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LORSQUE LA PAIX SERAIT SIGNÉE

Un autre ordre prescrivait de faire porter les drapeaux à l'arsenal pour les y brûler. Quelque dures que fussent ces conditions, elles semblaient nous sauver l'humiliation imméritée de remettre à l'ennemi nos armes et nos canons; on les déposait à l'arsenal, il est vrai; néanmoins tout notre armement, dont nous nous séparions momentanément, nous appartenait toujours : nous ne le rendions pas !

Pouvait-il en être autrement?

Nous n'avions pas été vaincus. C'était, aux yeux de beaucoup, un terme moyen entre la demande de neutralisation formulée par le maréchal Bazaine et les exigences de l'ennemi.

Les troupes se laissèrent donc désarmer avec confiance dans la journée du 28.

Mais quels ne furent pas le désespoir, la stupeur et l'indignation générales lorsque nous reçûmes, à quatre heures du soir, le texte du protocole qui démentait formellement les assurances du maréchal Bazaine !

Cet homme avait trahi son armée!!

Bien plus, au lieu de brûler les aigles, ainsi qu'il

l'avait officiellement ordonné, il les FAISAIT CLANDESTINE-

MENT RECUEILLIR PENDANT LA NUIT ET LES DÉPOSAIT EN LIEU SÛR POUR LES RENDRE INTACTS AUX PrUSSIENs!!!

Non content de leur livrer nos armes et nos canons dans le plus parfait état de conservation, il y ajoutait

PLUSIEURS MILLIONS DE CARTOUCHES ET d'ÉNORMES APPROVISION- NEMENTS d'artillerie!!

Comble d'odieux et de perversité ! !

Un désir de révolte pénétra bien des esprits, mais l'abnégation personnelle, cette vertu du soldat, imposa ' le devoir de subir notre douleur plutôt que d'ébranler un principe.

Au reste, l'homme qui n'avait su montrer de prévoyance que pour ses propres intérêts ne nous avait-il pas devinés en faisant désarmer les troupes avant de révéler la vérité !

On l'a dit, le maréchal Bazaine ne s'est pas vendu, il n'avait pas besoin d'argent : il n'a pas trahi un gouvernement qu'il ne connaissait pas ; il a trahi les efforts de la France contre l'ennemi : il a trahi son armée ; il s'est déshonoré !

Lui et son chef d'état-major, te général Jarras, pouvaient obtenir, dans le protocole, une clause des plus respectables qui aurait donné à leur infâme reddition un tout autre caractère :

Le prince Frédéric-Charles n'avait pas osé consentir

à transmettre au roi de Prusse la demande formulée par le général Changarnier pour que notre armée eût la faculté de se rendre en Afrique, mais s'était montré disposé à accorder la clause suivante :

« Un bataillon d'infanterie^ un escadron de cavalerie « et une batterie d'artillerie^ musique en tête, enseignes « déployées^ sortiront de Metz avec armes et bagages^ « comme représentant l'armée; ils traverseront la France « et s'embarqueront pour l'Algérie, »

Cet hommage rendu à notre valeur ne fut pas accepté comme n'étant pas pratiquai

Quel sens moral, quel sens militaire peut-on accorder à ceux qui n'ont pas compris la signification et la portée d'une telle proposition?

Au reste, le prince prussien jugeait nos hommes de guerre à leur juste valeur. Il fit au général Changarnier l'accueil le plus courtois et le plus empressé, lui témoigna une grande sympathie et lui rappela que son portrait figurait, à Berlin, au nombre de ceux des généraux célèbres. Il sut flétrir les médiocrités : demandant s'il n'y avait pas de cachot à Metz, il s'étonnait qu'on n'y eût pas enfermé depuis longtemps le général Coffinières, assez coupable pour laisser paraître journellement, dans les feuilles publiques, certaines insinuations de nature à informer l'ennemi de l'état de la place et à jeter le découragement parmi les habitants.

On assure même qu'il laissa percer son mépris en

écrivant au maréchal Bazaine pour le féliciter de la ponctualité avec laquelle la remise des armes et munitions s'était opérée ; il ajoutait qu'il ferait ultérieurement parvenir SES ordres, a Metz, pour informer le commandant en

CHEF de l'armée FRANÇAISE DE l'hEURE A LAQUELLE IL DEVRAIT

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