‹ La juive, opera en cinq actesChapitre 27 sur 35 · SCENE IT · texte numérisé non relu

SCENE IT

Les Precedents, £l£AZAR , RACHEL.

iEleasar, tenant un coffret d'or et conduit par le majordome, s'approchc d'Eudoxie.)

ELEAZAR, a Eudoxie.

A vos ordres soumis, j'apporte en ce palais

W juyau pi e cieux...

ha quel , levant les yeux et aperccvant Leopold. O ciel ! voila ses traits !

ENSEMBLE

ELEAZAR.

O surprise ! 6 terreur nouvelle Je vois Samuel en ces lieux !

Cest lui ! e'est bien lui, 1'intidelel Ah ! je n'ose en croire mes yeux!

LEOPOLD

O surprise ! 6 terreur nouvelle !

Un sort fatal l'offre a mes yeux !

Et sur ma tele criminelle Gronde la vengeance des cieux !

LE CMOEUR.

O ciel ! il f remit, il chancel le ,

Vers la terre il baisse les yeux ;

D'ou vient cette terreur mortelle

Dans un instant si glorieux?

EUDOXIE , regardant la chain e que lui a remise Eleaia/.

Ah ! combien cette chaine est belle !

Que ce travail est precieux !

Oui, cette surprise nouvelle

D'un epoux charmera les yeux.

RACHEL , cache* dans le groupe et regardant Leopold,

Cest lui !... e'est bien lui , 1'infidele !

Et dans ces lieux , amant heureux ,

S'i1 mefuyait, e'e'tait pour elle!

Ah ! je saurai briser leurs noeuds !

EUDOXIE , se levant et s'approchant de Leopold. Au nona de l'empereur, de l'honneur et des damag Qui des nobles guerriers e'lectrisent les ames,

Preux chevalier, flechissez les genoux y Et recevez ce don qu«5 j'offre a mon epoux.

ELEAZAR et RACHEL.

Son epoux !!!

RACHEL s'elance entre Eudoxie et LeopaM. Arrdlez !

EUDOXIE et LEOPOLD.

Ah ! grand Dieu !

RACHEL, arrachant a Leopold la chatne qu'il a«ut «Vfti4l main , et la rendant a Eudoxie.

Reprenda ce noble tifiBftj

LA JlHVfc

\a ii^ue de Thonneur; son coeur n'en est pas digne! EUDOXIE , avec indignation.

Lui, mon epoux.'

RACHEL

Ce n'est plus ton epoux, Non , ce n'est plus ce guerrier redoutable, tte& Hussites vainqueurs. . .c'est un lache,u<n coupable, Que je denonce aux yeux de tous.

JpBfT *'l— 1 — < pres de Brogni et des membres du concilc. Eleazar court pres de Rachel.)

Tais-toi ! tais-toi , Rachel !

RACHEL, sans l'ecouter et it voix haute.

II est coupable !

BROGNI.

Quel crime a-t-il commis ?

RACHEL

Le plus epouvantable !

Celui que votre loi punit par le trepas : Chretien, il eut commerce avec une maudite! Une juive!... une Israelite!

EUDOXIE

Non ! non ! cela ne se peut pas !

RACHEL

Et cette juive, sa complice, Qui comme lui merite le supplice...

EUDOXIE

Quelle est-elle ?

RACHEL , a voix haute.

C'est moi !

(Se retournant vers Leopold, qui veut I'interronunc.) Ne me connais-tu pas ?

ENSEMBLE

EUDOXIE et LEOPOLD.

Je frissonne et succombe Et d'horreur et d'effroi !

Et j'appelle la tombe Qui va s'ouvrir pour moi.

II frissonne et succombe Et d'horreur et d'effroi !

Que votre glaive tombe Sur lui comme sur moi!

ELEAZAR.

Notre cause succombe ; Je sais quelle est leur loi :

Je vois s'ouvrir la tombe Et pour elle et pour moi.

\ BROOM et LE CUOEUR.

Je frissonne et succombe

Et d'horreur et d'effroi !

\ Sur lui faut-il que tombe

Le glaive de la loi!

ALEAZAR , tenant Rachel dans ses bras et montrant Leopold. Eh bien ! nobles seigneurs, pretres et cardinaux,

Qu'attendez-vous? qui retient votre glaive? Gardez- vous pour nous seuls les fers et les bourreaux ?

RACHEL

Et le coupable heureux qui par le rang * eleve A-t-il le droit d'inujuaUe ?

KttOGNl, regardant Leopold.

11 se tait... O mon Dieu! c'est done la veVit£! (Brogni, auquel les cardinaux et les eveques ont pane" & vote basse, s'avance au milieu du theatre et etend les mains vei Eleazar, Rachel et Leopold.) Vous , qui du Dieu vivant outragez la puissance,

Soyez maudits! Vous, que tous trois unit une horrible alliance, Soyez maudits !

Anatheme! anatheme!

C'est TEternel lui-meme Qui vous a, par ma voix, rejetes et proscrits ! ( Tout le mGnde s'eioigne de Leopold , de Rachel et d'Eleasaf

qui se trouvent seuls a gauche- du theatre.) De nos temples pour eux que se ferme l'enceintei Que de l'eau salutaire et de la table sainte lis ne puissent plus approcher!

Que redoutant leur souffle et leur toucher Le chretien se detourne et s'eloigne avec crainte . Et, maudits sur la terre et maudits dans les cieux , Que leurs corps soient enfin, a leur heure dernier*), Laisses, sans sepulture ainsi que sans priere, Aux injures du ciel qui s'est ferme pour eux! ENSEMBLE.

CHOEUR

Sur eux anatheme!

C'est le ciel lui-meme Qui les a proscrits !

Que l'eau salutaire, Le feu, la lumiere, Leur soient interdits !

Dieu les a maudits !

LEOPOLD

Justice supreme , Reiiens lanatheme Qui les a proscrits !

Entends ma priere !

Et dans ta colere , Que mes jours fletris Soient les seuls maudite!

RACHEL

Justice supreme!

Que leur anatheme

Qui nous a proscrits ,

Epargne mon pere!

Et dans ta colere,

Que mes jours fletris

Soient les seuls maudits!

ELEAZAR , a Brogni et aux cardinMui.

Sur vous ana theme !

Jamais Dieu lui-meme

Ne nous a proscrits !

II est notre pere,

Et par lui j'espere !

Non, jamais ses fils

Ne seront maudits !

(Sur an signe de Brogni, Ruggiero et des gardes tttppraefctat pour saisir Eleazar , Rachel et Leopold. Celui-ci tire son «f*fe et la jette a leurs pieds ; la foule s'ecarte d'eux au aaoeuiAl oo on les entraine , tandis qua gaucLe du theatre, Eudour Us princes et les cardinaux levent an ciel Unxi utaia* «* lMM« yeux epoufautw, <■» La toUc tombe.)

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