‹ La lâegende d'un peupleChapitre 11 sur 67 · ANTE LUCEM · texte numérisé non relu

ANTE LUCEM

Qui pourrait raconter ces âges sans annales? Quel œil déchiffrera ces pages virginales Où Dieu seul a posé son doigt mystérieux? Tout ce passé qui gît sinis^tre ou glorieux, Tout ce passé qui dort heureux ou misérable, Dans les bas-fonds perdus de l'ombre impénétrable. Quel est-il?

A ce sphinx sans couleur et sans nom, Plus muet que tous ceux des sables de Memnon, Et qui, de notre histoire encombrant le portique, Entr'ouvre dans la nuit son œil énigmatique.

A tant de siècles morts, l'un par l'autre effacé, Qui donc arrachera le grand mot du passé?

Hélas ! n'y songeons point! En vain la main de l'homme

Joue avec les débris de la Grèce et de Rome,

Nul bras n'ébranlera le socle redouté

Qui depuis si longtemps, rigide majesté,

Plus lourd que les menhirs de l'époque celtique,

Pèse, ô vieux Canada, sur le sépulcre antique

Où, dans le morne oubli de l'engloutissement.

Ton tragiqi^e secret dort éternellement!

Ce secret, ô savants, ni vos travaux sans nombre.

Ni vos soirs sans sommeil n'en découvriront l'ombre.

Pas un jalon au bord de ce gouffre béant!

Pas un phare au-dessus de ce noir océan!

Point d'histoire!... une nuit sans lune et sans étoiles.

Dont jamais œil humain ne percera les voiles!

Et cependant le globe au loin fermente et bout. Là-bas, au grand soleil, l'humanité debout.

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