‹ La jeunesseChapitre 73 sur 84 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

« Paris est encombré de hardis compagnons :

tf Retourne aux champs déserts, aux champs d'où nous venons;

« Portes-y ta jeunesse et tes saines idées ;

« Qu'elles jouissent là de leurs franches coudées,

« Et, qu'au lieu d'épuiser en d'arides travaux

« La source des vrais biens pour en payer de £aux ,

« Loin des servilités dont la ville te somme,

« Tu puisses te donner le luxe d'être un homme! »

Veux-tu dire par là que Philippe aujourd'hui Ferait mieux de placer.en biens fonds... ? -

HUBERT

Cent fois oui.

MADAME HUGUET

Mais il serait plus pauvre encore, car la terre Ne rapporte que trois.

HUBERT

A son propriétaire :

Plus quatre à son fermier, quelquefois cinq et plus; Ce qui fait huit ou neuf, s'il n'est pas trop obtus.

MADAME HUGUET

Vous me croyez aussi par trop Parisienne; Quelle terre a jamais rendu neuf?

HUBERT

Mais... la mienne; Et j'en connais une autre à vendre qui la vaut.

MADAME HUGUET

Tout cela n'entre pas très-bien dans mon cerveau; Mais qu'il se fasse ici neuf mille francs de rente ;

Je Tadmets : à Paris il s'en fera quarante.

MATHILDE

Crois- tu qu'il en sera plus riche?

MADAME HUGUBT.

Oui, je le crois.

MATHILDE

Sur nos neuf mille francs nous en épargnons trois.

MADAME HUGUET

Bah?

MATHILDE

, Rien ne coûte ici des choses de la vie; Notre table est toujours abondamment servie : C'est la chasse qui paie, avec la basse -cour. Nous avons neuf chevaux , des chevaux de labour Si tu veux , mais qui vont encore à la voiture , Et même n'y font pas trop mauvaise figure.

Nous avons cinq valets, valets de ferme, soiti Mais dont le .dévouement à rien n'est maladroit. Le pain se fait chez nous, et chez nous la lessive; Et la terre est si bonne envers qui la cultive Qu'elle nous donne encore, outre tous ses produits. Notre provision de bois, de vin, de fruits.

Enfin notre maison est assez spacieuse Pour laisser croître en paix la plante précieuse. Celle qui manque d'air sous vos plombs étouffants , L'ornement du foyer, le respect des enfants.

Mon pauvre frère, avec le produit de sa charge, Aura-t-il à Paris une vie aussi large?

MADAME HUGUET

11 n'est pas fait pour vivre en paysan... pardon.

agtï: V. 111

Le mot m'est échappé , cher^ Hubert.

Faites donc.

MADAME HCGUET.

Il lui faut une vie élégante, une vie Intellectuelle

Parlons-en 1

HUBERT

Oui, qui lui sera servie,

MADAME HUGUET

La fortune...

HUBERT

Est un leurre en ce cas !

Sa femme çiura du luxe et lui n'en aura pas.

Elle passe son temps, pour se tenir en joie , A lire des romans sur des meubles de soie ; Quant au pauvre avoué, son riche appartement Ne lui sert que la "nuit... à dormir seulement. Il habite le jour dans un cabinet sombre Que de sa nudité la paperasse encombre; Esclave d'un client ergoteur et mesquin.

Trop heureux s'il n'a pas à servir un coquin; Il passe une moitié du jour en robe noire.

Triste harnais, et l'autre autour d'une écritoire; Enfin, par la fatigue au manœuvre pareil , Quand il rentre le soir pour son riche sommeil , Dans ce lit sans amour, dont le luxe l'irrite. Il se trouve indigent et s'endort au plus vite.

MADAME HUGUET

' A l'entendre on dirait, ma parole d'honneur,

Qu'il vit d'oisiveté tout comme un grand seigneuri

HUBERT

Non, madame; mais moi, je passe mes journées A la fraîche senteur des terres retournées ; Aux prochaines moissons travaillant avec Dieu , Des puissances d'en bas je m'inquiète peu:

Toute servilité de ma vie est exclue, Et mes blés mûriront sans que je les salue.

Comment le temps charmé passe-t-il ? Je ne saisi Ma journée est trop courte à tout ce que je fais. Je rapporte à ma femme heureuse et souriante La fatigue des champs saine et fortifiante, Et riche le matiû , le soir plus riche encor, Sur mon frais oreiller j'admire mon trésor.

MATHILDE, à madame Huguet.

Que réponds- tu?

MADAME HUGUET

Mon Dieu, vous me troublez la tête.

A ces discussions, moi, je ne suis pas prête.

HATHILDE.

Tu cherchais une issue à l'enfer de Paris; On t'en montre une et c'est la seule.

MADAME HUGUET

A ton avis.

N'en doutez pas, madame, et qu'un jour cette issue De tous les bons esprits ne doive être aperçue. Montrons -en le chemin à ce siècle emporté :

C'est là qu'est le salut de la société.

Rettez en honneur le soc de la charriie,

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