‹ La jeunesse doree drame en cinq actes et neuf tableauxChapitre 2 sur 100 · ACTE I, TABLEAU I · texte numérisé non relu

ACTE I, TABLEAU I

changerait rien à nos conditions. ( On rit du ion d’assurance de Grandchamp, et Jules comme les autres.)

SAINVILLE

C’est cela, un pari ! comme nous en faisions autrefois chez Victorine, qui se fait appeler aujourd’hui la marquise de Sainte- Hildegonde. Ainsi c’est convenu et accepté !

' IULES

Un pari ? non, monsieur, mais un défi!

GRANCHAMP.

De votre part?

IULES

De ma part, quoique, je vous l’avouerai, j’éprouve quelque répugnance k mettre en question avec cette légèreté l’honneur d’une jeune fille.

SAINVILLE

Une modiste, très-cher.

GRANDCHAMP

Ah 1 je n’ai pas dit que ce fût uue modiste; seulement j’apprécie la longueur du siège à raison de la résistance présumée ; car il en est des femmes comme des forteresses : il y a des femmes qui exigent un mois de siège, d’autres deux mois.

SAINVILLE

Trois mois au plus.

GRANDCHAMP

Jamais 1... Il n’y a pas de place-forte en Europe qui puisse résister trois mois.

SAINVILLE

Depuis l’invention de la poudre.

IULES

Depuis l’invention de l’argent.

GRANDCHAMP, piqué.

Oh I... l’argent!... Décidément, monsieur de Saint-Evremond ne veut pas croire aux succès obtenus par mes avantages personnels.

M“® DE MORVAL, s’approchant après avoir quitté ces dames, qui ont descendu les degrés du perron.

Je croyais mon mari avec vous, messieurs.

IULES

Non, madame ; l’incroyable assurance de monsieur de Grandchamp l’a effrayé. 11 a parfois en sa bonne fortune une confiance si hautaine, monsieur de Grandchamp, il paraissait tellement certain de son cheval et du résultat de la course, que M. de Morval, totalement découragé, nous a quittés pour aller retrouver l’espérance auprès du sien.

M™* DE HORVAL.

Ne croyez pas cela. M. de Morval voulait tout simplement un prétexte pour retourner à l’écurio : il y est du matin au soir, il n’en sort plus... Mais vous disiez quand je vous ai interrompus...

GRANDCHAMP

Beaucoup de bien et beaucoup de mal de votre sexe. ( Les jeunes gens remontent vers le fond pendant que la scène continue.)

M“* DE MORVAL.

Du bien et du mal ? attendez : je gage que je vais deviner tout d’abord. Le bien c’est peut-être Jules qui l’a di^ mais, à coup sûr, le mal, c’est vous.

GRAN’DCHAMP.

Ah ! madame I quelle opinion vous avez de moi !

Exécrable; mais je vous excuse... il vous est permis d’en vouloir furieusement à notre sexe depuis qu’il vous a fait perdre deux millions. Oui, la fortune de votre oncle, le général comte de Brennes, monte bien à deux millions, et vous haïssez la comtesse pour voire argent.

GRANDCHAHP.

Eli bienl non... je vous assure que ce mariage...

M“* DE MORVAL.

N’allez-vous pas soutenir que vous avez vu avec une parfaite indifférence s’évanouir en fumée l’espoir d’un si bel héritage?

GRANDCHAMP

Il n’est pas entièrement perdu pour moi.

DK morval.

Non; mais les eafants qui peuvent survenir... Madame de Brenne^est jeune, très-jeune, cher comte, ne l’oubliez pas.

GRANDCHAMP

Mou oncle commence à ne plus l’être, je ne l’oublie pas non plus.

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