‹ La laitière de Montfermeil, vaudeville en cinq annéesChapitre 35 sur 44 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MARGUERITE, DEiNISE.

denise , allant au devant d'elle.

Eh bien ! bonne mère, comment ça va-t-il ce matin?.. .

MARGUERITE

Bien!... bien!... ma chère demoiselle Denise, grâce à vous, à vos bons soins. Ah! il n'y en a pas deux comme vous à dix lieues à la ronde.

DENISE

Ce n'est pas moi qu'il faut remercier , c'est ce bon , cet excellent jeune homme , M. Dalville , dont les bienfaits ont été si utiles à votre petit -fils. C'est à lui, bonne Marguerite, que vous devez adresser vos remerciemens.

MARGUERITE

De l'argent!,., ça n'est toujours que de l'argent... ça se compte. Mais, ce qui ne peut pas se compter, c'est les soins que vous avez eus de la pauvre vieille , c'est l'amitié que vous portez à son drôle. Quand il serait votre fils , il n'en serait ni pus , ni moins. Ah ! mademoiselle Denise, vous avez ben tort de ne pas vous établir : jeunesse se passe!... Vous allez sur vos vingt et un ans , et il y a tant de gens qui vous aiment ; vous pourriez choisir à votre aise. Le fils du percepteur, un blond 5 le neveu de M. Leblanc , un brun 5 le gros Fermier Girard , qui tient des deux , tout ça ne demande pas mieux que... Mais je ne sais pas... sans les rebuter trop , vous avez une manière d'éloigner les gens. . . Savezvous ce qu'ils disent dans ce village ? ils disent que vous êtes fière.

Fière, moi!.».

MARGUERITE

Aussi, faut voir comme je les tarabuste quand il ont V malheur d' lâcher une parole comme celle-là. Mademoiselle Denise fière ! . . . al' d'vrait l'être du bien qu'alP fait. Mais, pour ce qu' est de ça , y en a-t-il une parmi les plus richardes qu'ayont soin du pauvre comme elle ?. . . Vous, fière ! Voyez-vous , les jeunes gens , quand on les rebute... Ils m'ont aussi appelée fière dans mon temps. Mais moi > j'avais une excuse ; j'aimais ce pauvre défunt; tandis que vous...

DENISE

Moi!... et qui sait, mère Marguerite ?...

MARGUERITE

^on, non, mademoiselle Denise . du moins ça n>st

pas toujours dans le village } v'ià au moins un an que vous n'en avez pas bougé !

DENISE

Oui , mère Marguerite... un an... tout autant... et te temps-là est bien long quand on espère.

MARGUERITE

Il est encore plus long , quand on souffre.

DENISE

Nous célébrons aujourd'hui l'anniversaire du jour où votre petit-fils rencontra son généreuxprotecteur, et vou& savez, mère Marguerite, que vous êtes toujours des nôtres.

MARGUERITE-

Je boirai volontiers à la santé de ce cher homme. Que Dieu le conduise partout où il sera !

DENISE

Et qu'il le ramène bientôt parmi nous, pour y jouir de son ouvrage.

MARGUERITE

En attendant, je vas faite un petit tour de jardin. Est-y gentil!... ça n'est pas reconnaissable, mademoiselle Denise $ il y a des châteaux qui ne sont pas si bien tenus que votre petite maisonnette. Ma chère Demoiselle, mariez-vous , mariez-vous.

Air : On dit que je suis sans malice.

Tenez, ma bonn mamsell' Denise,

J' vas vous parler avec franchise :

Vous v'ià dans Ta g' de vous marier ,

C'est un' dette qu'il faut payer.

Comm' celui qui saura vous plaire

S'ra l'homme le plus heureux d' la terre ;

D' la noce avancez les instans ,

Pour qu'il soit heureux plus long-temps.

Elle sort.

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