LA GAZETTB DE TENDRE
par bateau, on n'a parlé iiuedc réjouissances dans aostre ville. Ce (|ui en a augmenté la joye, est, que les Dames exilées y sont revenues, après avoir t'ait de nouvelles protestations d'observer exactement toutes les coutumes du pais de Tendre. Il y a, pourtant, toujours quelque petite disposition à de nouvelles factions; car come la ville est partagée en deux par la Rivière qui la traverse l, une partie de ceux cjui habitent l'Ancienne-Ville, murmurent secrètement de ce qu'on reçoit tant de gens dans la nouvelle. Et en effet, quelques-uns d'entr'eux ont fait obstacle depuis peu à la réception de plusieurs nouveaux-venus, qui sont arrivés à nos faubourgs ; car depuis quelques jours, nous avons icy la plus agréable compagnie du monde. Ce qui contribue à la rendre telle, c'est que cette Princesse 2, qui avoit pris le chemin de Tendre-sur-lieconnaissance, est venue loger au faubourg qui regarde vers la Mer Dangereuse; que l'illustre Auathyrse est au mesme lieu; et que le fameux Méliante 3 s'est logé tout-contre les portes de la
1 " V Anrienne-Ville est la maison de Philnrinc et de Dor alite, qui n'est séparée que par le ruisseau de la rué, de ce le d'Agéiastfl où se tient le Samedi/, entendue icy par la
\t,urrlli— Ville. C.onr.
2 La comtesse de Riens.
Doneville, ci illei an Ptrlemenl de Toulouse.
I V i.\/l 1 1 1 Dl IKM'Itl . / /
rilie; car corne il a esté fort malade, il a voulu entre procke dea médecins. Pour l'aymable ZVarilêj après avoir, à la lin, quitté des dames qu'il .nuit rencontrées, il s'esl venu loger au bout du pont, en un lieu "ii ses gens l'attendoient avec des habilloiiHiis ; mais pour le malicieux Acante1, il avoil d'abord chois] le faubourg qui est opposé à Tendre-sur-Estime, avec intention d'y estre, jusqu'à M qu'on l'eust examiné, suivant la coustume, aussi bien que les autres qui prétendoient entrer ; mais il est arrivé des choses qui lui ont fait changer de lieu. Ce qui a fait ce changement, c'est que dans le mesme temps qu'on se préparoit à examiner si tous ceux qui se présentoient seroient receus, on a eu nouvelle quun agréable Estranger *, qui s'estoit arresté à Tiédeur , en estoit à la fin party, dans un petit char, peint et doré, pour venir à Tendre, à petites journées, et qu'il y a beaucoup de gens à Petits-Soins, à Billets-Doux ci à Grand- Esprit qui prétendent encore venir icy ; de sorte qu'une partie des principaux de l'ancienne ville se
1 « Il est appelé le malicieux Àcûmi», parce qu'il imagine toujours quelque nialire innocente et ingénieuse pour H « 1 î vertir et pour divertir les aymables persones avec qui il est d'ordinaire. • Coni.
' Horeaa. Voyei FcrlieJe de Tiédeur.
7<S LA GA/.I I IK Dl Ih.MHtK.
sont assembles chez le généreux Mégabdse '. qui
est fort considéré en ce lieu ; et ils ont résolu de prier instamment Sapho de ne recevoir plus d'Estrangers dans la \ille qu'elle a bastie, sans les obliger à l'aire des preuves Irès-exactcs sur toutes les choses nécessaires pour esire receu à Tendre*. Hamilcar, qui depuis quelque temps est revenu icy d'un assez long voyage, où il a pensé faire plus d'une fois naufrage, l'ait ce qu'il peut pour empescher que la chose n'esclate; car corne il ayme les lestes et les plaisirs, il aymeroit mieux qu'on receust cent tendres amis dans la ville, que d'en défendre l'entrée à une personne agréable. .Mais quoy qu'il ayt pu dire, les plus factieux insultant sur les nouveaux-venus, ontditqu'^yaf/ij/rseestoit incapable de s'assujettir aux loix du pais. Ils sont pourtant tombez d'accord, qu'il a\oit tout le mérite qu'il falloit avoir pour estre receu la\ diablement; mais ils ont opiniâtrement soutenu en suitte, qu'il estoit plus propre à donner des loil qu'à en suivre; qu'il ne scroit pas plustosl receu. i|u'il roudroit chasser tous les autres; qu'il avoil
1 Le marquis é» Monlausirr, ninsi appi-lé «tans le Crand- Cyrut. I. VII.
* c (,'csi (|ur m. s;irjsiii treii esté totl lofegiempa iMéni
i eu |n'ii de -mu d'entretenu -mi mini mu--
pondance avec >!"• Sradérj Coni .
