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Dcutér., chap. xiv, v

OPIMON DES KADBALISTÉS SUR L'AME. 179

« joie le jour où ils doivent quiLler ce monde. Et n'est-ce « pas le comble de la gloire, que la reine (la Schchinah ou « la présence divine) descende au milieu d'eux, qu'ils soient « admis dans le palais du roi et qu'ils fassent ses délices « dans l'éternité*. » Nous retrouvons encore ici, dans les rapports qu'on aperçoit entre Dieu, la nature et l'àme humaine, cette même forme de la trinité que nous avons si souvent rencontrée, et à laquelle les kabbalistes semblent avoir attaché une importance logique beaucoup plus étendue qu'elle ne pourrait l'être dans le cercle exclusif des idées religieuses.

Mais ce n'est pas seulement sous ce point de vue que la nature humaine est l'image de Dieu; elle renferme aussi, à tous les degrés de son existence, les deux principes générateurs dont la trinité, à l'aide d'un terme moyen qui procède de leur union, n'est que le résultat ou l'expression la plus complète. L'Adam céleste étant le résullat d'un principe maie et d'un principe femelle, il a fallu qu'il en fut de même de l'homme terrestre ; et cette distinction ne s'applique pas seulement au corps, mais aussi, mais surtout à l'àme, dûton la considérer dans son élément le plus pur. « Toute « forme, dit le Zohar, dans laquelle on ne trouve pas le c( principe mâle et le principe femelle, n'est pas une forme c( supérieure et complète. Le Saint, béni soit-il, n'établit c( pas sa demeure dans un lieu où ces deux principes ne sont « pas parfaitement unis; les bénédictions ne descendent que « là où celle luiion exisle, comme nous l'apprenons par ces (( paroles : 11 les bénit et il appela leur nom Adam le jour « où il les créa; car même le nom d'homme ne peut se « donner qu'à un homme et à une femme unis comme un a seul être \ »

1. Zoliar, l'° part., fol. 2i5, verso. — Ce morceau a élc traduit en laliii par Joseph Voysin.

2. NpiD nxSy Njpvi i.TN inS Napi:i idi .T3 n^ncx nSi x:pin Sd

De môme que l'àme tout entière était d'abord confondue avec rintclligencfi suprême, ainsi ces deux moitiés de Tètre humain, dont chacune du reste comprend tous les éléments de notre nature spirituelle, se trouvaient unies entre elles avant de venir dans ce monde, où elles n'ont été envoyées que pour se reconnaître et s'unir de nouveau dans le sein de Dieu. Cette idée n'est exprimée nulle part aussi nettement que dans le fragment qu'on va lire : « Avant de venir dans « ce monde, chaque âme et chaque esprit se composent d'un « homme et d'une femme réunis en un seul être; en descen- « dant sur la terre, ces deux moitiés se séparent et vont ani- « mer des corps différents. Quand le temps du mariage est « arrive, le Saint, béni soit-il, qui connaît toutes les âmes a et tous les esprits, les unit comme auparavant, et alors « ils forment comme auparavant un seul corps et une seule

« âme Mais ce lien est conforme aux œuvres de l'homme

« cl aux voies dans lesquelles il a marché. Si l'homme est « pur et s'il agit pieusement, il jouira d'une union tout à « fait semblable à celle qui a précédé sa naissance \ » L'auteur de ces lignes peut avoir entendu parler des Androgynes de Platon : d'ailleurs, le nom même de ces êtres imaginaires est très connu dans les anciennes traditions des Hébreux; mais combien sur ce point le philosophe grec est demeuré au-dessous du kabbalisle! On nous permettra aussi de faire observer que la question dont on est ici préoccupé, et même le principe par lequel elle est résolue, ne sont pas indignes d'un grand système métaphysique ; car si l'homme et la femme sont deux êtres égaux par leur nature spirituelle et par les lois absolues de la morale, ils sont loin d'être

K"in- N2p":", ^;- nSx npx ni D~N IT^.S itH- impart., fol. 55, verso, sect. n*CN-"Z.

