‹ La journee des maladesChapitre 41 sur 57 · LA NUIT · texte numérisé non relu

LA NUIT

Mon frère, gardez-vous de maudire la nuit pour ce qu'elle vous apporte d'insomnies douloureuses et de funestes agitations.

Respectez-la, au contraire, méditez-la, tenez-la pour sacrée; car elle a souvent été le temps de Dieu.

C'était la nuit quand Celle qui portait le Sauveur quitta sa demeure avec Joseph, sur l'ordre de César, ei s'en vint par les rudes chemins de la Judée jusqu'à Bethléem; c'était la nuit quand elle frappa aux portes, et que, r

LA JOURNEE DES iMALADES 235

poussée de tous, elle ne trouva pas même une place dans rhôtellerie.

C'était la nuit quand les anges chantèrent dans la splendeur d'une éblouissante clarté : € Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté ! » C'était la nuit quand 1 Enfant parut sur la paille de l'étable.

C'était la nuit quand l'ange du Seigneur avertit Joseph, et que le fidèle serviteur se levant f)rit l'Enfant et la Alère, s'enfuit avec eux loin du glaive d'IIérode et passa jusqu'en Egypte. C'était la nuit quand, de retour à Nazareth, après la mort des persécuteurs, Marie se levait silencieuse, et, s'approchnnt du berceau où reposait l'Enfant, le contemplait dans l'extase et pleurait.

C'était la nuit, quand Jésus, seul au désert, préparait parles veilles de la pénitence sa mission divine. C'était la nuit quand il quittait ses disciples endormis et qu'il se retirait pour prier. C'était la nuit quand, traversant la mer pour aller à Capharnaum, ils virent Jésus marchant près d'eux sur les Ilots, et qu'ayant

voulu le faire entrer dans la barque, ils se trouvèrent transportés tout à coup au lieu où iU allaient.

C'était la nuit quand, éveillé par le cri de ses disciples : " Sauvez-nous, Seigneur, nous périssons! » Jésus commanda au vent et à la mer, et fit une grande tranquillité.

C'était la nuit quand Simon Pierre et les autres, jetant les filets et travaillant jusqu'à l'aube, ne purent rien prendre, et que, le matin venu, Jésus ayant dit : « Allez au large et jetez U filet, > ils ramenèrent une telle charge de poissons que les filets rompirent.

C'était la nuit quand Nicodème venait trouver Jésus, et que le divin Maître, ayant égard à la faiblesse de ce pauvre homme, l'instruisait de sa doctrine.

C'était la nuit quand le Maître, réunissant les siens, fit avec eux la dernière cène et leur donna sa chair en nourriture et son sang en breuvage. C'était la nuit quand il sortit selon sa coutume avec eux, et que, les entretenant pour la dernière fois avani sa mort, il leur révéla ses derniei's secrets.

C'était la nuit quand Jésus, quittant ses disciples, et 1 ame triste jusqu'à la mort, tomba le front contre terre, et que, saisi par l'agonie, inondé de larmes et de sang, il fut soutenu par l'ange de Dieu. C'était la nuit quand Judas vint et donna son baiser, (juand les serviteurs emmenèrent Jésus chez le grand prêtre, quand Pierre resté dans le vestibule renia le Seigneur, quand îe Seigneur regarda Pierre et que Pierre pleura.

C'était la nuit quand les gardes lui voilèrent la tête et lui dirent : « Prophétise maintenant qui t'a frappé; » quand ils le gardèrent jusqu'au matin au milieu des rires sacrilèges et des sanglants opprobres.

C'était la nuit quand Joseph d'Arimathie et les fidèles disciples embaumèrent le corps du Seigneur, et que les pharisiens, scellant la pierre du sépulcre, y mirent des gardes.

C'était la nuit quand Marie-Magdeleine vint au tombeau avec des parfums et vit la pierre soulevée; quand, frappée de terreur, elle courut prévenir Pierre et Jean, quand tous trois vinrent en toute hâte et trouvèrent le sépulcre vide.

C'était la nuit quand, les disciples étant, assemblés, Jésus parut au milieu d'eux et leur dit : « La paix soit avec vous. >

Il était nuit quand Pierre, éveillé dans la prison, vit l'ange brillant du Seigneur, et que, pensant avoir un songe, il fut délivré de ses fers, suivit l'ange et se trouva libre.

Il était nuit quand un ange apparut à Paul, jeté dans les fers à Jérusalem, et lui dit : c( Courage, Paul! comme tu m'as rendu témoignage à Jérusalem, ainsi tu feras à Rome. j>

11 était nuit quand, brisé par la tempête, le vaisseau qui portait Paul sembla s'engloutir dans les flots, et qu'un ange lui apparaissant lui annonça que personne ne périrait.

Il était nuit quand Pierre et Paul, emprisonnés au pied du Capitole, firent jaillir l'eau du rocher, selon la tradition, et baptisèrent leurs gardiens, à la veille de mourir pour Jésus- Christ.

Il était nuit quand les chrétiens des premiers temps, rapportant aux catacombes les restes glorieux des martyrs, les étendaient dans leur

étroite demeure et gravaient à la hâte unepaline sur la pierre.

Il était nuit quand les fils des martyrs, à la veille de descendre dans les amphithéâtres, voyaient et entendaient en songe l'éternité.

11 était nuit quand les diacres portaient aux prisonniers et aux malades l'Eucharistie du Seigneur; c'est la nuit que les missionnaires la portent encore, et qu'ils vont répandre l'Évangile.

C'est la nuit que veille la pénitence, c'est la nuit que veille la charité, c'est la nuit que veille le travail du pauvre, c'est la nuit que veille la patience du malade.

C'est la nuit que l'ange de Dieu passe sui une grande ville, et qu'apercevant à côté des folles ivresses et des ténébreux délires des impies la chaste victoire d'une pauvre enfant, il pardonne à la cité immense en faveur de cette àme juste.

0 nuits chrétiennes ! nuits immortelles ! nuils fécondes pour le salut du monde! nuits pleines do Dieu! Chrétiens malades, méditez leurs souvenirs dans vos insomnies : In noctibus

240 LA JOURNEE DES MALADEh

extollite manus vestras m saiicta^; et les ténèbres de la nuit deviendront plus brillantes que le jour, et la nuit s'illuminera pour vous de clartés et de joies : Et nox sicut dies illuminabitur, et nox illuminatio mea in deliciis

mets *.

* Hs. cxxxii.

* Ps. CXXXVIII.

Page 1