LA ..\/l ! Il ' l'I II M'HK 79
M.ttiin'llciiiciii plus île penchant .1 l'amouj iju.» l'amitié ; et qu'il eateit enfin dangereux *.1«' le rei evoir, si on ne \ouloii exposer l'Kstal à ■ révolution générale. Pour Mélimte , il- ont avoué qu'il o'estoit pas impossible qu'il s'assujettial aux roix du pais. Us sont mesme tombas d'accord, que sou inclination portoit plus à l'amitié tendre el galante qu'a l'amour; et ils ont confessé qu'il méritait d'estre receu, pourveû qu'il fust efiectivement /<■ M- l mute, dont Sapho leur avait parlé. Mais [mur l'empescher d'entrer dans la ville, ils ont dit qu'ils avoyenl esté avertis, et qu'il y avoit un autre homme au monde qui se iinmmoit.4r/wuwi, qui lui ressembloit tellement, qu'on ne pouvait remarquer nulle différence, ni en leur visage, ni en leur taille, ni en leurs actions ; qu'il falloit bien prend ie garde de ne s'y tromper pas, parce qu'encore qu'ils fussent semblables en beaucoup de i bases extérieures, ils avaient le cœur tout différent, en cas d'amitié. En suitte, pour fortifie] leurs raisons, ils ont dit que corne il y avoit bien eu aussi un faux Mustapha, il pourroit bien \ noir un faux MAiante. Apres quoy ils ont prié relie qui a droit de refuser l'entrée de la ville à
1 H est iIi-~i.mii' [i.ir en detn noms dans it- Qra* I mon de toa liunii-iir •pu tient de eellei qoi mA repré- - en eet deux peraoMutgei i •» • i r
80 IV i.A/.i:ilK Dl IINMU..
qui bon luy semble, d'attendre à faire entrer l/< liante, qu'elle smi pleinemenl éclairciede la vérité et de ne Be fier point à ses propres yeux, en cette occasion. Ce n'est pas que Mettante n'ait soutenu hardiment qu'.l rtimas est mort, et qu'il uc peul ressusciter; mais ceux qui luy estoient contraires, ne l'ayant pas voulu croire, la chose en est demeurée là. Pour la Princesse nouvelle-venue ' , ils soutiennent qu'il suffit de dire sa qualité pour rendre sa réception difficile, parce que, depuis le commencement de nostre empire , on n'a jamais ouï dire que personne de cette condition ayt esté tout-à-fait digne d'estre receu à Tendre. Pour Trasile, ceux qui luy veulent nuyre disent , que ses amours sont si tièdes, qu'il n'y a pas trop d'apparence qu'il soit capable d'une amitié ardente et tendre , et qu'il n'est pas mesme trop croyable, qu'il puisse s'cmpescher d'avoir toujours quelque iliiny-maistresse; ce qui seroit d'un fort mauvais exemple dans Tendre, quand mesme on tomberoil d'accord quecela ne seruit pas dangereux ; avouant, qu'à Cela prè8, il a toutes les qualité/, nécessaires pour \ estre receu. Pour Acante, on ne luy reproche ni tiédeur ni inconstance; on publie mesme tout haut, qu'il a un mérite infiny, et qu'il est digne d'estre à Tendre; mais ceux qui B'oppoaenl a
La comtesse <lr Rieux.
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m option, disent, qu'avant de wenii a NoweUi - Amitié, il avoil passé par. un lieu ou ilyavoitune maladie contagieuse, qui est la plus cruelle chose du monde, car elle oste le repos; elle oste mesme quelquefois la raison; elle fait tantost rire et tantost pleurer ; on soupire souvent, sans savoir pourquo] ; ■ t < > 1 1 fait, enfin, de si terribles choses, qu'il n'y a rien de plus surprenant que de roir ceux qui onl ce mal, lorsqu'ils l'ont violent; et ce qu'il y a de plus fâckeui, c'est que, selon la disposition où l'on
n le prend fort aysément, car il ne fautquelquefois que rencontrer les yeux de ceux qui en sont atteints, pour en avoir le cœur touché; de suite que BK liant qa'AeOHte avoit non seulement esté eu un lieu « » i i cette maladie estoit, mais qu'il ivoitesté luy-mesmeen danger d'en mourir; eeux de V Ancienne ville ont oblige Sapho de le faire mener en une maison destinée à la purification de ceui qui ont esté en mauvais air. Ce n'est pas qu'elle craigne ce mal-là pour elle; car elle s'est trouvée autrefois avec des gens qui Pavoient, sans le prendre ; mais il y a plusieurs raisons importantes qui l'obligeni à estre fort exacte eu ces sortes de choses. Cependant, Acante doit estre ii» jours m beu où l'on l'a conduit, pendant lesquels deux personnes forl expérimentées en la connoissance de ce mal, l'observent soigneusement, pour ."H >'M n'en a | » 1 1 1 - aui une incommodité. On
Nw2 i \ GAZBT1 MHtK.