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1" part., foL 01 , verso.

semblables par la direclion naturelle de leurs facultés, et l'on a quelque raison de dire avec le Zo//rt>' 'que la distinction des sexes n'existe pas moins pour les âmes que pour les corps.

La croyance que nous venons d'exposer est inséparable du dogme de la préexistence, et celui-ci, déjà renfermé dans la théorie des idées, s'enchaîne encore plus étroitement à celle qui confond l'existence et la pensée. Aussi ce dogme est-il avoué avec toute la clarté possible, à côté même du principe oiî il prend sa source. Nous n'avons donc qu'à continuer notre modeste rôle de traducteur : « Dans le temps où le « Saint, béni soit-il, voulut créer l'univers, l'univers était « déjà présent dans sa pensée; alors il forma aussi les âmes « qui devaient dans la suite appartenir aux hommes; elles « étaient toutes devant lui, exactement sous la forme qu'elles (c devaient avoir plus tard dans le corps humain. L'Éternel « les regarda une à une, et il en vit plusieurs qui devaient « corrompre leurs voies dans ce monde. Quand son temps <( est venu, chacune de ces âmes est appelée devant l'Éter- « nel, qui lui dit : Ya dans telle partie de la terre, animer <c tel ou tel corps. L'âme lui répond : 0 maître de l'imivers, « je suis heureuse dans le monde oii je suis, et je désire ne « pas le quitter pour un autre oi^i je serai asservie et expou sée à toutes les souillures. Alors le Saint, béni soit-il, re- « prend : Du jour oiî lu as été créée, tu n'as pas eu d'autre ce destination que d'aller dans le monde où je t'envoie. Voyant « qu'il faut obéir, l'âme prend avec douleur le chemin de la « terre et vient descendre au milieu de nous \ » A côté de cette idée, exprimée sous une forme plus simple, nous trouvons dans le passage suivant la doctrine de la réminiscence : « De même qu'avant la création, toutes les choses de ce

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W\3^ iiW2 ^122 nn^^l-S ^-''•2' r;\Sl- '-" pai't-, foi- 96, verso, sccl. Qi'csra-

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ce monde étaient présentes à la pensée divine, sous les formes « qui leur 'Sont propres ; ainsi toutes les âmes humaines, « avant de descendre dansée monde, existaient devant Dieu, « dans le ciel, sous la forme qu'elles ont conservée ici-bas ; « et tout ce qu'elles apprennent sur la terre, elles le sa- « vaient avant d'y arriver \ » On regrettera peut-être avec nous qu'un principe de cette importance ne soit pas suivi de quelques développements et ne tienne pas plus de place dans l'ensemble du système ; mais on sera forcé de convenir qu'il ne peut pas être formulé d'une manière plus catégorique.

Il faut cependant que nous nous gardions de confondre la doctrine de la préexistence avec celle de la prédestination morale. Avec celle-ci, la liberté humaine est entièrement impossible; avec celle-là, elle n'est qu'un mystère dont le dualisme païen et le dogme biblique de la création ne sont pas plus propres à lever le voile que la croyance à l'unité absolue. Or ce mystère est formellement reconnu dans le Zohar : « Si le Seigneur, dit Simon bcn Jochaï à ses discicc pies, si le Saint, béni soit-il, n'avait pas mis en nous le ce bon et le mauvais désir, que l'Ecriture nous représente ce sous l'image de la lumière et des ténèbres, il n'y aurait ce pour l'homme de la création (pour l'homme proprement ce dit) ni mérite ni culpabilité. Mais pourquoi en est-il ainsi? ce demandèrent les disciples. Ne vaudrait-il pas mieux, quand ce même il n'existerait pour lui ni récompense ni châtiment, ce que l'homme fût incapable de pécher et de faire le mal? « Non, répliqua le maître; il était juste qu'il fut créé comme ce il est, et tout ce qu'a fait le Saint, béni soit-il, était néce cessaire. C'est à cause de l'homme qu'a été faite la loi de ce la création. Or la loi est un vêtement de la Divinité. Sans

