ACTE I
Le théâtre représente un carrefour delavillede Constance en 1414. A droite du spectateur, le portail d'une église. A gauche, à l'angle d'une rue, la boutique d'un orfèvre-joaillier. Plusieurs fontaines.
SCErVE I.
(Au lever du rideau, les portes de l'église sont ouvertes. Le peuple qui n'a pu entrer dans l'intérieur est agenouillé sur les degrés du péristyle. Au milieu de la place hommes et femmes , se promènent. A gauche, et devant sa boutique , Eléazar près de sa fille Rachel. Puis Albert et Léopold. On entend dans l'église chanter à grand chœur : Te Deumlaudamus. PLUSIEURS GENS DU PEUPLE, causaut cutre eux. En ce jour de fête publique, Quel est donc ce logis où l'on travaille encor ? d'autres , leur répondant.
C'est celui d'un héritique, Que l'on dit tout cousu d'or î Le juif Eléazar !
RACHEL , à Eléazar.
Mon père, prenez garde, Rentrons, c'est nous que l'on regarde. (Elle force son père à rentrer dans l'intérieur de la boutique. — Un homme, enveloppé d'un manteau, apparaît au fond de la place. Il regarde du côté de la boutique d'Eléazar. Albert remarque cet étranger, le suit jusqu'au bord du théâtre, et jetant le& yeux sur lui, fait un geste de surprise et de respect.)
ALBERT
Sous ce déguisement, dans les murs de Constance ^ C'est vous que je revois !...
Archives de la Ville de Bruxelles Archief van de Stad Brussel
LÉOPOLD, lui mettant la main sur la bouche.
Silence !
De toi seul, cher^lbert, qu'ici je sois connu I
ALBERT
Par l'empereur vous êtes attendu.
LÉOPOLD
Que Sigismond ignore ma présence !
Jusqu'à ce soir du moins !...
(Regardant.)
Mais quel concours immense !
Et d'où vient ce tumulte?
ALBERT
Eh I ne savez- vous pas Que Sigismond arrive aux remparts de Constance , Pour ouvrir ce concilie où princes et prélats, Vont de la chrétienté terminer les débats, Décerner la tiare, éteindre l'hérésie, Et du fougueux Jean Hus juger le dogme impie ! Déjà ses partisans, ces Hussites fameux, Sont tombés sous les coups d'un bras victorieux...
Et l'empereur au ciel, aujourd'hui même. Rend grâce des exploits de ce héros qu'il aime... Entendez-vous ces chants?...
(On entend dans l'église : Té deum laudamus.)
LÉOPOLD
Éloignons-nous, ami.
Attendons le moment de reparaître ici î (Il sort avec Albert.)
CHOEUR
Hosanna ! plaisir, ivresse !
Gloire, gloire à l'éternel.
Et que nos chants d'allégresse Retentissent jusqu'au ciel!
SCEIVE II.
LES PRÉCÉDENS , RUGGIERO , escorté de gardes et de plusieurs crieurs jmblics.
RUGGIERO
Dans ce jour solennel où s'ouvre le concile,
Voici redit que moi, grand prévôt de la ville, Je dois faire aujourd'hui proclamer en tout lieu ! (Il fait signe au crieur qui , après quelques sons de trompe, lit la proclamation suivante.) « Monseigneur Léopold ! avec l'aide de Dieu I « Des Hussites ayant châtié l'insolence, « De par le saint concile assemblé dans Constance, « De par notre empereur et monseigneur Brogni , « Largesse sera faite au peuple cejourd'hui.»
CHOEUR
Ah ! pour notre ville Quel jour de bonheur! Vive le concile l Vive l'empereur!