‹ La joie fait peur [microforme] (volume 3)Chapitre 11 sur 23 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

BLANCHE, NOEL, ADRIEN (caché).

Noër. (J1 retire le canapé, pousse le verrou.) Ah! c’est vous, mademoiselle, (77 époussette les meuble: en fredonnant.)

BLANCHE, Pourquoi donc t’enfermes-tu, Noël ?

Norr, Pourquoif...c’est...c’est pour empêcher la poussière de sortir.

LANCHE. La poussière...

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NOEL (à part). Qu'est-ce que je dis donc?

BLANCHE (allant prendre son ouvruge sur la table à gauche). Maman est allée à la messe avec Mathilée

.… Elles n’ont pas voulu m’emmener...jy suis allée ce matin déjà. Je croyais que maman serait trop souffirante et qu’elle ne pourrait pas sortir aujourd’hui... Oh! Noël, tu as raison, je la regardais tout à l’heure, elle est bien atteinte, ce chagrin l’a brisée. (Ælle traverse le théâtre pour aller à la cheminée chercher ses ciseaux.)

NoEL (a repris son plumeau et époussette les meubles). Le chagrin...oui...effectivement le chagrin ...(Il fredonne.) Peuh! peuh!

BLANCHE (s’arrétant). Mais qu’as-tu donc ?

NoErz. Moi?...rien...rien...Peuh! peuh!

BLANCHE (se retournant). Je te parle de mes inquiétudes et tu ne m’écoutes pas.

NoErz. Si fait, mademoiselle, si fait...Peuh! peuh!

BLANCHE. En vérité, je crois qu’il chante! Toi, Noël, tu chantes! Mais qu'est-ce qu’il y a donc? (S’approchant de Noël.) Noël, tu as l’air tout jeune! ... Ce n’est pas naturel...Il est arrivé quelque chose .. Mais qu’as-tu donc, Noël?

NoEz. Je suis bouleversé, n’est-ce pas? J’ai la figure à l’envers?"...Je vous parais tout drôle, cela doit être. C’est que je viens d’éprouver une émotion, une impression, une commotion violente, et j'ai un peu de peine à me remettre.

BLANCHE. Une émotion heureuse, car tu es tout content et tu chantes!

NoEL. Oui, mademoiselle...

BLANCHE. Heureuse pour toi?

NoEz. Pour moi et pour vous.

BLANCHE. (C’est vrai, c’est la même chose, tu n’as pas d’enfant.

Norz. Je suis mon seul enfant, le fils de mes œuvres.

. BLANCHE, Alors, c’est un bonheur qui nous arrive !

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NoEL. ‘ui...oui...un bonheur.

BLANCHE. Lequel ?

Noër. Devinez...cherchez...

BLANCHE. Je n’ai pas besoin de chercher., .mon frère ?..

NoEr. (C’est ça, vous y êtes.

BLANCHE. On a de ses nouvelles ?

NoEL. Allez, allez!

BLANCHE. Il n’est pas mort? On s’était trompé? Il est arrivé au Havre?

No. Vous le savez donc?

BLANCHE. Non, je l’ai rêvé.

NoEz. Mademoiselle Blanche, vous avez du courage, de l’énergie, du sang-froid...

3LANCHE. Tu peux tout me dire...Tu le vois, Dieu m'avait préparée à cette joie!

NoEL. Alors...si Dieu vous a préparée, je n’ai plus rien à faire...mais vous ne vous évanouirez pas ?

BLANCHE. Moi!...Ilest ici?

NoEL. Ilest ici.

BLANCHE. Nous allons le revoir ?

Nozrz. Vous allez le revoir.

BLANCHE ({ombant à deux genoux). O ma mère!

ADRIEN (sortant de derrière le rideau, à part). Pauvre petite sœur!...

BLANCHE (regardant autour d'elle). Mais, s’il est ici, où donc est-il?...

ADRIEN (descendu à droite). Blanche!

BLANCHE ({oujours à genoux, lui tendant les bras). Adrien!...viens, viens, je n’ai pas peur.

ADRIEN. (ZI court à elle et la relève dans ses bras.) Ma sœur, ma chère Blanche! quel bonheur! (27 la fait passer à sa gauche.)

BLANCHE. Oh! maman, maman, quelle joie!...

Un mois plus tard, Adrien, tu ne l’aurais plus retrouvée. Et Mathilde! comme elle va reprendre courage! Tu nous rends la vie à toutes les trois Oh! que Dieu est bon!...Mais regarde-moi...C’est bien lui! ...Noël!...Adrien!...Ah!...1ls t’avaient donc tué ces vilains sauvages ?

