SCÈNE PREMIÈRE
PIERRE, ETIENNE, d'autres Domestiques.
PIERRE
Es-tu content de ce niariage-là, toi ?
ETIENNE
Ma foi , je t'assure que ça ne m'intéresse guère.
PIERRE
Mais , enfin , si tu étais quelque chose , et si tu avais une fille de l'âge de mademoiselle Hortense, consentirais-tu à la donner à M. Auguste Dalville, à un jeune homme de rien, parce qu'il a de la fortune?...
ETIENNE
La fortune dans un ménage, ça empêche bien des choses...
PIERRE
Bah ! ce sont des idées ! . . . J'ai servi pendant quatre ans chez M. le baron de Molden... Sa fortune n'empêchait rien du tout! Ah! si j'étais le marquis de Ravinel, un homme qui va de pair avec ce qu'il y a de mieux
( 43; dans notre faubourg ! j'aurais voulu donner ma fille à un duc. Mademoiselle Hortense est gentille, bien élevée } ça aurait fait une jolie duchesse. Moi, il me semble que les gens qui n'ont pas de titres ne sont pas nés pour avoir des domestiques.. .
Air : De Mariane.
Je n'eus jamais , dès ma jeunesse , Le moindre penchant roturier.
Enfant , j'admirais la noblesse ; Je fus jokey d'un chevalier.
Un peu plus grand ,
Du comte Armand Moi.', j'ai porté la livrée en argent.
Trois ans laquais
Du duc d'Aunais ,
Enfin je suis Factotum d'un marquis.
Et , mon ami , tu dois comprendre Que , dans le poste où me voilà , Quand on est monté jusque-là,
On ne peut pas descendre.
ETIENNE
Moi , je ne m'attache à personne. Il n'y a rien d'ingrat comme les maîtres...
Deux personnes entrent.
un laquais, annonçant.
M. le comte et madame la comtesse de Saint-Julien.
ETIENNE
En voilà des maîtres où je ne voudrais pas aller. On dit partout qu'ils gardent leurs domestiques ; je crois bien : ils gardent aussi leur argent, et ils leur font la rente de leurs gages.
pierke, quia regardé.
Il paraît que le notaire n'est pas pressé... , ni le futur
non plus. Du côté de Monsieur il ne manque plus que son cousin et sa belle-sœur. La voilà !...
Une dame seule.
le laquais , annonçant.
Madame la baronne de Grandpré, née de Ravinel.
Un homme seul.