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C. AGE DES ÉRUPTIONS

Le granite et le microgranite, tous les deux contemporains, ont été manifestement mis en place après le Numidien, terrain qu'ils métamorphisent en de très nombreux points ; un chapitre entier sera consacré à l'étude de ces actions de contact.

Ce fait est connu depuis longtemps, puisqu'il est déjà mentionné dans le premier rapport établi sur le gisement de minerai de fer d’Aïin Sedma [64]. Plus tard, Curie et Flamand écrivent [6, p. 31] : « On possède une limite inférieure directement déterminable pour toute cette série de roches » et plus loin « ...toutes ces roches sont postliquriennes ».

La question de cette limite inférieure revient donc à la détermination de l’âge exact du complexe des grès et marnes numidiens ; j'ai montré (p.36) que ces sédiments se sont formés à l'Eocène supérieur et à l'Oligocène inférieur. Un premier point est donc acquis avec certitude : Les éruptions de granite et de microgranite de la Kabylie de Collo ont eu lieu après l'Oligocène inférieur.

Dès le début de mes recherches, j'avais été frappé par la fraicheur des appareils éruptifs de tout ce pays, appareils éruptifs encore presque totalement respectés par l'érosion et qui, sans aucune exagération, sont aussi bien conservés que les volcans pliocènes du Massif Central français ; une hypothèse s'est dès lors imposé à mon esprit, celle de phénomènes volcaniques très postérieurs à l'Oligocène inférieur. Cette hypothèse vient, grâce à une découverte faite au cours de mes dernières tournées, de recevoir un début de confirmation.

À environ 500 m. au SE de Bessombourg et au milieu des marnes éocènes broyées et recuites, il existe quelques affleurements d'un grès grossier contenant des débris de coquilles, en particulier quelques fragments de Pecten, qui m'ont semblé devoir être rapprochés d'espèces burdigaliennes, M. Roman! a bien voulu examiner les échantillons et a confirmé cette opinion première dans les termes suivants :

« Il n'y a rien à tirer des échantillons au point de vue spécifique. Toutefois, la roche est si semblable aux grès el poudingues de la base du Cartennien qu'il n'y a pas de doute sur le niveau. On ne pourrait hésiter, en effet, qu'entre le Priabonien et le Burdigalien, mais dans le premier de ces étages, il n’y a que le Pecten arcuatus ou des formes voisines qui sont toujours beaucoup plus petites, ou encore des Chlamys qui n’ont aucun rapport. Par contre, dans le Burdigalien, il y a des valves de vrais Pectens qui pourraient bien se rapporter à ces fragments ». MM. Dareste de la Chavanne et L. Joleaud sont également du même avis.

1. Je remercie très vivement MM. Roman, L, Joleaud et Dareste dela Cha-

vanne pour l’amabilité avec laquelle ils ont bien voulu étudier cette question et me donner leur avis.

182 MARCEL ROUBAULT

Cet âge burdigalien ainsi attribué aux grès grossiers des environs de Bessombourg, rajeunit donc considérablement les éruptions granitiques ou microgranitiques de la région. En effet, ces grès sont intimement liés à des schistes éocènes en un complexe métamorphisé à proximité des pitons éruptifs et, en outre, très plissé. Bien que n'ayant pas observé de grès directement au contact de la roche granitique, cette dernière est de mise en place très probablement postérieure au complexe qrès burdigaliensschistes éocènes el par conséquent post-burdigalienne.

Les éruptions granitiques de la Kabylie de Collo seraient donc de même âge que les venues acides de l'Ouest du département de Constantine et du département d'Alger [30, 31, 32] ainsi que de celles de la Tunisie septentrionale [66].

Les rhyolites de toute nature en dykes, coulées ou filons sont de mise en place postérieure à celle du granite et du microgranite. L'âge des éruptions est prouvé tout d’abord par la nature même des appareils éruptifs puisque ces roches surgissent à travers la masse granitique qui a été fissurée en tous sens pour leur laisser passage ; en outre j'ai eu la bonne fortune de trouver, dans un filon du ravin de l'Oued Bou Salah, un bloc de rhyolite enrobant entièrement des fragments intacts de granite arrachés aux épontes (PI. XXIV).

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