‹ La jeunesseChapitre 31 sur 84 · ACTE IL · texte numérisé non relu

ACTE IL

PHILIPPE

Le souffleter, pardieu!

MADAME HUGUET, lui âtant son chapeau.

Un duel? tu n'iras pasl réfléchissons un peu...

A Matbilde.

Le bon Dieu te bénisse' avec ta confidence I

MATHILDE

Qui pouvait soupçonner Philippe d'imprudence?

MADAME HUGUET

Eh! ne le pique pas!... Voyons, mon cher enfant... Le duel est immoral et la loi le défend.

Rends-moi mon chapeau.

MADAME HUGUET

Non I ne fais rien par colère.

Qu'est-ce donc? à ta sœur Mamignon cherche à plaire? N'y réussissant pas il est assez puni, Et l'honneur de ta sœur n'en reste pas terni.

PHILIPPE

Mais la seule entreprise est une atteinte au nôtre, Que je dois supporter de lui moins que d'un autre ; Car il est d'autant plus insolent en ceci , Qu'il peut par l'intérêt me croire à sa merci. Boutiquier enrichi , paltoquet, plate engeance Qui veux singer chez moi les» mœurs de la régence, Je vais te faire voir avec quatre soufflets Que le monde n'est pas composé de valets!

MATHILDE

Bien, Philippe, très - bien 1

MADAME UUOUKT.

Voilà qu'elle le flatte!

— Fais battre ton mari si tu veux qu'on se batte! C'est son affaire en somme à cet époux chéri.

PHILIPPE

C'est l'affaire du frère autant que du mari.

MADAME HUGUET

Hubert l'aura mordu , pour sûr. Il déraisonne!

MATHILDB, à m&dame Huguet.

Rassure;- toi , ce n'est l'affaire de personne ; Et j'aurais apaisé Philippe tout d'abord Si je n'avais pas pris plaisir à son transport.

— Mon frère, donne moi ta main , que je la serre; Mais il faut rengainer : tif n'as pas d'adversaire. La déclaration que tu veux châtier

Est faite de façon à se pouvoir nier,

Si piteuse en un mot, si timide et cafarde

Que j'aurais fort bien pu ne pas y prendre garde,

Si son modeste auteur ne m'eût ouvert Les yeux

Au moyen d'un avis non moins mystérieux.

Bref, sa témérité consiste en un passage

De roman, souligné pour mon petit usage.

Ce n'est pas là matière à lui percer le flanc.

PHILIPPE

A force d'être bète, il est moins insolent.

Je me contenterai de lui dire à l'oreille...

MADAME HUGUET

Fais-t'en un ennemi, val Je te le conseille!

Tu ne sais qu'inventer pour te nuire aujourd'hui.

Après monsieur Joulin, c'est ton plus sûf appui;

AGTIi: IL 49

Et puisqu'il n'a rîen fait qui vaille un coup d'épée, Ayons l'air d'ignorer sa petite équipée.

Je lie veux pourtant pas qu'il se mette en l'esprit Que ma sœur ayant lu son livre n'a rien dit.

HATUILDE.

Point ne faut pour cela casser la moindre vitro. La déclaration est au dernier chapitre ; Le roman n'aura pas été fort de mon goût, Et je n'aurai pas pu le lire jusqu'au bout.

PHILIPPE, coatrarië.

A la bonne heure donc.

UADAUB HUGUBT.

On dirait qu'il regrette Cette solution pacifique et discrète.

PHILIPPE

Mon regret, chère mère, est d'une autre façon : Je trouve que j'entends trop aisément raison ; Je ne suis pas assez absurde pour mon âge.

MADAME HUGUET

Un beau sujet de plainte! et c'est vraiment dommage.

PHILIPPE

Tu ne me comprends pas. Va, c'est un grand malheur Lorsque l'on a l'esprit moins jeune que le cœur.

MADAME HUGUET

Ah çà, mon cher enfant, je suis presque inquiète De te voir à ce point hors de ton assiette.

LA CUISINIÈRE, entre-b&Ulant la porto d« droite.

C'est madame Joulin.

MADAME HUGUET

Faites entrer chez moi.

J'y vais. — Vois- tu, le sang te tourmente, je croi.

Elle sort par I& droite*

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