EPITRE DE MONSIEUR CONRART
A MONSIEUR SAKASIN,
Sur l'assaul des madrigaux fails au MaresLs, le sanieri> 20 décembre <633.
y'ous qui pi'ès d'un grand potentat
Este fi le ministre d'Ii^slat
D'un charmant et généreux prince
Qui n'est pas pour la province.
Mais pour remplir de son amour
Tout Paris el toute la cour :
Vous qu'on ne croijoit plus des nosires ,
Ma foi. vous faites bien desvoslres.
El je vous trotivf assez hardu
De vous trouver au Samedy.
Comment! rien ne vous embarrasse?
LA JOURNEE UES iVIADIUGAUX.
Ni le Louvre, ni le Parnasse, Tous les labeurs vous sont égaux, Affaires d'Estat, madrigaux.
Ambassades et chansonnettes.
Traitiez importants et fleurettes !
Hercule n'en faisait pas tant.
Lui que l'on célèbre pourtant Comme un héros incomparable.
Pour avoir nettoyé l'estable D'un gros bouvier de ce temps là.
Et pour avoir ^ après cela, Filé près d'une péronnelle.
Qui lui renversait la cervelle.
Or de tout cecy, ie conclus Qu'en vostre jeu vous avez flux ; Si la phrase votis .semble obscure, (\'la veut dire sans figure, Que vos affaires vont fort bien ; Car lorsque l'on n'avance rien, L'esprit s'égare et s'alembique.
On resve, on est mélancholique .
Mais quand on est fort satisfait.
Et que tout arrive à souhait.
On cause, on rit, on galantise.
On rime, et l'on madrigalise.
Puissiez-vous, jusqu'à six vingts ans.
Jouir de ce doux passetemps.
Estre toujours bien à vostre ayse y entendre rien qui vous déplaise:
De vostrr grand prince estrc aimé ; Dans le bonheur rstrr abiismé :
LA JOl'KNÉE DES MADRKJAUX. 45
A ce Kouhait que peut-on joindre ?
Je n'en sça>j point qui ne soit moindre.
C'est M. d'Âblancourt ' qui vous envoie cette badinerie, et non pas moy; il me la fit écrire le poignard à la gorge ; et ce que j'ajoute icy, c'est comme une protestation , que me faisant ce déshonneur à moy-mesme pour une telle violence, il ne me pourra nuire, ni préjudicier. Assurez-vous pourtant, Monsieur, que si j'estois capable de faire les choses dignes de vous, on ne seroit pas en peine de me presser pour les exposer, non-seulement à vos yeux, mais à ceux de tout le monde, et que je serois ravy de pouvoir faire connoistre à toute la terre combien je vous suis acquis.
MADRIGAL DE MELIAN TE A PHir.oxixE.
Dieux ! que je parus interdit
Quand vous m'ordonnastes de dire Qii^ de Théodamas vohs aijmiez le martyre !
J'en eus un si cruel dépit, Que je ne pus jaryiais me résoudre a luy dire
Ce que je vouloi: qu'on me dit.
' Perrol d'Ablancourt, dont les traductions élaieol appelées '< les belles inOdèles. .
46 LA fMljRNÉE DES MAI)RIC;AI'X .
AUTRE
Sur ce que ce mesme samedy quelqu'un ayant dit à Mélianle qu'il avoil fait des vers autrefois pour Philoxène, ils avoient tons deux rougi, sans sçavoir pourquoy.
Qu'est-il besoin, aymable Philoxène, Que je cherche des vers, que j'eschauffe ma veine , Pour vous dire aujourd'hny ce que vous connaissez? Je rougis et vous rougissez, Et sans faire ni vers, m prose.
Ma rougeur en dit bien assez ; Mais la vostre à son tour dU-elle quelque chose ?
Al'TRK Sur l'exhorlaiion que Polyandre lui avoii faiic de revenir auMaresi^;
Je ne vaux rien pour le Marais.
Je n'y retourneray jamais ;
Ailleurs, je m'en fais bien accroire ; Pourquoy me conseiller ce dangereux retour : Gardez pour vous , Daphnis , une plus grande gloire .
Je suis bel esprit du faux-bourg i .
1 c Pour entendre ces madrigaux el les suivans, il faut avoir veu la carte de Tendre qui est une des galanteries du Saniedj, insérée ailleurs dans ces Chroniques et qui pourra estre publique un jour, c'est pourquoi je ne l'explique pas icy, cai elle seroil trop longue pour des notes comme celles-cy. » Conr — Voir p. 62.
LA lOlHNEE DKS MaDKIGAUX. 4/
MADRIGAL DE MÉLIANTE
Je ne puis aller à Tendre,
Parmi ce nombre de rivaux ;
Quelle vanité d'y prétendre, Accablé de chagrin, de tristesse et de maux!
Omj, je m'égarerais sans doute, Mais si vous me voulez donner votre amitié ,
Sapho, faites une autre route.
Où l'on puisse arriver seulement par pitié'