creûl rnesme te premier joar qu'il \ fut, qu'il en estoil eneore un peu attaqué; car il soupira plusieurs fois, sans nulle cause apparente. Mais il soutint hardiment que ses soupirs estoient des soupirs d'amitié , et qu'il y avoit de plusieurs espèces de soupirs, rapportant, pour autorité, une chanson qu'il avoit ouï chanter fort agréablement à l'illustre Açiathyrse, par où il parait qu'il y ;i des soupirs de tristesse et des soupirs tFollégresêe. M;i is ce qu'il y a d'avantageux pour lui est qu'il est en un lieu si agréable, qu'il ne s'y peut ennuyer ; oar la maison est belle, le jardin admirable et les lou laines merveilleuses. 11 a mesme obtenu la permission d'écrire à ceux de sa connoissance qui sont à Tendre, quoy qu'on die qu'il y ayt quelque danger à recevoir des lettres de ceux qui ont celte espèce de mal dont il s'agit; si bien qu'il ne se passe point de jour qu'il n'écrive quelque galanterie ingénieuse ou en vers, ou en prose, qu'il adresse tantost à la discrète Agèkute, tanins! à la redoutable Doralise , tantost au sage Théodmnai, et tantost à celle qui a basty nostn ville '. En effet, il luy envoya hier un Dialogue entre l'Aurore
1 ■ MMc de Scudèrj . autrement Sapho, qui a rail la carte tir Tendre, laquelle *e %oit dans le premier volume de délie, .1 ni laquelle loul cecj esl fondé. Conr.
LA <.\/l III Dl I IMillK. 83
I ''/// '. |ui est une Forl ingénieuse et Fort agréable bose. Mu- dînant qa'Acante est dans cette belle solitude, Mettante, Agathyne el Trasile visitent les dehors de la rille, où il y a de belles choses à voir. Il- voyent tnesme quelquefois Sapho, car elle va presque tous les juins voir travailler les premiers architectes du monde, qu'elle employé à bastir quatre tomheaui magnifiques; le premier est ceins d'un at/mable Inconnu*, qui avoit autrefois esté tout prest d'estre receuà rendre, qui mourut quelques jours avant qu'il y dusl entrer, et qui, pour s'en rendre digne, avoit sacrifié un nombre inlinv de galanteries passagères, qui avoient occupé le commencement de sa vie. Aussi void-on plusieurs petits Amours enchaînez aux pieds d'une figure de marbre blanc, qui représente la Vertu. afin de faire i onnoistre quels rat esté les sentimens de celuy pour qui ce tombeau est fait. Pour le second, c'est celuy du dernier Mage de Tendre 3, qui est d'une structure admirable, et dont les inscriptions -ont tort glorieuses a cet illustre mort;
' Ce ili.ilogiif . i|in t'sl Ifée-ingéniew, lui f.nl par M. de PelItMOD, un matin qu'il estoil seul à rheval , an -miii de Sentis, pour aller à la Cour, qui esloit à Pétonne, un peu avant la délifitaee d'Arrat. Conr.
* I.'.iIiIh- d« I.Ii.iii.Ii'mII.-.
1 L'éréojM da Maai
S'» n i. \/\ i n i.i i iM'iu .
Sapho n'ayant pas mesme voulu qu'il parusl qu'il avoit esté quatre ans exilé de Tendre ', parce que, depuis <|U*olle l'avoit rappelle auprès d'elle, il n'avait rien l'ail qui ne fust digne des premières grâces qu'il avoit receuës. Pour le troisième tom beau, c'est ecluy de la belle et charmante Elite} m'i Les ('.races et les Muses sont représentées en deuil, à Pentour d'une admirable statué qui la représente. Et le quatrième est celuy <lu vaillanl et infortuné Prince de Phocée*, où l'on void des marques de ses victoires et de son pitoyable destin tout ensemble ; car tous ses combats, tant SUT met que sur terre, y sont représentez en basse-taille, jiuques à celuv où, avant passé son épée au travers du corps d'un brave Ibérien qu'il combat loi i, il mourut d'un coup de trait qu'on tira île dessus les murailles d'une ville assiégée :t, et mourut eu triomphant de son ennemy, après avoir l'ait mille et mille actions héroïques, el durant la guerre, et durant la paix. Cependant corne Sapho, qui fail faire ces superbes tombeaux, ne va jamais roii ceux qui y travaillent, qu'elle n') si ni accompagnée
1 - c'est qu'il avoil esté ■ e temps là sans la voir, mais de
puis il regagna paj d< - si m- jusqu .i -.> i i ce temps qu il
ivoil perdu Coni .
