B. ZONE CENTRALE
Dans la zone centrale, les transformations subies par l'Éocène marneux sont moins intenses que dans la zone occidentale. Superficiellement elles semblent très étendues puisque, peu ou prou, les marnes sont cuites ou ferrugineuses depuis la limite méridionale du granite du Nord jusqu’au parallèle de Djemma el Krenak. Mais ce n'est là qu’une illusion et il ne faudrait pas en déduire qu'une épaisseur de plusieurs kilomètres est atteinte ; en effet, la présence de plusieurs pointements de microgranite (Kef Bou Lagab-Zeriba Habaïch) et surtout de l'important îlot de Siouan
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(p. 149) montrent que tout cet Éocène repose sur une Iimportante masse éruptive sans doute assez proche en profondeur.
1) Krenak edi el Marzel. — Aux abords de cette localité (27,5-26), située à 2 km. au NW du Kef: Lahoua, l'aspect de l'Éocène est celui de schistes gris verdâtres, peu fissiles, avec fréquentes taches ferrugineuses.
En plaque mince, on observe parfois des plages arrondies ou ovales moins nettes toutefois que dans les échantillons décrits au cours des pages précédentes. La biotite et, de préférence, la chlorite, tendent à former des couronnes autour des plages claires. Dans aucun cas je n'ai vu de silicates de métamorphisme cristallisés ou en voie de l'être ; par contre, l'imprégnation ferrugineuse est souvent assez poussée. J'ai noté aussi des grains de quartz bien individualisés, probablement d'origine détritique ; enfin, les fines paillettes de séricite sont un élément constant de ces roches.
2) Ravin de Ktounene. — Dans le profond ravin de Ktounene, véritable gorge profonde de plusieurs centaines de mètres (p. 39), les schistes éocènes ont une patine ferrugineuse parfois assez prononcée; de plus, en maints endroits, existent des intercalations de psammites ou d’arkoses.
L'étude micrographique indique que la rubéfaction superficielle ne traduit pas un état de métamorphisme très poussé. En réalité, en dépit de certaines apparences, on est en présence de sédiments pratiquement intacts ; ce sont des argiles à grain très fin, homogène et contenant souvent de petits grains détritiques de quartz. Dans certains blocs et à l'objectif à immersion, on observe parfois des paillettes ténues de chlorite ayant toutes la même orientation, de sorte que l'extinction se produit simultanément pour l'ensemble,
La présence d'organismes montre bien la fraîcheur de ces sédi-
ments : J'ai noté en particulier quelques sections de radiolaires bien conservées.
3) Hadjer el Maïz (33,5-29). __ Dans toute la région située au nord du Col d'El Medjelba, entre ce col et la limite méridionale du pays éruptif, pointent, à travers les marnes éocènes, de multiples apophyses microgranitiques. Dans ce secteur, contrairement à ce que nous venons de voir au paragraphe précédent, les transformations des sédiments sont accusées.
À l'œil, ces transformations, présence d'oxyde de fer, durcis-
sement, patine satinée verte ou brune, sont déjà visibles sur le bord de la route de Bessombourg au Col de Terras ; j'ai trouvé des échantillons encore plus caractéristiques sur le sentier qui conduit du col à El Medjelba, dans la première partie du parcours, au pied des abrupts rocheux de Hadjer el Maïz (PI. XIX, ph. 2).
Dans toute cette région les sédiments sont verticaux ou très redressés, plongeant alors généralement d'environ 63 à 70° vers le N-NW.
Les observations micrographiques faites sur des échantillons de ce gisement sont intéressantes car elles montrent tous les intermédiaires entre des marnes finement litées, pratiquement indemnes de toute modification chimique, et de véritables schistes métamorphiques, à biotite et nodules, faisant pressentir l’apparition prochaine de silicates d'alumine.
Les photographies 5 et 6 de la planche LII donnent une bonne idée de l'état des schistes les moins transformés ; le grain est extrêmement fin, la présence de menus grains de quartz détritique n'est pas rare. Certains de ces schistes, gris uniforme en lumière naturelle, sont très sombres en lumière polarisée et pauvres en produits micacés. Dans d’autres, les paillettes de séricite ou de chlorite, d’ailleurs extrêmement ténues, sont légion et à leur présence correspond l'aspect satiné des blocs examinés en masse; ces paillettes sont, le plus souvent, toutes orientées de façon semblable.
De ces types simplement micacés et chloriteux on passe à d’autres types dans lesquels apparaissent, en lumière naturelle, à vrai dire assez faiblement, des zones claires, pauvres en produits micacés, ces derniers se concentrant légèrement à la périphérie ou entre les zones claires. Enfin, dans les échantillons les mieux cristallisés et les plus évolués, le groupement du mica se précise, les nodules deviennent nets et on observe alors l'aspect représenté par la planche LIT (ph. 4) qui rappelle beaucoup ce que nous avons vu plus à l’ouest, dans la région du Kef Lahoua ; toutefois et bien que le contenu microcristallin des nodules polarise en gris et s’éteigne d'ensemble, je n'ai jamais pu diagnostiquer d’andalousite. Il faut d’ailleurs remarquer que le passage insensible d’un stade de cristallisation à l’autre est surtout net quand on juxtapose les plaques minces. Sur le terrain on n’observe pas une continuité semblable dans les modifications d'aspect, mais cela tient sans doute aux broyages et actions dynamiques diverses subies par tout le complexe.
L'analyse chimique de l'échantillon photographié (PI. LIV,
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ph. {), échantillon à début de concentration micacée et à nodules naissants, a donné les chiffres suivants (analyse n° 62).
Si0? 98,90 Al203 19,40 Fe20% 1,25 FeO , 402 - MgO 4,32 CaO 0,65 Na?0 0,59 K?0 3,84 MO 0,80 P20° 0,39 Perte à 110° 0,30 Perte au feu 4,55 100,01