‹ La kabbaleChapitre 159 sur 224 · ANALYSE DU LIVRE DE M. FRANCK · texte numérisé non relu

ANALYSE DU LIVRE DE M. FRANCK

M. Franck a fait de la Kabbale une étude très sérieuse et très approfondie, mais au point de vue particulier des philosophes contemporains et de la critique universitaire. H nous faudra donc résumer de notre mieux ses opinions à ce sujet; mais en mettant à cùlé celles des kabbalistes contemporains connaissant plus ou moins l'Esotérisme. Ces deux points de vue quelque peu différents ne peuvent qu'éclairer d'un jour tout nouveau une question si importante en Science Occulte.

Ces considérations indiquent par elles-mêmes le plan que nous suivrons dans cette étude. Nous résumerons successivement les opinions de M. Franck sur la Kabbale elle-même, sur son antiquité

et sur ses enseignements en discutant chaque fois les conclusions de cet auteur comparativement à celles des occultistes contemporains.

Nous devrons toutefois nous borner aux questions les plus générales, vu le cadre restreint dans lequel doit se développer notre article.

Voyons d'abord le plan sur lequel est construit le livre de M. Franck.

La méthode suivie dans sa disposition est remarquable par la clarté avec laquelle des sujets si difficiles se présentent au lecteur.

Trois parties, une introduction et un appendice forment la charpente de l'ouvrage.

L'introduction et la préface donnent une idée générale de la Kabbale et de son histoire.

La première partie traite de l'antiquité de la Kabbale d'après ses deux livres fondamentaux, le Sepher Jesirah et le Zohardont l'authenticité est admirablement discutée.

La seconde partie, la plus importante sans contredit, analyse les doctrines contenues dans ces livres, base des études kabbalistiques.

Enfin la troisième partie étudie les rapprochements du système philosophique de la Kabbale avec les écoles diverses qui peuvent présenter avec elle quelque analogie.

L'appendice est consacré à deux sectes de Kabbalistes.

En résumé, toutes ces matières peuvent se renfermer dans les questions suivantes :

1° Qxi est-ce que la Kabbale et quelle est son antiquité? 1° Quels sont les enseignements de la Kabbale :

Sur Dieu;

Sur C Homme;

Sur r Univers?

3° Quelle est l'influence de la Kabbale sur la philosophie à travers les âges ?

Il nous faudrait un volume pour traiter comme il le mérite un tel sujet; mais nous devons nous contenter de ce que nous avons et nous borner aux indications strictement nécessaires à cet effet.

qu'est-ce que la kabbale et quelle est son antiquité ?

Se plaçant sur le terrain strict des faits établis sur une solide érudition, M. Franck définit ainsi la Kabbale :

« Une doctrine qui a plus d'un point de ressemblance avec celles de Platon et deSpinosa; cjui, par sa forme, s'élève quelquefois jusqu'au ton majestueux de la poésie religieuse; qui a pris naissance sur la même terre et à peu près dans le même temps que le christianisme ; qui, pendant une période de douze siècles, sans autre preuve que l'hypothèse d'une antique tradition, sans autre mobile apparent que le désir de pénétrer plus intimement dans le sens des livres saints, s'est développée et propagée à l'ombre du plus profond mystère : voilà ce que l'on trouve, après qu'on les a épurés de tout alliage, dans les monuments originaux et dans les plus anciens débris de la Kabbale. >^

Sur la première partie de cette définition tous les occultistes sont d'accord : la Kabbale constitue bien en effet une doctrine ù^aditionnelle, ainsi que l'indique son nom même*.

Mais nous différons entièrement d'avis avec M. Franck sur la question de V origine de celte tradition.

Le critique universitaire ne peut s'écarter dans ses travaux de certaines règles établies dont la principale consiste à n'appuyer l'origine des doctrines qu'il étudie que sur les documents bien authentiques pour lui, sans s'occuper des affirmations plus ou moins intéressées des partisans de la doctrine étudiée.

C'est la méthode suivie par M. Franck dans ses recherches historiques au sujet de la Kabbale. Il détermine au mieux l'origine

1. « Il paraît, au dire des plus fameux rabbins, que Moyse Iiii-niôniP, prévoyant le sorl que son livre devait subir et les fausses interprclalious qu'on devait lui donner par la suite des temps, eut recours à une loi orale, qu'il donna de vive voix à des hommes sûrs dont il avait éprouvé la fidélité, et qu'il chargea de Irnnsmellre dans le secret du sanctuaire à d'autres hommes qui, la transmettant ;i leur tour d'âge eu âge, la fissent ainsi parvenir h la postérité la plus reculée. Cette loi orale que les Juifs modernes se flattent encore de posséder se nomme Kabbale, d'un mol hébreu qui signifie ce qui est reçu, ce qui vient d'ailleurs, ce qui se passe de main en main. »

(Fabkk d'Olivet, Langue hé^irdique restituée, p. 29.)