Ba il
PortoloDgone « ili< de I lit" d'Elbe
I \ '.\/l I II M IIM.UK. S i
plus bennestee gêna de nostre \ ille, ceux qui m \ sonl pas encore receua m' sont paa toul à l'ail à plaindre, puisqu'ils voyent -i bonne compagnie ci icunir aeroil plua malheureux qu'eux, s'il n'a voit ru bod propre espril de * | ' ' * * y se passer de celuj des antres. Maia ("1111111' il n'\ a rien qu'on m 1 ■ < 1 1 - -■ • mal expliquer quand <>n veut, on dit que la malicieuse Dorafise, pour irriter les plu- considérables de Y ancienne ville </<■ Tendre, a dil à quelques personnes que Sapko Faisoil semblant de déférer aux avis qu'on lu\ donnoit, mais qu'elle ne li' Faisoil que par politique seulement, ci qu'elle saroil «le bonne [tari qu'une mande partie de ces nouveaux-venus estoienl entrez dans la ville incognito, avec l'ayde A'Agélaste et desasœw qui 1rs avaient déguisez* relie dit mesme cela d'un certain ton, qui l'ail voir qu'elle veut bien qu'on 1 roye qu'ils \ — • » 1 » t tous entrez, et qu'elle est bien informée de ce qu'elle dit. Pour l'aymable Phi . Ile n'en ht pas antani que la spirituelle Doratise, cl elle se contente de sourire, sans la contredire. Mais puni la belle el sage Cléodore, \\i s'oppose mi. mi qu'elle peul à la fière Doralise
1 est qu'elles entendent admirablement à habillei ceui 1 • ■ • ~ * veulent déguiseï nul irnavat ou en d'autres réjouis
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m 1 1 m .. nai
86 'A i.a/.i I ri M TIMORE.
et rapportant fort judicieusement l'exempt* du charbonnier ', elle conclut que chacun est maistrr dam sa maison. Pour la belle et jeune Télanm, . elle ne se mesle guère des factions de la ville et ne songe qu'à se. promener. Elle Bouhaiteroil menue fort qu'on list bien-toit la cérémonie de la réception de tous ces illustres estrangers, afin qu'il \ eust quelque teste magnifique. On pense, pourtant, qu'elle ne se fera pas encore si-tost, et que ce beau paresseux, qui est en chemin de venir à Tendre, aura le loisir d'arriver auparavant; car quand on aura résolu que ces estrangers entreront, il faudra encore bien du tempe pour régler leurs rangs avec les anciens, parce qu'il yen a quelquesans qui prétendent que le droit d'ancienneté n\ fait rien; de sorte qu'il est bien à craindre que l'impatient Agathyrse ne s'en aille, sans B'obstinei à entrer dans la ville; que Trasile n'a\t quelqu'un de ces demy-amours qui luj viennent par oysireté, avec quelqu'une des dames qui accompagnent cette Princesse estrangère qui esl icj : qu'.-lconte ne retombe dans ce mal qui l'a tant tourmenté; que Mettante ne retombe si malade, qu'on lu\ or-
1 « C'est que sur ce iqjet, M"'' le Gendre te Bervoil <i» pw- V) ■ i lit-, qui dit. ijur lt ' IkiiIiuiiii >, i 'imi e$trt maiiirt $n $a
mauon, COBI .
' Madame <\ Mta e
u C \/\ i 1 1 M il \inti-. S"
donne -mi air Datai ; que la Princesse qui prétendoit entrer Bans résistance, à (anse de ses bonnes qualités, ne se rebute; el que tes nouvelles-venues
M retournent à Siglioence , et ne suyent exilées
une seconde l'ois; car comme on leur a presque
tout rendu à leur retour, il pourra e>lie qu'elles ne i raindronl plus de faillir, et que Sapho se repentira de son indulgence, quoj que, jusque»
l celte lieiire. elle ne >e SOil |,iiii.ii- lepenlie de rien
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