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fol. G], verso, scct. j^i^ iinX-

« riiommo et sans la loi, la présence divine eût été comme « un pauvre qui n'a pas de fjuoi se couvrir'. » En d'autres termes, la nature morale de l'homme, l'idée du bien et du mal, qu'on ne saurait concevoir sans la liberté, est une des formes sous lesquelles nous sommes obligés de nous représenter l'être absolu. Nous avons, il est vrai, appris un peu plus haut que déjà, avant leur arrivée dans ce monde, Dieu reconnaît les âmes qui doivent un jour l'abandonner ; mais la liberté n'est pas compromise par celte opinion; au contraire, elle existe dès celte époque, et voici comment peuvent en abuser les esprits libres encore des chaînes de la matière : ce Tous ceux qui font le mal dans ce monde ont déjà « commencé dans le ciel à s'éloigner du Saint, dont le nom ce soit béni; ils se sont précipités à l'entrée de l'abîme et ont ce devancé le temps où ils devaient descendre sur la terre, ce Telles furent les âmes avant de venir parmi nous '. »

C'est précisément pour concilier la liberté avec la destinée de l'âme; c'est pour laisser à l'homme la faculté d'expier ses fautes, sans le bannir pour toujours du sein de Dieu, que les kabbalistes ont adopté, mais en l'ennoblissant, le dogme pythagoricien de la métempsycose. Il faut que les Ames, comme toutes les existences particulières de ce monde, rentrent dans la substance absolue dont elles sont sorties. Mais pour cela il laat qu'elles aient développé toutes les perfections dont le germe indestructible est en elles; il faut qu'elles aient acquis, par une multitude d'épreuves, la conscience d'elles-mêmes et de leur origine. Si elles n'ont pas

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*m1 nN"'^2nx iT;*il- ^'° p;ii'l-, fo'- 23, recto et verso.

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loi, 6J, verso, scct. j-j-iQ iiHX-

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rempli celte condilion dans une première vie, elles en commencent une autre, et après celle-ci une troisième, en passant toujours dans une condilion nouvelle, où il dépend entièrement d'elles d'acquérir les vertus qui leur ont manqué auparavant. Cet exil cesse quand nous le voulons; rien non plus ne nous empêche de le faire durer toujours. « Toutes « les âmes, dit le texte, sont soumises aux épreuves de la « transmigration, isbi;bji V^^^-^' ^'^ '^^ hommes ne savent « pas quelles sont, à leur égard, les voies du Très-Haut; ils ce ne savent pas comment ils sont jugés dans tous les temps, « et avant de venir dans ce monde et lorsqu'ils l'ont quitté ; « ils ignorent comhien de transformations et d'épreuves ce mystérieuses ils sont obligés de traverser ; combien d'âmes ce et d'esprits viennent en ce monde, qui ne retourneront ce pas dans le palais du Roi céleste; comment enfin ils suce bissent des révolutions semblables à celles d'une pierre ce qu'on lance avec la fronde. Le temps est enfin venu de ce dévoiler tous ces mystères ^ » A ces paroles, si pleinement d'accord avec la métaphysique du Zohar, succèdent des détails où se révèle quelquefois l'imagination la plus poétique, que peut-être le génie de Dante aurait accueillis dans son œuvre immortelle, mais qui n'offrent aucun intérêt à l'histoire de la philosophie, et n'ajoutent rien au système que nous désirons faire connaître. Nous ferons seulement remarquer que la transmigration des âmes, si nous en croyons saint Jérôme, a été longtemps enseignée parmi les premiers chrétiens comme une doctrine ésolérique et traditionnelle qui ne devait être confiée qu'à un petit nombre d'élus : abscondite quasi in fuveis viperarum versari, et quasi hxreditario malo serpere in paucis '. Origène la considère comme le seul moyen d'expliquer certains récits bibliques, tels que la lutte de Jacob et d'Esaû avant leur naissance, tels que l'élec-

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