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La kabbale

C'est en 1845, c'est-à-dire il y a tout près d'un demisiècle, que ce livre a vu le jour pour la première fois. Il n'y a presque pas moins longtemps qu'il est devenu introuvable en dehors des bibliollièques publiques et privées. Cet empressement du public à prendre connaissance d'une œuvre de métaphysique et de théologie n'a rien qui puisse nous étonner; il s'explique par le sujet et par le nom même de la Kabbale. Depuis ce temps si éloigné j'ai été souvent sollicité, en France et à l'étranger, de publier une seconde édition de mon volume de 1845. Pour plusieurs r. ^sons, j'ai refusé de donner satisfaction à ce désir. Obligé par état, comme professeur de droit naturel et de droit des gens au Collèue de France, de consacrer toute mon activité à des études d'un intérêt général, il m'était difficile de revenir sur un sujet de recherches (|ui ne me paraissait plus répondre à l'esprit du temps. Puis, j'aurais été obligé, par la nature des objoclionsqui m'étaient adressées, de reléguer au second rang ce qui fait le mérite et l'attrait de la Kabbale, c'est-à-dire le système philosophique et religieux qu'elle renferme, pour discuter avant tout certaines questions de bibliographie et de chronologie. Je n'ai pas eu le courage, je n'ai pas cru utile, de m'imposer ce sacrifice.

n LA KABBALE.

Aujourd'hui la situation est très différente. Dégoûtés des doctrines positivistes, évolulionnistes ou brutalement athées qui dominent aujourd'hui dans notre pays et qui affectent (le régenter non seulement la science, mais la société, un grand nombre d'esprits se tournent vers l'Orient, berceau des religions, patrie originelle des idées mystiques, et parmi les doctrines qu'ils s'efforcent de remettre en honneur, la Kabbale n'est pas oubliée. J'en citerai plusieurs preuves. Il faut d'abord qu'on sache que, sous le nom de Société ihéosophique, il existe une vaste association qui, de l'Inde, a passé en Amérique et en Europe, en poussant de vigoureuses ramifications dans les États-Unis, en Angleterre et en France. Cette association n'est pas livrée au hasard, elle a sa hiérarchie, son organisation, sa littérature, ses revues cl ses journaux. Son organe principal en France s'appelle le Lotus. C'est une publication périodique d'un très grand intérêt, qui emprunte au bouddhisme le fond des idées, sans avoir la prétention d'y enchaîner les esprits en leur interdisant les recherches nouvelles et les tentatives de transformation. Sur ce fond bouddhiste se développent souvent des considérations et des citations textuelles empruntées à la Kabbale. Il y a môme une des branches de la Société théosophique, une branche française appelée VYsis,(\m a publié, dans le cours de l'année dernière, une traduction inédite du Seplier ictzirah, un des deux livres kabbalisliques qui passent pour les plus anciens et les plus importants. Ce que vaut cette traduction, ce que valent surtout les commentaires qui l'accompagnent, je n'ai pas à l'examiner ici. Je dirai seulement, pour donner une idée de l'esprit qui a inspiré l'auteur de ce travail que, selon lui, « la Kabbale est la religion unique dont tous les cultes sont des émanations* ».

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