EUDOXIE.. RACHEL
Âhî que ma voix plaintive Moi! permettre qu'il vive , Fléchisse votre cœur! Quand de la pauvre juive O vous, mon ennemie. Il a brisé le cœur! Accordez-moi sa vie, Non !... que ma triste vie
Et prenez mon bonheur ! Près de lui soit finie ;
C'est là mon seul bonheur!
EiaboxiE.
Vous pouvez le soustraire à l'arrêt implacable. En déclarant ici qu'il n'était pas coupable !
RACHEL
Pas coupable ! sais-tu qu'il avilit mes jours? Sais-tu ftue je l'aimais?... que je l'aime toujours ? EUDOXIE , avec effroi.
Entendez- vous ces pas tumultueux!
C'est lui, c'est lui que l'on traîne au concile. Si vous tardez encor, tout devient inutile. Il meurt!...
BACHEL, avec êmotion.
O ciel !
EUDOXIE
Rachel, Rachelî Rendez-vous à mes vœux, ENSEMBLE.
RACHEL. EUI>0XIR.
0 mon Dieu, que faire ? 0 Dieu tutéliare.
DoiS'je à sa prière Entends ma prière
Vaincre ma colère Calme sa colère.
Et sauver ses jours ? Et sauve ses jours.
O faiblesse extrême, O douleur extrême , Oui , malgré moi-même , Oui, plus que moi-même,
Je sens que je l'aime, Je sens que je l'aime !...
Je Taime toujours! Je l'aime toujours î
RACHEL, à part.
11 ne sera pas dit qu'une femme chrétienne Sur une juive en rien l'ait emporté.
(Reprise de l'ensemble.)
UN GARDK.
Le cardinal, madame, en ce lieu doit se rendre.
EtiDOXIE.
Je me retire...
Ainsi que toi, Rachel, le trépas, j'espère,
Aura bientôt terminé ma misère...
Mais Léopold vivra, du moins... c'est mon seul vœu.
RACHEL
Allez, vivez en paix!...
(Eudoxie sort.)
SCEI^E III.
RACHEL, BROGiNI ; plusieurs Gardes.
BROGNi , à Rachel.
Devant le tribunal vous allez comparaître.
RACHEL
Eh bien! ce tribunal entendra mon aveu.
BROGNI.
Quel est-il donc !
Bientôt vous allez le connaître.
Je ferai mon devoir, et m'abandonne à Dieu.
BROGNI.
Cet aveu pourra- 1 il conjurer la tempête?
RACHEL
Oui, d*un front qui m*est chère il la détournera.
0ROGNI.
Et ne peut-il sauver ta tète?
RAcilEL.
Oh! non, la mienne tombera.
BROGNI.
Ainsi donc, à la mort vous courez sans de'fense?
RACHEL
Je l'attends du moins sans pâlir.
BROGNl.
N'avez-vons donc plus d'espérance?
RACHEL
Il m'en reste une encor... le sauver et mourir. BROGNI, qui a toujours suivi Rachel des yeux. Mourir si jeune î... Un seul espoir me reste I... Eléazar encor peut détourner les coups De l'humaine justice et du courroux céleste.
Je veux le voir.
Qu'on amène ce juif. Allez, et laissez-nous.
SCEINE 1 V.
BROGrsiE, ÉLÉAZAR.
BROGNI.
Ta fille en ce moment est devant le* concile ,
Qui va prononcer son arrêt.
Toi, son complice, en vain mon cœur voudrait Tenter pour te sauver un effort inutile : Ton sort est dans tes mains... aux flammes du bûiit abjurant ta foi, loi seul peux t'arracher. [cher, DUO.
ÉLÉAZAR
L'ai-je bien entendu !
Que me proposes-tu?
Renier la foi de mes pères.
Vers des idoles étrangères Courber mon front et l'avilir, Non, non, jamais î... plutôt mourir î
BROGNI.
Mais le Dieu qui t'appelle est un Dieu redoutable.
ÉLÉAZAR
Non, le Dieu de Jacob est le seul véritable.
BRÔGNI.
Et pourtant, dans l'opprobre il laisse ses enfans.
ÉLÉAZAR
Si de leurs fronts vainqueurs les palmes sont tombées, Dieu, qui dans les combats fjuidait les Machabées, Rendra bientôt ses fils libres et triomphans. Qu'en vos mains le fer brille, Que la ilamme pétille, C'est combler tous mes vœux.
Que mon destin s'achève, Le bûcher qui s'élève Mous rapproche des deux !
BROGNI. .
Sue son œil se dessille, ^ue la vérité brille À ses regards heureux.
Dieu, dissipez son rêve, Qu'il triomphe et s'élève Près de vous jusqu'aux cieux !
BROGNI.
Ainsi, lu veux mourir?
ÉLÉAZAR
Oui* c'est mon espérance.
Mais, je veux âVant tout, et sur quelque chrétiens, Me venger ! ce sera sur toi î
9uand les Napolitains dans Rome sont entrés, ous avez vu vos toits au pilage livrés, Et ton palais en proie à l'incendie.
Et ta femme expirant!... et ta fille chérie, En recevant le jour, mourant à ses côtés...
BROGNI.
Tais-toi, tais-toi, cruel ! que ces jours détestés,
Par qui j'ai tout perdu, s'effacent et s'oublient !
ÉLÉAZAR, à dcmi'Voix et avec force.
Non, tu n'avais pas tout perdu !
BROGNI, avec émotion.
Que dis-tu?
ÉLÉAZAR
Un juif avait saisi ta fille, L'avait vivante emporté en ses bras. .
BROGNi, hors de lui.
Et quel est-il? réponds!
ÉLÉAZAR
Tu ne le sauras pasi BROGiM, hors de lui.
Ma lille! mon enfant ! quoi! ce n'est point un rêve?
Ah ! par pitié, cruel! achève.
Tu me vois à tes pieds ; daigne combler mes vœux, Dis «n mot, un seul mot, où j'expire à tes yeux.
ÉLÉAZAR, d'un air triomphant.
Eh ! de quel droit viens-tu ! toi que la haine anime, Implorer ton pardon aux pieds de ta victime? Non, non, je reste sourd à tes vaines douleurs : J'ai bravé le bûcher, je braverai tes pleurs.
Oui, ta fille respire, Oui, je connais son sort, et seul je peux le dire, Calme, j'attends la mort et tu tremble d'effroi, Mais mon secret va périr avec moi.
Qu'en vos mains le fer brille, etc.
RUGGiERO , entrant Grand juge, le concile attend votre présence, BROGNi , à Éléazar.
Un mot peut changer ton sort.
ÉLÉAZAR
Non, sans pâlir j'attendrai ma santence.
BROGNF
Elle sera terrible î
ÉLÉAZAR
Eh bien ! la mort !
(Il entre dans la salle du concile.)