II. Les massifs microgranitiques
Les massifs microgranitiques isolés des environs de Collo, ainsi que le massif des Beni Ishacq, se présentent dans des conditions tout à fait différentes. ,
On est là en présence de dômes ou de pitons globuleux, hémisphériques ou coniques, soit isolés, soit reliés en surface les uns aux autres par des pédoncules étroits, ainsi que le montre la carte (en particulier raccords du Dj. Amouch et du Koudiat Bou Serdoum avec le massif des Beni Ishacq). La surface de ces dômes est généralement très régulière et aucune description ne les définirait mieux que les planches IV (ph. 2), VI (ph. 1)et VIIT (ph. 1 et 2); ce sont très probablement des laccolites. Bien que n'ayant pu observer de coupe complète d'un de ces appareils éruptifs puisque, d'une part, les seules carrières de la région sont ouvertes en plein microgranite et que, d'autre part, l’érosion a soigneusement respecté la masse même de ces coupoles érupüves, l'affirmation précédente est surtout basée sur deux observations :
19 À mi-chemin entre le Koudiat el Metair et Sidi Achour (44,5-39), à la partie supérieure de la montagne quise termine vers la mer par la masse subhémisphérique de Sidi Yahia, j'ai trouvé un tout petit lambeau d’Éocène métamorphisé qui repose entièrement sur le microgranite. Tant au NW qu'au Sud, l'Eocène auquel ce lambeau se rattache est à une altitude inférieure de 300 m. ; cet affleurement est un fragment de la couverture sédimentaire soulevée lors de l’intrusion.
Près du Koudiat Aourar (40- 27) existe un autre affleurement d'Éoeène nettement plus important que celui qui vient d'être
décrit. Il appartient lui aussi à la couverture primitive de la roche éruptive et est sans doute détaché de la base de l'Éocène, sans toutefois que je puisse ici être très affirmatif en raison de la forte densité forestière du secteur.
2° Sur le bord de la piste qui conduit de Bessombourg au Koudiat Aourer, exactement à l’aplomb et à quelques mètres audessus de l'Aïne Messouïa, la tranchée du chemin montre, sur une longueur de plusieurs dizaines de mètres, le microyranite reposant sur les marnes éocènes ; la surface de base du microgranite est horizontale (PI. XXII, ph. 3). La roche est nettement microgrenue ; c'est une roche de semi-profondeur et il ne saurait s'agir en aucune façon d'une coulée. Cette localité est située sur la bordure occidentale du massif des Beni Ishacq et, en se déplaçant vers l'Est à partir de ce point. on ne rencontre plus que du microgranite sur plusieurs kilomètres. C’est le seul point où ait été observé un recouvrement net de sédiments par les formälions éruptives.
À la périphérie d’autres pointements microgranitiques j'ai observé soigneusement le contact : généralement les schistes et marnes numidiens sont verticaux ou s'appuient sur le dôme voisin avec des pendages très forts.
Les principaux dômes appartenant à ce type laccolitique sont Sidi Achour, le K! Bou Serdoum, la montagne de cote 366, le Djebel Amouch, le Koudiat Darksair, la Presqu'île de Djerda, le Koudiat el Masra, le sommet de cote 691 près de la Zeriba Zourak, ainsi que divers monticules aux environs de Bessombourg.
Le grand massif des Beni Ishacq doit être probablement considéré comme résultant de la juxtaposition et de la soudure d’un certain nombre de venues magmatiques issues de cheminées différentes, ainsi que le montre sa topographie et la sinuosité de ses contours. D'ailleurs, le Djebel Amouch et le Koudiat Bou Serdoum, que j'ai cru devoir placer dans le groupe des laccolites indépendants, sont reliés à ce massif par d’étroits pédoncules ainsi que cela a déjà été mentionné. En outre, c’est précisément sur le bord du massif des Beni Ishacq que l’on voit le microgranite reposer sur l’Éocène.
En dehors des laccolites, masses importantes, la région de Collo-Bessombourg recèle un grand nombre de petits pointements éruptifs de surface réduite, aux parois. verticales ; la planche XIX (ph. 1) donne une bonne idée de leur aspect. Je les considère comme de très gros filons ou des dykes ; ils ne présentent rien de particulier et, ainsi que cela a été établi au cours de la description des roches, ils sont constitués par des
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microgranites ou microgranodiorites analogues aux roches laccolitiques. 2
La question de la profondeur de mise en place de tous les magmas sera étudiée plus loin (p. 250); du point de vue purement morphologique la présence d’orgues, si caractéristiques des environs de Collo, apporte dès maintenant un argument en faveur d'une mise en place en surface ou près de la surface, au moins dans la partie orientale du pays étudié.
La côte, de la fontaine du Sanglier à Colloet, sur ces deux faces, la presqu'ile de Djerda, sont bordées de colonnades prismées tout à fait comparables à celles des basaltes du Plateau central français (PI. V, ph. 1,2 et 3); ces « tuyaux d'orgue », pour la plupart pentagonaux ou hexagonaux, sont très réguliers, verticaux et ont un diamètre moyen de l’ordre de grandeur du mètre. Au niveau de l’eau, toute la partie basse de ces colonnes a été usée, sciée par la mer, et en plusieurs points on observe une plateforme, de surface assez égale, qui semble pavée de grandes dalles polygonales. D’autres débits prismatiques sont visibles sur les affleurements de l’intérieur du pays; le diamètre des prismes est alors beaucoup plus faible, de l’ordre de ün à deux décimètres. De beaux faisceaux existent au Kef el Melab, au SE de la Zeriba Boudra et près de Bessombourg. À proximité immédiate et légèrement en contrebas de la maison forestière d'Arbel, dans une petite carrière ouverte au bord de la route, les prismes figurent une très belle gerbe à brins divergents, perpendiculaires à la surface de la roche, et qui rappelle bien, avec certes des proportions plus modestes, les gerbes phonolitiques du Cantal.