‹ La lâegende d'un peupleChapitre 9 sur 67 · L'AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

L'AMÉRIQUE

Tes grands bois ténébreux, tout pleins d'oiseaux chanteurs, Imprégnèrent les vents de leurs acres senteurs ; Quand ton mouvant réseau d'aurores boréales Révéla les splendeurs de tes nuits idéales; Quand tes fleuves sans fîit; quand tes sommets neigeux. Tes tropiques brûlants, tes pôles orageux, Eurent montré de loin leurs grandeurs infinies, Niagaras grondants! blondes Californies!

Amérique! au contacliie^la^ôune beauté,

On sentit j:evprdir 1r vipill<^ humanité!

Car ce ne fut pas tant vers des rives nouvelles

Que l'austère Colomb guida ses caravelles.

Que vers un port sublime où tout le genre humain

Avec fraternité pût se donner la main ;

Un port où l'homme osât, sans remords et sans crainte,

Vivre libre, au soleil de la liberté sainte !

C'est ce port idéal que Colomb a trouvé. Mais qui croira jamais que Colomb ait rêvé Les bienfaits infinis dont il dotait notre ère? Ah non! même en luttant contre le sort contraire, Raillé par l'ignorance, en butte au préjugé.

LA LÉGENDK D'UN PEUPLR.

Rebuté mille fois, jamais découragé,

Ce Génois immortel ou ce Corse sublime

Entrevoyait à peine une lueur infmie

— Quand à San Salvador il pliait les genoux

Du radieux soleil qu'il allumait pour nous.

Le héros, qui rêvait d'enrichir un royaume, De l'immense avenir ne vit que le fantôme. Sans doute il savait bien qu'un éternel fleuron Dans les âges futurs brillerait à son front, Que des peuples entiers salueraient son génie; Mais Colomb, en cherchant la moderne Ausonie, Ne fut — le fier chrétien en fit souvent l'aveu — Qu'un instrument passif entre les mains de Dieu ; Et, quand il ne croyait que suivre son étoile, La grande main dans l'ombre orientait la voile!

L'AiMftiUQUE.

Oh! qu'ils sont loin, ces jours où le globe étonné Écoutait, recueilli, d'un monde nouveau-né

L'hymne d'amour puissant et calme, Et voyait, au-dessus de l'abîme béant, L'Amérique à l'Europe, à travers l'océan,

Des temps nouveaux tendre la palme!

Que de grands buts atteints, d'horizons élargis, De chemins parcourus, depuis que tu surgis.

Terre radieuse et féconde.

Au bout des vastes mers comme un soleil levant, Et que ton aile immense, ouverte dans le vent,

Doubla l'envergure du monde!

Qu'il est beau de te voir, en ta virilité, Aux antiques abus offrir la liberté

Pour contrepoids et pour remède.

Et, vers chaque progrès les bras toujours ouverts, Tout entière au travail, remuer l'univers Avec ce levier d'Archimède!

Amérique, en avant! prodigue le laurier Au courage, au génie, à tout mâle ouvrier

De l'œuvre civilisatrice.

Point de gloire pour toi née au bruit du canon! Ce qu'il te faut un jour, c'est le noble surnom

De grande régénératrice!

Alors le monde entier t'appellera : — ma sœur. Et tu le sauveras! car déjà le penseur

Voit en toi l'ardente fournaise Où bouillonne le flot qui doit tout assainir, L'auguste et saint creuset où du saint avenir

S'élabore l'âpre genèse 1

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