REMARQUES
Notre intention n'est pas, dans ces courtes observations, de faire un commentaire du Sepher Jesirah. Ce commentaire, pour avoir quelque valeur, ne peut être basé que sur le texte hébraïque dont la langue conservant encore sa triple signification* permet seule de rendre tout entière la pensée de l'auteur. Du reste les maîtres les plus éminents en occultisme, Guillaume Postel et l'alchimiste Abraham, ont fait, en latin, des commentaires excellents auxquels nous renvoyons le lecteur désireux d'approfondir ces questions.
Nous voulons borner notre ambition à éclaircir de notre mieux les passages trop obscurs, par des notes et par la traduction de deux ouvrages kabbalistiques trop peu connus: Les cinquante portes de rintelligencÊ et Les trente-deux voies de la Sagesse.
D'une façon générale on pourrait appeler le Sepher Jesirah le livre de la créalion kabbalistique plutôt que le livre kabbalistique de la création. C'est en effet sur le nom mystérieux lOAH /nTH^) que le livre tout entier repose, et la création du monde par LUI- LES-DIEUX^se borne à la création toute kabbalistique des nombres et des lettres. Par là l'auteur du Sepher proclame, dès le début, la méthode caractéristique des Sciences Occultes : l'Analogie.
La forme que l'artiste donne à son œuvre exprime exactement la grandeur de l'idée productrice, il existe un rapport mathématique entre la forme visible et l'idée invisible qui lui a donné naissance, entre la réunion des lettres formant un mot et l'idée que ce mot représente ; aussi créer des mots c'est créer des idées et l'on comprend pourquoi le Sepher Jesirah se borne, pour raconter la création d'un monde, à développer la création des lettres hébraïques qui représente des idées et des lois.
« Le Sohar est une genèse de lumière, le Sepher Jesirah une
1. « Moïse a suivi en cela la méthode des Prêtres égyptiens; car je dois dire avant tout que ces Prêtres avaient trois manières d'expriuier leur pensée. La première était claire et simple, la seconde symbolique et figurée, la troisième sacrée ou hiéroglyphique.... Le même mot prenait à leur gré le sens propre, figuré ou hiéroglyphique. Tel était le génie de leur langue. Heraclite a parfaitement exprimé cette différence en la désignant par les épithètes de parlant, de signifiant et && cachant, y (Fabre d'Olivet.)
2. Traduction exacte du mot D^il'^ï^ (j:iohim). Du reste, on peut voir au début du Sepher Jesirah Dieu désigné au pluriel.
échelle de vérités. Là s'expliquent les trente-deux signes absolus de la parole;, les nombres et les lettres ; chaque lettre reproduit un nombre, uneidéeetuneforme, en sortequelesmathématiquess'appliquent aux idées et aux formes non moins rigoureusement qu'aux nombres, par une proportion exacte et une correspondance parfaite.
« Par la science du Sepher Jesirah l'esprit humain est fixé dans la vérité et dans la raison et peut se rendre compte des progrès possibles de l'intelligence par les évolutions des nombres. Le Sotiar représente donc la Vérité absolue et le Sepher Jesirah donne les moyens de la saisir, de se l'approprier et d'en faire usage. » (Eliphas Levi, Histoire de la Magie.)
La loi générale qui va donner naissance au monde une fois créée sol;s le nom de lOAH', nous allons lavoir se développer dans l'Univers à travers les dix Sephiroth ou Numérations.
Qu'expriment donc ces dix Sephiroth? Peu de termes ont donné naissance à plus de commentaires ; d'après les racines hébraïques de ce mot, je 'crois qu'on pourrait exprimer l'idée qu'il renferme, par la définition suivante :79om^ d'arrêt d'un mouvement cyclique. Les dix Sephiroth ne seraient alors que dix conceptions à degrés différents d'une seule et même chose que les Kabbalistes désignent sous le nom d'En Soph, l'inefl'able, qui représente l'essence divine dans sa plus grande abstraction et qui est désignée dans le nom (lEVE) par la première lettre droite I 1 (mn*).
Le Sepher nous montre l'application de ces idées en se servant du même mot (EVE) (H"!!) combiné de façons différentes pour nous indiquer les six dernières Sephiroth (chap. 1'^').
ï. Je crois rendre service aux lecteurs eu publiant une partie du commentaire de Fabre d'Olivet sur ce nom mystérieux dont l'étude est, à dessein, à peine abordée par les écrivains en occulle ;
« Ce nom offre d'abord le signe indicateur de la vie, doublé, et formant la racine esseriliellenient vivante EE ('^'^)- Cette racine n'est jamais employée comme noni et c'est la seule qui jouisse de celte prérogative. Klie est, dès sa formation, non seulement un verbe, mais un verbe unique dont tous les autres ne sont que des dérivés : en un mot le verbe
tl"in (KVE) ôlre-étanl. Ici, comme on le voit, et comme j'ai eu soin de
l'explicjuer dans ma graniniairc, le soigne de la lumière inlelligible (Vô) est au milieu de la racine de vie. Moïse, prenant ce verbe par excellence pour en former le nom propre de l'I^lre des Élres, y ajoute le signe de
la manifestalion potentielle et de réternité 1 (I) cl il obtient Hin* (lEVE) dans lequel le facultatif étant se trouve placé entre un passé sans origine et un futur sans lermo. Ce nom admirable signifie donc cxadement rf^U'e-qui-est-qui-fut-el-qui-sera. »
M. Franck, interprétant les Kabbalisles, dit aussi : « Quoique luus également nécessaires, les attributs et les distinctions que les Sephiroth expriment ne peuvent pas nous faire comprendre la nature divine de la même hauteur; mais ils nous la représentent sous divers aspects que dans le langage desKabbalistes on appelle des visages ou des personnes». )>
Mais c'est Kircher qui va nous éclairer tout ù fait en nous montrant dans une seule phrase l'origine des travaux modernes sur l'unité de la force répandue dans l'Univers, travaux poursuivis avec tant de fruit par Louis Lucas^; écoutons notre auteur:
« C'est pourquoi toutes les Sephiroth ou Nombres sont une seule et même force modifiée différeinment suicant les milieux qu'elle traverse^. »
Bientôt la substance divine va, par de nouvelles modifications, donner naissance à des conceptions encore inconnues manifestées par les vingt-deux lettres. Ici les grandes lois qui régissent la nature vont apparaître une à une dans les applications analogiques qu'emploie l'auteur du Sepher en parlant de l'Univers, de Tannée et de l'homme.
La première distinction apparaît dans la division ternaire des lettres qui se partagent en mères, doubles (exprimant deux sons, l'un positif, fort, et l'autre négatif, doux) et simples (n'exprimant qu'un son).
Cette idée de la Trinité se retrouve partout dans le Sepher. Elle est surtout bien développée dans le chapitre m où l'on montre sa constitution: un positif (^j S le Feu ; un négatif, l'Eau (D) M; et enfin un neutre, l'Air A ('^\ intermédiaire entre les deux et résultant de leur action réciproque.
Considérons chaque Tiinité comme une seule personne et nous allons voir apparaître une Trinité positive, une Trinité négative et l'Unité qui les accorde dans le Septénaire comme le dit le texte:
« Sept parties sont constituées par deux Ternaires au milieu desquels se tient l'unité. »
De même le duodénaire est formé de quatre ternaires opposés deux à deux.
Dans ces quelques chifTres sont cependant contenues toutes les
d. Vranck, la Kabbale.