NOËL, ADRIEN
ADRIEN. Me voilà! mon vieux Noël, je n’ai rien mangé depuis vingt-quatre heures, vite une omelettel (Il pose sa casquette sur le canapé, à droite, puis descend en scène.) |
NoEL ( pélrifié en voyant Adrien). Ah!
ADRIEN. Qu’as-tu donc?...tu es tout tremblant .. Tu ne m'attendais donc pas?...Je t’annonçais..…. cree chanceler Noël et le recevant dans ses bras.)
h bien! Noël...Noël...reviens à toi. (Moël le regardant et cherchant à le reconnaître, 11 lui dit.) C’est bien moi!
NoEL (après avoir sangloté). Oh! mon enfant, que je suis heureux! (Z7 l’embrasse.)
ADRIEN. Mais, Noël, ce saisissement...je ne comprends pas.. Mes deux lettres. ..tu ne les as donc pas reçues ?
NoEL. Rien...je n’ai rien reçu.
ADRIEN. Ma lettre a dû arriver hier.
NoEz. Hier!...Depuis qu’on n’attend plus rien de toi, on n’envoie plus chercher les lettres à la ville.
ADRIEN. Mais vos autres lettres ?
NoEz. Oh! celles-là, elles viennent quand elles veulent.
ADRIEN. Et ma mère?...
Norz. Elle vous croit toujours mort.
ADRIEN. Mort!
Norrz. Ah! la malheureuse, quel coup de foudre! Oh! Seigneur!...
ADRIEN. Ainsi, elle n’est donc pas préparée à mon retour?
NoëL. Est-ce que j’y étais préparé, moi?... Mais, {y pense, quelqu'un t'a peut-être vu entrer ici?...
’as-tu pas rencontré quelqu’un ?
ADRIEN. Personne. ..J’étais même inquiet de ce que vous ne veniez pas tous à ma rencontre,
NOEL, sa rencontre! ... Il est amusant! ... Mais cette émotion est trop... un autre à ma place en serait tout éperdu... Heureusement que jai de la tête! Voyons, soyons prudent. ..ces pauvres femmes, elles en mourraient. . ..il faut les amener, petit à petit, à cette idée...si douce! mais trop douce...Ah! c’est que, vois-tu, elles n’ont pas mon énergie...elles ne pourraient supporter...comme moi...
ADRIEN (lui prenant les mains). Mon brave Noël, tu trembles pour ma mère...elle est donc bien malade, que le bonheur de me revoir te paraît si dangereux pour elle ?
NoëL. "Très malade...Oh! je ne suis plus inquiet ..C’était le chagrin...le bonheur va la guérir; mais, pour cela, il ne faut pas qu’il la tue du premier coup. Oh! ce premier moment sera terrible!. ..Je ne sais... je cherche... Me voilà aussi tourmenté que le jour où je lui ai appris votre mort. Elle est restée trois eures sans connaissance...et pourtant je l'avais amenée tout doucement...
ADRIEN. Pauvre mère!...0h! qu’il me tarde de l’embrasser!
NoEL. ‘lais-toi donc! tu me fais peur.
ADRIEN. Tu crois que la joie ?..….
NoëLz. Je crois qu’à votre vue elle tomberait morte ... Voilà ce que je crois... 11 faut absolument que votre sœur...
ADRIEN. Oui, Blanche nous aidera. Qu'il ya longtemps de je ne l’ai vue! comme elle doit être jolie à présent
Norr,. Elle était jolie, elle l’estencore; mais depuis votre mort elle pleure tant!...
ADRIEN. Chère petite sœur! Et mademoiselle de Pierreval ?
NoEz. Elle est ici.
ADRIEN. Mathilde est ici!
NoEL. Depuis votre mort elle n’a pas quitté ia famille.
ADRIEN. Oh! Noël, que je suis heureux! (27 Jui gouts au cou et l’embrasse.) Elle m'aime donc touours ?
NoEL. Elle fait votre portrait et elle pleure! vat-elle être contente!... Oh! oui... mais il ne faut pas Pépouvanter non plus, celle-là, c’est un autre genre, elle deviendrait folle. Oh! mon Dieu, mon Dieu! qu'est-ce que je vais faire de mes femmes ?...comment leur apprendre? comment les avertir?...je m'y perds, je n’y suis plus... je..
ADRIEN. C’était pour éviter tout ce trouble, que je t'avais écrit; en arrivant au Havre, j'ai su que la nouvelle de ma mort était répandue dans le pays, et c’est toi que je chargeais de dire à ma mère...
NoEL écoutant). Chut!...
ADRIEN. Quel malheur que tu n’aies pas reçu cette lettre!
Noer. Silence donc! c’est elle!
ADRIEN. Qui?
NoEz. Madame!
ADRIEN. Ma mère!
NoEL. C’est son pas fatigué et languissant. . . elle s'arrête à moitié de l'escalier... c’est elle!... où le cacher ?...
ADRIEN. Dans ma chambre. (Z7 court vers la petite porte à gauche.)
NoEz. Madame a la clé...on n’entre plus dans cette chambre!
ADRIEN. Sur le halcon...
NoEL. Dehors!...on vous verrait. Le verrou... se verrou ...non... cela l’inquièterait, elle insisterait
pour entrer... ah! barricudons la porte . . . vite, vite, aide-moi.
(/l tire le canapé de droite et le place devant la porte, aidé d’Adrien, il met ensuite un fauteuil devant le sanapé.)