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ADRIEN. Pas tout à fait... J’avais trois balles dans le corps, j'étais sans connaissance... .ils m'ont pris mes habits et ils m'ont laissé 1à...J’ai été sauvé par miracle,

NoëL. Qu'est-ce que je disais?...un miracle!

ADRIEN. Une femme du pays m’a recueilli chez elle, j'ai été deux mois à me rétablir...

BLANCHE. Pauvre frère!

ADRIEN. Elle me soignait à sa façon; pour tout traitement, des paroles magiques. Ç’a été long!

BLANCHE. Et ton uniforme qu’on nous a renvoyé ?

ADRIEN. On l’a retrouvé sur mon voleur qui, dans une mêlée où nous avons perdu plusieurs des nôtres, a été tué.

NoEL. C’est bien fait!

BLANCHE. On l’a pris pour toi?...

NoEr. Il était méconnaissable?.. .

ADRIEN. Il était mort depuis quinze jours!" Et comme il avait mon uniforme...

NoEz. Comme on a trouvé sur lui votre passeport...

BLANCHE. Les lettres de ma mère...

NoEL (à Adrien). La montre à votre chiffre...

ADRIEN. On a cru que c’était moi.

No. C’est ça!...Permettez donc...Je découvre une chose. (/7 passe entre eux.)

BLANCHE. Quoi donc?

NoEL. (C’est que, depuis trois mois, c’est son voleur que nous pleurons!...Nous pleurons son voleur.

BLANCHE (riant). Son voleur!...

ADRIEN. (C’est vrai... c’est nouveau!

NoEL. (est drôle... je trouve cela drôle. (Is rient aux éclats.)

BLANCHE (/es interrompant avec tristesse et allant à son frère). Ah' c’est mal! Nous rions...et maman qui pleure encore!

ADRIEN. Ne pensons qu’à elle...Je vous con.

terai mes aventures quand elle sera là.

= — mm

NoëL. Il faut absolument le cacher, Il ne peut pas rester dans ce salon. |

BLANCHE ({endrement à Adrien). C'est le tien. On y était mieux pour penser à toi.

NoEL. Il nous faudrait la clé de cette chambre,

BLANCHE. Maman l’a chez elle. Non... non, je me rappelle, hier elle l’a mise là-dedans. (Æ£lle va à la table à gauche et cherche dans un pupitre) La voilà, nous sommes sauvés! (Ze ouvre la porte de ta chambre. —À Adrien.) Vite, en prison, et ne bougez pas, monsieur... Vous resterez là jusqu’à ce soir, sans boire ni manger!...(Venant à Adrien.) Ah! je parie que tu as faim ?

ADRIEN. Non, je suis trop ému.

BLANCHE. Tu vas déjeuner, cela t’occupera.

ADRIEN. Dans une maison où il n’y a que des femmes, il n’y a jamais rien à manger.

BLANCHE. Mais nous ne sommes pas seules.

ADRIEN. Comment?

BLANCHE. Nous avons ici un ami.

ADRIEN (vivement). Octave!...Il est avec vous ?

BLANCHE. Il ne nous quitte pas.

ADRIEN. Pourquoi donc rougis-tu ?

BLANCHE. Je ne rougis pas.

ADRIEN. Tu as rougi...Octave est amoureux de toi!

DLANCHE. Non...Viens.

NoeL (bas à Adrien). Ne la taquinez pas, je vous ferai ses confidences.

ADRIEN (à Noël). Ah!...J’arrive à temps pour les bénir.

BLANCHE (à Adrien). Dépêche-toi, maman va rentrer!

NOEL (regardant par la fenêtre). Non, personne encore dans l’avenue...

ADRIEN (à la porte de sa chambre). Ah! ma chambre d’écolier!...quelle symétrie! Mes livres, mes cartes, mes herbiers, chaque chose est à &a place ..Je ne m’y reconnais plus!#...Voyez-vous, ce vieux grondeur, comme il a bien vite profité de ma mort

pour mettre en ordre mes affaires! Mais, sois tranquille, demain tu t’apercevras que je suis revenu. Et mes études, on les à fait encadrer...Quel honneur! (Il entre dans sa chambre.)

BLANCHE. C’est ça...admire-les. (Æ£lle ferme la porte.)

ADRIEN. Comment, tu m’enfermes ?

BLANCHE. Sois sage...Songe qu’il y va de la vie de maman." Dans sa chambre! En voilà de la joie!

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