Mon Dieu ! je trouve naturel que madame de Morval veuille donner par vous une leçon a son mari, je trouve naturel que vous cédiez avec enthousiasme à ce désir, je trouverais même au besoin très-naturel qu’elle m’ait choisie comme parlementaire, mais s’il est d’usage de couvrir les yeux des parlementaires , on n’a pas encore jugé à propos de leur boucher les oreilles. On les expose k tout savoir.

JULES

Votre comparaison, madame...

LA COMTESSE

N’est pas juste, vous m’en faites apercevoir, car on envoie les parlementaires dans le camp ennemi, et je ne venais certes pas chez un ennemi en venant vers vous de la part de M“* de Morval. Je me présentais au contraire chez un ami dévoué jusqu’à l’abnégation de sa propre gloire, bon jusqu’à la tendresse, tendre jusqu’à...

JULES

Arrêtez, madame, arrêtez ! je vous ai enfin comprise! Je dois à la famillede M°°° de Morval, la plus sainte des reconnaissances. Sa mère et la mienne avaient été élevées ensemble : c’étaient deux véritables amies. La révolution seule pouvait les séparer. Ma mère émigra : toutes ses propriétés furent conflsquces et vendues. Plus tard, ellerevinten France, mais ruinée; elle croyait l’être, du moins. Une femme vint à elle en soui ianteten lui disant: Reprenez tous vos biens : soyez plus riche que jamais. Cette amie, cet ange, c’était la mère de M"'“ do Moi val, qui avait acheté sous main, pour nous les rendre un jour, toutes nos propriétés. Maintenant, madame, vous étonnerez -vous encore?

LA COMTESSE

Qu’ai-je dit? Pardon, monsieur! ah! pardon! les apparencés

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