POLYANDRE A SAPHO
Vous qui faites des vers si dou.T En souhaiteriez -vous des nostres/' -Vo», vous n'en aurez pas de nous, C'est vous qui les faites ait.T autres.
ACANTE A CLEOnORE.
Encore un madrigal, encore.
Pour l'aymable Clêodore ; Je la respecte et l'honore , Mais malheur à qui l'adore.
POLYAXDRE A CLEODORE.
On ne .'^çauroit faire mieux Que d'adorer Clêodore :
.Si l'on adore tes dieu.r.
Faut-il pas adorer l'aurore?
L'invincible Polyandre, surpassant autant tous les antres par la fécondité de son esprit, que par
3(i LA JOURNÉE DES MADRIGAtIX.
la beauté de ses vers, fit encore deux madrigaux par dessus le marché ; Cléodore demandoit si, parmy ces beaux esprits, il n'y en avoit pas un qui eût l'esprit satyrique qu'elle haïssoit tant? Il répondit qu'il l'avoit luy seul , puisqu'il avoit bien osé nommer tygre la belle Télamire. Sapho dit là-dessus qu'à une belle et jeune personne, il valloit mieux estre appellée tygre, que mouton, et Polyandre, prenant cette pensée en l'air, la rima
ainsi :
Le madrigal serait mauvais, Aymable et divine Dalygre, Si, on lien ' de vous nommer tijgre.
Je vous nommais un mouton de Beauvais.
Il laissoit, comme vous voyez, une petite licence dans ce madrigal; et dans quelque autre, il avoit moins regardé à la rime qu'à la raison; c'est ce qui l'obligea de prier Acante, que s'il escrivoit ses vers, il prît le soin de les corriger; Acante lui demanda en riant , s'il ignoroit donc l'histoire de celte Vénus d'Appelle, tant chantée? Et Polyandre à qui il estoit désormais plus facile de parler le langage des dieux que celuy des hommes, répondit ainsi :
Vraijmenl, vous me Ut baillez belle, Traittant les madrigaux d'un fort mauvais autheur
' On a mis au-dessus ; bien loin, — pour é\iler l'hialiis.
De la Vénus d' Appelle; Allez , vous estes un (laUeiir.
On donna à Polyandre l'honneur de ce combat, car pour Acante, il n'estoit que trop content de l'honneur d'avoir combattu. Une heure vid naistre tous ces vers, sans compter ceux qui furent commencez, et non achevez; ceux qui tombèrent ;i terre ; ceux que Philoxène et Télamire firent tant en françois qu'en italien, et qu'elles ne voulurent pas dire. Enfin, comme l'assemblée estoit preste à se séparer, le mesme esprit familier dont j'ay parlé apporta ce madrigal à Philoxène de la part de Théodamas.
A PHILOXENE
SLR LES MADRIGAUX FAITS EN SALVE, POUR ELLE, A L'oCCASION |iE CELUV DE THÉODAMAS.
Enfin, vous m'avez répondu.
Belle et charmante Philoxène; Mais mon csjrrit est confondit Et sent une nouvelle peine ; Vous vous servez de mon cachet Pour révéler vostre secret , Il est connu de tout le monde ; Pensez-vons que cela soit doiu\ Que les beaux esprits à la ronde .
Fassent des; nuidrifjan.r pour vo'is?
Chacun hattit des mains et se leva. Cette journée, la plus aymable du monde, fut appel lée d'un commun consentement la Journée des Madrigaux. et bien que tous les héros qui estoient présents aimassent passionnément la gloire et les honnestes plaisirs, il n'y en eut pas un à cette heure-là qui portât envie aux grands exploits de la journée de Tliybarra^ ni au divertissement des dix journées de Boccace.
1 « C'est la bataille de Lens, décrite dans le Grand-Cyrus, sous re nom-là- » Conr.
N a trouvé bon d'ajouter icy plusieurs poésies qui fui'ent faites en suite de cette mémorable journée : et pour satisfaire mesme la curiosité de ceux qui ne verront que ce fragment, il a esté jugé à propos d'y mettre les premiers vers qui furent faits sur le cachet donné à Sapho, quoy qu'ils se trouvent déj<à en un autre endroit des Chroniques.