M“* DR MONVAL
Et sans préparation, sans ménagement vous lui avez an-^ poncé ?
BLAVIGWT.
C’est mon système : l’incertitude d’un mal m’a toujours paru plus pénible que le mal lui-mAme. M. de Saint-Evremond a assez d’empire sur lui pour supporter vaillamment de pareils coup, je le savais. J’ai pu ce malin même m’en convaincre à l’énergique sang-froid avec lequel il exposait sa vie pour la cause la plus futile.
LA COMTESSE
Pouvez-vous, monsieur, qualifier avec cette légéreté la défense de son houneur ?
BLAVIGNT.
De son honneur, madame? Je n!ai jamais pensé que l’honneur d’un homme comme M. de Saint-Evremond pût être attaché à la vertu d’une jeune fille sans nom, sans naissance.
' LA COMTESSE
Que dites-vous ?
BLAVIGNY, à part.
Le coup a porté. [Haut.) Quelque ardent, quelque susceptible que soit son amour pour une jeune ouvrière, elle n’est pas sa femme, et...
DE MORVAL.
Mais, monsieur, ce duel... ce n’est point lè sa cause.
BLAVIGNT.
Apparente, non, madame.
Ah ! il y en avait une cachée?
BLAVIGNY.
Eh I mon Dieu ! qui de nous dans sa vie n’a rencontré une jeune fille, belle, douce, candide, aimante, comme celle-ci? Qui de nous, comme monsieur de Saint-Evremond, n’a été heureux d’oublier à ses genoux etles devoirs et la contrainte que lenionde impose? [A part.) Elle ne respire pas. [Haut.) Certes, à vingt ans, on est prêt à tous les sacrifices; on aime une jeune ouvrière comme on aimerait une grande dame, avec toute son âme. m“* DE MORVAL, à part.
Comme la comtesse est pâle!
BLAVIGNY, à part.
La jalousie la poignarde. [Haut.) Mais que, pour je ne sais quelle rencontre entre Grandchamp et cette jeune fille, pour le dépit d’un moment, on aille provoquer... ’
M“® DE MORVAL.
11 suffit, monsieur ; nous ne vous demandions, je crois, ni ces réfiexions ni ces détails.