SCÈNE XVII LES MÊMES, RODRIGUE
Diègue. — Mon fils !.. . Rodrigue !
Chimène. — Le ciel me protège ! Sortirait-t-il du monde des chimères et des songes ?
Don Sanche. — Rodrigue!
Le Cid, au roi et à don Sanche. — Que Ta Majesté et Ton Altesse me donnent leurs pieds à baiser.
Dona Urraca, à part. — Je l'aime mieux vivant et ingrat.
Le Roi. — Quel est Fauteur de nouvelles aussi mensongères ? Où est-il?
Le Cid. — Mais elles sont véridiques. Remarque-le bien, qu'ai-je fait annoncer? C'est qu'un chevalier arrivait d'Aragon pour présenter à Chimène la tête de Rodrigue devant toi et toute la cour. Et à cela, Sire, tu ne peux contredire ; car je viens d'Aragon et je ne viens pas sans ma tête. Quant à celle de Martin Gonzalez, elle est là, dehors, au bout de ma lance ; mais c'est la mienne à présent que je veux placer entre les mains de Chimène, puisque son ban ne laissait pas entendre qu'elle dût être vivante, morte ou coupée. Je lui ai portée la tête de Rodrigue ; elle doit s'acquitter et tenir sa promesse en se donnant à moi. Mais si, persistant dans sa rigueur, elle me refusait cette récompense, qu'elle la fasse tomber elle-même. Voici mon épée.
Le Roi. — Rodrigue a raison ; je prononce en sa faveur.
Chimène. — Qu'ai-je dit ! Je succombe sous la honte !
Don Sanche. — Chimène, ne repoussez plus Rodrigue. C'est moi qui vous le demande!
Arias. — Que des scrupules ne vous arrêtent plus !
Péranzulez. — Ma nièce, cette union vous convient !
Chimène. — J'accomplirai les volontés du ciel.
Le Cid. — Bonheur suprême ! Je suis ton époux !
Chimène. — Et moi. . . je suis tienne !
Diègue. — Joie sans égale !
Dona Urraca, à part. — Ingrat, je t'arrache de mon cœur!
Le Roi. — Nous partirons cette nuit même, et l'évêque de Plasencia bénira votre mariage.
Don Sanche. — Je vous servirai de témoin.
Le Cid. — Ainsi s'achèvent La Jeunesse du Cid et les noces de Chimène.
Fin de la Comédie.
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