ACTE I. ô
Car pour un employé rieii n'est plus efiBcace Que de n'avoir pas l'air de vivre de sa place ; Ses protecteurs n'ont pas l'espoir de l'asservir Et le servent d'autant qu'ils croient moins le servir. Une femme peut seule opérer ce miracle!
Mon industrie ainsi nous eût mis au pinacle, Si la mort de ton oncle, en une heure enlevé; N'eût détruit l'édifice encore inachevé.
Mais comme la fourmi que rien ne décourage, Je me suis aussitôt remise à mon ouvrage.
Et j'ai recommencé sur-le-champ pour le fils Ce que pendant vingt ans pour le père je fis.
CYPRIENNE
Mais ton point de départ est plus haut, je suppose?
MADAME HUGUET
Mon Dieu! la différence, en somme, est peu de chose.
Nous avions eu chacun cinquante mille francs,
Moi de ma dot, Huguet du bien de ses parents;
Après les miens, j'en eus encore autant; ajoute
Une épargne à peu près égale; somme toute,
C'est deux cent mille francs que mes enfants et moi
Eûmes à partager après sa mort : sur quoi
Ma fille a pris sa dot. — • Ta petite fortune
Est venue, il est vrai, combler cette lacune;
Mais tu l'emporteras avec* toi tôt ou tard,
Je ne la compte pas. Donc les points de départ
Se valent, car Huguet. gagnait la différence,
Et Philippe ne vit encore que d'espérance.
Seulement il nous reste un ménage monté,
Un mobilier...
CYPRIENNË.
Qui touche à sa majorité.
MADAME HUGUET
J'en conviens; mais cela n'a pas mauvaise mino, Marquant à notre luxe une ancienne origine.
Qu'il dure seulement, ce brave mobilier, Jusqu'à ce que mon fils trouve à se marier.
CTPRIENNE.
Philippe y pense-t-il?
MADAME HUGUET
Pas encore, j'espère; Il faut d'abord chercher une riche héritière.
CYPRIENNE, à part.
Hélas!
MADAME MUGUET
Nous trouverons. Dieu sait quand et comment; Mais j'ai foi. Dieu me doit ce dédommagement.
CTPRIENNE.
De quoi?
MADAME HUGUET
Comment de quoi? du tort qu'à la famillo A fait le mariage absurde de ma fille.
CTPRIENNE.
N'est-elle pas heureuse?
MADAME HUGUET
Heureuse! oui, parlons-en î Ma propre fille heureuse avec un paysan ?
Est-ce que c'est possible? Heureuse à la campagne.