‹ La laitière de Montfermeil, vaudeville en cinq annéesChapitre 13 sur 44 · BERTRAND, DENISE, AUGUSTE · texte numérisé non relu

BERTRAND, DENISE, AUGUSTE

DENISE

Arrête donc , maudite bête , tu sais bien que nous ons affaire ici.

AUGUSTE

Et oui! vraiment, c'est elle! Dis donc, Bertrand, elle est encore plus gentille que l'année dernière.

Denise entre avec une petite boîte de ferblanc à la main. Auguste , courant au-devant d'elle :

Eh quoi ! charmante Denise!... c'est vous?

DENISE

Eh ben ! qu'est-ce qui lui prend donc, à ce Monsieur ?

BERTRAND

Vous ne me reconnaissez pas ?...

denise , à Bertrand.

Ah! tiens, c'est vous !.. . {A Auguste.) Cest... pardon , c'est que , voyez-vous , l'an dernier vous aviez.. . Elle lui fait signe qu'il portait des moustaches. DERTRAND.

Des moustaches ? mais mon lieutenant n'est plus militaire.

DENISE

Ma foi, Monsieur, nous ons joliment parlé de vous.

auguste , gaiement.

Vous vous êj£s occupée de moi ?

DENISE-

Peu ons évu quelqu'occasion.... et, c'est pas pour

Archives de la Ville de Bruxelles ^ArehiefvandeStadBrussel j

(3i) dire , voyez-vous , ça m' fait pas de peine d' vous ren** contrer.

AUGUSTE

Vraiment , Denise... vous désiriez me voir?

DENISE

Ma fine... oui , c'est si gentil ce que vous avez fait! c'est si généreux!... Quoiqu' vous soyez un peu trop cajoleux avec les filles, j' crois que j' vous le pardonnerions en mémoire d' ça.

AUGUSTE

Eh! qu'ai -je donc fait pour m'attirer tous ces complimens ?

DENISE

Et Coco Girard. . . et son chevreau perdu. . . et la vieille grand' mère... et les cinquante écus!... est-ce que vous ne vous en remémoriez plus ?

AUGUSTE

Vous savez ça !

DENISE

J'avons évu la visite de la vieille mère Marguerite , aile a fait ses emplettes à côté de cheux nous : un casaquin tout flambant neuf de cotonnade , et des jupons de futaine et des mouchoirs... du vrai Cholet... Quant au père Girard, il s'a donné du bon temps avec l's écus de son gas;... mais ça n'est pas votre faute : vous avez évù une belle idée , c'est d'un bon coeur. Voyez-vous , les bons cœurs , ça passe par-dessus tout. Oh ! moi , les bons cœurs ! . . .

Air : C'est le gros Thomas.

Tous ceux à qui j' plus Disont que j' suis assez gentille , Mais c' qui m' flatt' le plus , C'est qu'ils trouv't que j' suis un' bonn fille. J' peux dir' que j' n'ai pas fait

L' plus petit méchant trait Aussi bon pour plaire à Denise Si j' rencontr' quelqu'un à ma guise , Qu' la bonté soit là ,

C'est par-là qu'on ni* prendra.

Cell'-ci vous entend Quand on lui dit qu'elle est jolie ;

Une autre se rend Parc' qu'on flatte sa coquett'rie; Y en a d'autr's qu'on prend Avec de l'argent.

Moi qui ne crois pas quia richesse Puisse tenir lieu de la tendresse, Qu' la bonté soit là , C'est par-là qu'on m' prendra.

Elle se dispose à sortir.

AUGUSTE

Encore un moment , Denise, je vous en prie.

DENISE

Quoi que vous avez à me dire?

auguste, légèrement.

Je sens que plus je vous vois plus je vous aime.

DENISE

Si c'est pour ça....

Elle va pour sortir.

auguste, Y arrêtant.

Cela vous fâche donc, que je vous aime ?

DENISE

Que qu'çam' fait*, ça n'est pas dangereux.

AUGUSTE

Ah! si vous vouliez m'entendre !

Bertrand , bas à Denise.

Prenez garde à vous.

Denise fait un mouvement,

AUGUSTE

Qu'avez-vous donc ?

( 33) denise , prenant ses pois.

Rien*., rien.... mais y faut que j' m'en aille.

AUGUSTE

Voulez-vous me rendre un service ?

denise, posant ses pots à terre.

Un service !

AUGUSTE

Vous vous rappelez ce petit garçon de Tan dernier?

DENISE

Coco Girard ?

AUGUSTE

Sa figure m'a beaucoup intéressé dans le temps... et je ne sais pourquoi, mais je m'attache à cet enfant.

DENISE

Ah ! nous ont z'aussi ben de l'amitié pour lui , pauvre petit!... Sa grand' mère est z'un peu dure à son égard 5 son père est z'un homme qu' a de la boisson tous les dimanches...

BERTRAND

C n'est pas un vice.

Et on veut que c* pauvre bijou travaille... Ça n'a pas six ans... eh ben ! souvent ça n'a qu' du pain pour tout potage.... ben heureux encore quand ça n'est pas battu pour son souper... Ah! si la chaumière au père Girard n'était pas si z'éloignée du village , son gas s7 rait plus souvent à la maison qu' chez lui.

AUGUSTE

Après ce qu'ils ont fait je ne puis plus avoir de confiance en ses parens... ils ont trahi l'engagement qu'ils avaient pris envers moi. Chargez-vous de lui 5 achetez ce dont il a besoin , je m'en rapporte à vous. Enfin rem placez-moi : le voulez-vous ?

DENISE

Ah ! dam , c1 n'est pas du mal.

Auguste.

Prenez cette bourse ; disposez de cela en faveur de mon petit protégé. Il s'agit de surveiller son éducation , d'en faire un homme.

BERTRAND

Un soldat : c'est plus aisé.

DENISE

Oh Dieu! mais c'est trop, ça : c'est z'une fortune!

AUGUSTE

Ce n'est rien , mon enfant... Au reste, s'il y avait dans le village... un petit bout de terre à acheter, vous m'en feriez prévenir. Denise, j'irai vous voir.

DENISE

Quand vous le voudrez... c'est qu' des pauvres gens, ça n'est pas bien engageant... mais nous ont toujours du lait , des œufs... des fromages à la... les aimez-vous les fromages à la crème?... Oh! pour les fromages à la crème , nous y ont la main !

Air : Du Carnah

Tenez, Monsieur, j'en conviendrons sans honte , Nous ont regret du p'tit mouv'ment d'humeur Qui, l'an dernier, m' rendit la main si prompte. Ce soufflet-là je Pons toujours sur F cœur.

AUGUSTE

De vos regrets cette marque certaine M'offre un espoir qu'il m'est doux de saisir } Plus ce soufflet vous a causé de peine , Et plus j'en dois éprouver de plaisir.

DENISE

Si je pouvions vous Tôter !

auguste , s' approchant pour V embrasser. Essayons.

BERTRAND

Le lieutenant ne perd jamais la tète.

DENISE

Nousont pas Y courage de vous r'fuser.

A l'instant où Auguste l'embrasse , Élodie paraît.

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