‹ La juste paix; ou, La vérité sur le traité de VersaillesChapitre 2 sur 32 · PREFACE III · texte numérisé non relu

PREFACE III

contraste entre cette attitude des Germains qui, à peine un traité signé, ne cherchent que le moyen de se dérober à U accomplissement de leurs obligations solennellement contractées et celle du {>aillant peuple de France qui, au lieu de s'endormir sur les lauriers de la victoire, se met courageusement au tra<^ail aux champs et à la ville. Dès 1920, nous allons avoir une récolte qui s'approchera de celles d'avant- guerre en dépit des étendues de territoire encore impossibles à cultiver; nos usines, si elles avaient le charbon nécessaire et promis par le traité de Versailles, produiraient beaucoup; elles font des efforts surhumains pour remettre leurs machines en marche. On a publié la statistique des voies ferrées, des routes, des ponts, des travaux d'art de toute nature rétablis ou réparés dans nos départements envahis. C'est une démonstration éloquente du prodigieux effort qui a été fait par nos populations.

Pendant ce temps, l'état d'âme du vaincu se traduit par des résistances passives et sournoises à l'exécution de inaints articles des

traités. Malheureusement^ les obstacles mis au loyal accomplissement de la parole donnée ne sont pas çenus que d^un seul côté, de celui duquel on devait les attendre. Chose à peine croyable, il s'est trouvé, parmi les Alliés, certains esprits d'une conformation singulière qui nont ç^oulu çoir, parmi les charges qui incombent à tous les belligérants, que celles qui sont imposées aux vaincus. Un écrivain^ dont le talent égale V inconscience, a fait, en un volume qui s'est répandu dans le monde anglo-saxon, le procès du traité de Versailles. Il a prétendu démontrer l'impossibilité pour V Allemagne d'exécuter la plupart des engagements souscrits par elle.

Notre but est de prouver le contraire. L' Allemagne peut nous payer, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi, absolument et relativement. Elle le peut absolument, parce que sa richesse, considérable en 1914, est encore grande; elle le peut relativement, parce quelle n'a pas été atteinte dans ses œuvres vives, que sa force de production agricole et industrielle est intacte, et que, comparée à la France victo-

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rieuse mais mutilée par les affreux procédés de guerre qu employa son ennemie, celle-ci dispose de la plénitude de ses moyens, tandis que nous aurons besoin de longues années d'un labeur opiniâtre pour rele^'cr nos ruines du Nord et de l'Est.

On ne comprend pas, ou on interprète fort mal, la prescription qui est répétée en plus d'un endroit du traité et qui incite ceux qui sont chargés de l'appliquer à s'enquérir des capacités de paiement de l'Allemagne. Il ne s'agit pas de rechercher si ses disponibilités immédiates et tangibles lui permettent de nous verser aujourd'hui les 200 inilliards de francs auxquels, d'ores et déjà, on peut éç>aluer le minimum des dommages subis par nous. Il s'agit simplement de saç^oir si, après avoir été reconnue débitrice de cette somme ou de telle autre qui résultera de l' évaluation de nos dommages établie jusqu'au 1®^ mai 1921, conformément au traité, elle est en mesure, dans une période déterminée, de servir l'annuité susceptible d'amortir ce montant, c'est-à-dire d^ assurer le service des intérêts et du rembourse-

ment. Poser cette question, c'est la résoudre. Les calculs que nous exposerons à nos lecteurs leur permettront de se rendre compte de la facilité açec laquelle les Allemands peuvent assumer cette charge.

La France vient de donner un magnifique exemple de courage fiscal en doublant d'un seul coup les impôts, en créant pour dix milliards de francs de ressources nouvelles qui vont, dès 1921, mettre en équilibre notre budget ordinaire. Serait-il admissible que V Allemagne nen fît pas autant — et ne voit-on pas aussitôt à quel total on arrive, en considérant que sa population est de 65 millions d'habitants? Aux 20 milliards du budget français réparti entre 38 millions d'habitants correspondent, pour 65 millions de contribuables, plus de 34 milliards de francs de recettes annuelles. Si on les traduisait en marks au cours du jour, qui est de 30 centimes, ces 34 milliards de francs équivaudraient à 113 milliards de marks.

