CHAPITRE VI. — DE LA SAINTE COMMUNION
offrir rotre cœur, l'entretenir et traiter avec lui de ce qui vous importe le plus.
Sainte Thérèse impute le peu de fruit que nous retirons de l'Eucharistie à notre défaut de recueillement après nos communions. Gardez-vous bien de cette négligence et souvenez-vous que, comme il n'y a si petite particule d'hostie qui ne soit à conserver comme très-précieuse et que ce serait un grand sacrilège d'en laisser tomber quelque fragment, ainsi n'y a-t-il pas une minute à laisser perdre de ce temps où vous tenez le souverain bien au-dedans de vousmême.
Employez donc ce temps comme il doit l'être, soigneusement; et, en premier lieu, fermez tout votre cœur à toute autre chose, comme la perle, quand elle a reçu la goutte de rosée du ciel, se referme aussitôt. Et, comme il est dit de la Vierge qu'à l'instant même où elle eut conçu le Seigneur, l'ange la quitta, discessit ab ea, pour la laisser en son recueillement, séparée de toutes les créatures et s'unissant cœur h cœur avec son Dieu, recueillez-vous tout en Jésus et congédiez jusqu'aux bonnes pensées qui viendraient traverser votre doux entretien avec le Sauveur. Vous êtes en conférence intime et vous traitez clans le secret de votre âme des intérêts qui vous touchent le plus ; fermez toutes les portes et que rien ne vienne vous distraire.
Ravivez votre foi en vous disant, par exemple : « Est-ce un songe, que je possède mon Jésus, Celui que la Vierge a porté, Celui qui béatifie les anges,
Celui qui viendra juger les vivants et les morts? Ce n'est pas un songe, c'est la foi certaine et infaillible. Ali! mon Dieu, me permettrez- vous cette grâce de vous embrasser respectueusement, mais tendrement, comme un fils embrasse son père; me permettrez-vous de m'unir à vous par amour? Vous le voulez, puisque vous êtes venu à moi avec tant d'amour et de familiarité. Hélas ! qui suis-je et d'où me vient un tel bonheur? 0 qu'il faut que vous m'ayez aimé, Seigneur, et que vous méritez d'être aimé ! Grâces infinies vous soient rendues, ô Dieu de mon cœur. »
Reconnaissant votre insuffisance et votre incapacité dans une affaire si sérieuse et si importante et voyant combien peu vous pourrez donnera Jésus de témoignages de reconnaissance, quand vous auriez mille vies à lui sacrifier et dix mille ans à vivre, ayez recours à la très-sainte Vierge et aux saints du ciel vos patrons, demandez-leur instamment de suppléer pour vous à ce devoir qui surpasse vos forces et de remercier Dieu pour vous, mieux que vous ne sauriez le faire.
« 0 saints du ciel, aidez-moi à rendre grâce à mon infini bienfaiteur. 0 anges du ciel, parlez en mon nom et à ma place. 0 Vierge immaculée, mère du Dieu toutpuissant et ma très-clémente mère, vous qui avez eu l'insigne honneur de porter durant neuf mois ce môme Seigneur que je viens de recevoir et que je porte indignement en ma poitrine, je vous en supplie, û divine médiatrice des pauvres pécheurs, daignez intercéder pour moi auprès de Jésus, le fruit béni de vos