— sodés deux ouvrages fondamentaux de la doctrine : le Sepher Jesirah et le Zohar et infère de cette origine même celle de la Kabbale tout entière.

L'occultiste n'a pas à tenir compte de ces entraves. Un symbole antique est pour lui un monument aussi authentique et aussi précieux qu'un livre, et la tradition orale ne peut que transmettre des formules à forme dogmatique que la raison et la science doivent contrôler et vérifier ultérieurement.

Wronski définit les dogmes des porismes, c'est-à-dire des problèmes à démontrer^ ; c'est pourquoi nous devons poser d'abord les dogmes traditionnels, mais sans jamais les admettre avant de les avoir scientifiquement vérifiés.

Or, nous allons voir ce que la tradition occulte nous enseigne au sujet de l'origine de l'Esotérisme et par suite de la Kabijale ellemême, en posant comme problème à démontrer ce que la science n'a pu encore éclaircir, mais en indiquant par contre les points où elle vient confirmer les conclusions de la tradition orale ou écrite de la Science Occulte.

Chaque continent a vu se générer progressivement une don' et une faune couronnées par une race humaine. Les continents sont nés successivement de telle sorte que celui qui contenait la race humaine qui devait succéder h. celle existante, naissait au moment où cette dernière était en pleine civilisation. Plusieurs grandes civilisations se sont ainsi succédé sur notre planète dans l'ordre suivant :

1° La civilisation colossale de l'Atlantide, civilisation créée par la Race Rouge, évoluée d'un continent aujourd'hui disparu, qui s'étendait à la place de l'océan Atlantique ;

2° Au moment où la Race Rouge était en pleine civilisation, naissait un continent nouveau qui constitue l'Afrique d''aujourd'hui, générant, comme terme ultime d'évolution, la Race Noire.

Quand le cataclysme qui engloutit l'Atlantide se produisit, cataclysme désigné par toutes les religions sous le nom de Déluge universel, la civilisation passa rapidement aux mains de la Race

i. Wronski, Messianisme ou réforme absolue du Savoir humain, t. H, Introduction.

Noire, à qui les quelques survivants de la Hace Rouge transmirent leurs principaux secrets.

3" Enfin, alors que les Noirs furent eux-mêmes arrivés àl'apogée de leur civilisation, naquit avec un nouveau continent (Europe- Asie) la Race Blanche, à qui devait passer ultérieurement la suprématie sur la planète.

Les données que nous venons de résumer là ne sont pas nouvelles. Ceux qui savent lire ésolériquement le Scpher de Moïse en trouveront la clef dans les premiers mots du livre, ainsi que nous l'a montré Saint-Yves d'Alveydre ; mais sans aller si loin, Fabre d'Olivet, dès 18:20, dévoilait cette doctrine dans V Histoire philosophique du Genre Humain. D'autre part, l'auteur de la Mission des Juifs nous fait voir l'application de cette doctrine dans le Ramayana lui-même.

La Géologie est venue prouver, de concert avec l'Archéologie et l'Anthropologie, la réalité de plusieurs points de cette tradition.

De plus, certains problèmes encore obscurs de la théorie de l'évolution, entre autres celui de la diversité des couleurs de la Race Humaine, trouvent là de précieuses données encore inconnues de nos jours de la Science officielle.

C'est donc de la Race Rouge que vient originairement la tradition et, si l'on veut bien se souvenir (\\xAdayn veut dire terre rouge, on comprendra pourquoi les Kabbalistes font venir leur science d'Adam lui-même.

Celte tradition eut donc comme sièges principaux de transmission : V Atlantide, V Afrique, VAsie et enfin Y Europe.

L'Océanie et l'Amériipie sont des vestiges de l'Atlantide, et d'un continent antérieur: la Lémurie.

Beaucoup de ces affirmations dogmatiques étant encore pour le savant contemporain des porismes (problèmes à démontrer), nous nous contentons de les poser, sans discussion, et nous allons maintenant partir du point où en est arrivée la science officielle comme origine de l'Humanité : ïAsie.

Toutes les traditions, celles des Bohémiens^ des Francs- ^. Voy. la Kdhhalc des Bohémiens, n° 2 ci'" V înitiiition .

Maçons^, des Égyptiens et des Kabhalistes^ , corroborées par la Science officielle elle-même, sont d'accord pour considérer l'Inde comme l'origine de nos connaissances philosophiques et religieuses.

Le mythe à' Abraham indique, ainsi que l'a montré Saint-Yves d'Alveydre, le passage de la tradition indoue ou orientale en Occident ; et comme la Kabbale que nous possédons aujourd'hui n'est autre chose que cette tradition adaptée à l'esprit occidental, on comprend pourquoi le plus vieux livre kabbalistique connu, le Sepher Jesirah, porte en tète la notice suivante :

Page 1