Mais nous n abuserons pas de cet argument, et nous nous contenterons de soutenir, ce

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qu aucun homme de bonne foi ne saurait nier, que V Allemagne est en mesure de remplir intégralement les conditions quelle a acceptées.

Chacun sait que les Teutons excellent à masquer la vérité. En 1870, ils ont réussi à faire croire au monde que nous aç>ions été les agresseurs ; en 1914, le kaiser répétait : « Je nai pas i^oulu la guerre.)) En\.^20, ils gémissent sur le fardeau qui leur est imposé et ils répètent : « Nous ne pouç^ons pas payer. » Ce serait une faiblesse coupable que de nous laisser émoui^oir par ces jérémiades. Trop de gens oublient trop cite. La vision de nos provinces anéanties devrait être présente, nuit et jour, à V esprit de tous les Alliés. Le souvenir des horreurs commises par V envahisseur suffit à nous faire comprendre la justice des réparations exigées de lui. La méditation des plans de conquête quil tenait prêts nous amène à conclure que nous avons été trop doux et trop modestes dans nos exigences^ elle nous convainc de cette vérité que c est un minimum que nous avons demandé et obtenu, et que^ par conséquent, nous ne pou-

çons avoir désonnais qu'une seule politique, celle de V exécution intégrale du traité de 1919.

Puisse ce tableau fidèle de la situation telle quelle se présente en 1920 des deux côtés du Rhin, servir de point de ralliement aux volontés hésitantes de certains de nos Alliés. U unité de commandement nous a donné la victoire sur les champs de bataille. Faisons comprendre aux Germains que les hommes d^Etat de F Alliance sont unis dans leur détermiruition d^obtenir tout ce à quoi ils ont droit. La capacité de paiement dhin peuple ne résulte pas seulement de Vaddition des biens matériels qui, à un moment donné, se trouvent accumulés sur son territoire. Elle dépend encore bien plus de la capacité de production, et, disons-le, de la <^olonté de travail de ses habitants. C^est ce dernier facteur qui est essentiel. C'est celui qui doit résulter de la certitude que nous imposerons aux Allemands quil ne leur sera pas permis de se dérober à V accomplissement de leurs engagements.

On Va dit avec raison : le sort d'une bataille dépend avant tout de la conviction du chef

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qui se croit et s^affirme i^ainqueur. C'est parce quil n'a jamais cessé cVêtre assuré quil remporterait sur son adversaire que F och a triomphé. Que nos diplomates^ que nos ministres, que nos envoyés financiers et autres experts se pénètrent de cette simple i^érité : « Nous demandons à r Allemagne de nous rembourser la moitié de ce que nous aidons dépensé ou perdu en résistant à sa criminelle agression. Nous l'exigeons, parce que cest juste et parce que c'est possible. Nous îi' abandonnerons pas un franc de nos re{>endications légitimes, pas une tonne de charbon, pas une tête de bétail. » A partir de la minute où ils auront le sentiment ciuil faut s'exécuter, les Germains paieront, rembourseront, restitueront.

Puisse notre volume aider à répandre la lumière dans l'esprit de nos compatriotes et dans celui de nos Alliés. Puisse-t-il affermir les résolutions de ceux qui ont à cette heure la grave responsabilité de la conduite des affaires publiques. Nous serons récompensés de notre effort, si notre plume, au service de notre pays, et de ses Alliés, a pu aider, pour sa modeste

part, à nous conserver les fruits légitimes de la plus grande, mais de la plus chèrement achetée, des victoires qui ont immortalisé F histoire.de la France impérissable.

Raphaël-Georges Lévy.

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