II. — Témoignages historiques
Le premier texte où il soit question d'un jeu, d'une amusette populaire, se rencontre chez le trouvère artésien du xiii" siècle Adam de la Halle. Dans le Jeu de Robin et Marion, écrit vers 1280, se trouve mentionné le nom grotesque d'un saint, saint Coisne, représenté assis et faisant des grimaces :
Voire, voire!
Le Pèlerin à Saint Coisne (i).
Les Joueurs, des paysans, s'avancent vers lui, l'un après l'autre, en lui présentant des dons fictifs : « Tenés, Sain Coisne, biaus dous sire ». Puis, sous prétexte de lui caresser le visage, par forme d'adoration, ils le lui noircissent (2).
land, Gand, 1902-1908, 8 vol. gr. in-8'. En voici le titre en français : « Jeux et Amusements des enfants dans la Néerlande méridionale », c'est-à-dire dans les provinces flamandes de Belgique. Cf. le compterendu de H. Gaidoz dans Rcv. Et. Rab., t. I, p. 225-226.
(i) Coisne est une autre forme de Cosme. qu'on lit dans ce même Jeu et qu'on retrouve dans la liste des jeux de Gargantua : Sainct Cosvie, je te viens adorer.
{2) Le jeu revient dans la Farce d'un chauldronnier (vers i53o), mais saint Côme y est adoré sous le nom de « sainct Coquillart » (éd. Fournier, p. 3 12).
Le célèbre chroniqueur Jean Froissart, dans son poème autobiographique VEspinette amoureuse (vers 1360), fait mention des divers jeux de son enfance et de sa jeunesse (i) :
Jones estoie d'ans assés,
James je ne fuisse lasse's
A juer aux jus des enfans,
Tels qu'ils prendent dessous douse ans.
Et quant la lune estoit serine,
Moult bien à la pince merine
Juiens...
Puis juiens à un aultre jeu
Qu'on dist à la keuveleu leu...
Et quant nous estions ensembles,
Aux poires juiens tout courant.
Et puis au larron Engerrant...
Et, dedans chambre, à l'esbahi.
Et aussi aux adeviniaus,
A l'avainnc et aux reponniaus... (2)
Au chace lièvre, à la cluignette.
Aussi à la sotte buirette...
Et se iziHons fosselettes... (3)
Contemporain de Froissart, le poète champenois Eustache Deschamps, consacre une de ses ballades, la 873% aux jeux de son temps {Œuvres^ t. V, p. 54) :
Chascun parle de divers gieux jouer.
De clines lœiL de porter maie honte, Et de la briche aux compaignons donné, Et de souffler le charbon, mais n'a compte A tous ces gieux nulle chose du monde, Quant mon cheval m'a au besoing failli, Desur me fault jouer à Vesbahi.
Le jeu favori du poète, les dés, jeu d'invention diabolique (4),
(i) Ed. Scheler, t. I, p. 93, vers igS à 242.
(2) Cf. V. 2652 :
Se vous joués aux responiaus^ Faites au moins que le vos trove.
(3) Plusieurs de ces jeux figurent dans notre liste : A Vesbahy, à vendre Vavoyne, à la foussette, à la queue au loup, aux responsailles et à cline musette. Quant au larron Engerrant, il rappelle le jeu à Angenart, qui ne figure que dans l'édition de 1542.
(4) Cf. 1. III, ch. xi: « Le mauldict livre du Passetemps des de^ fut, longtemps a, inventé par le calumniateur ennemy », c'est-à-dire par le diable. Le Fabliau du jeu de dés (éd. Jubinal, t. II, p. 129) attribue au jeu la même origine démoniaque. Quant à la source du mauldict livre
est le sujet d'une ballade spéciale (la 783^), mais il en cite ailleurs une variété (t. VII, p. 155):
Soit à la vachette ou aux dez...
qui répond aux taches de Gargantua.
L'auteur du Ménagier de Paris, traité de morale et d'économie domestique composé vers 1393 par un bourgeois parisien, attribue aux dames romaines des amusements goûtés par les belles de son temps (i).
Au xv^ siècle, le Mystère du Vieil Testament contient une scène charmante entre trois enfants, Eliezer, Ismael et Isaac (t. II, p. 7, V. 9550 à 9567):
Ismael II convient
Jouer à quelque jeu privé,
Nos troys...
Eliezer. C'est ben dit; il fault adviser
Quelque beau jeu et deviser,
Puis que le meilleur soit tenu.
Isaac, Sus ! que dictes vous,
Gallans? A quel jeu jouerons nous
Pour passer temps ?
Ismael. A la fossette.
Isaac. Nenny non, à la tulerette.
Eliezer. Bien nenny, mais en pique en Romme. C'est un beau jeu.
• Ismael. Je le consomme.
Ainsi soit fait que devisé.
Et comme le mieulx advisé,
Je m'en voys commencer le jeu.
Le poète champenois Guillaume Coquillart parle plutôt des jeux d'adultes, des jeux de cartes (t. I, p. 85):
Puis quand la bourgeoise est en galles, Une caterve, une brigade Vient jouer, aux sons des cimbales, Au glic ou à la condemnade...
Par contre, V Amant rendu Cordelier à V observance d'amours.
des det^ de Rabelais, voy, un article de W.-F. Smith, dans Rev. Et. Rab., t. VU, p. 3G7 à 870.
(i) « Seste le fils l'empereur et plusieurs d'iceux jeunes hommes romains... vindrent à Rome et trouvèrent [leurs femmes] les unes devisans, les autres jouans au bric, les autres à qui fery ? les autres à pince merille, les autres jouans aux caries et autres jeux d'esbatemens avecques leurs voisines... » (t, I, p. 71).
poème paru en 1490 et attribué à Martial d'Auvergne, revient aux jeux de l'enfance :
Item, et si ne jouerez
Au siron ne à cligne musettes,
Au jeu de Mon amous aurés,
A la queuleuleu, aux billettes,
Au tiers, auperier, aux bûchettes,
A jecter au sein et dos l'erbe,
Au propos pour dire sornettes,
Ne Que pais tou, ne Que paist herbe (i).
Au début du xvi' siècle, le curé de Béthune Eloy d'Amerval, dans son Livre de la Deablerie (1507), distingue les jeux rustiques des « beaulx pastoureaux » (fol. O II r°) :
Se vont jouant à la chevrette,
Au molinet, aux belles qiiailles,
Aux longz festus, aux courtes pailles,
Au tonnebri, à la paumette,
Et aussy à monte eckelettc...
de ceux des mondains qui ne s'amusent pas toujours (toi. Eviv*^):
A quelque beau jeu gracieux,
Qui de soy n'est pas vicieux,
Gomme au jeu d'eschecs ou des dames,
Qui sont beaux jeux, non pas infâmes...
Mais préfèrent s'adonner aux jeux de hasard (fol. E 11 v") :
Aux quilles, au franc du carreau,
Au trinc, au plus près du cousteau (2),
(() Ed. Montaiglon, p. j5. Deux de ces jeux sont ainsi expliqués par Benoit de Court dans les commentaires juridiques et joyeux qu'il a ajoutés aux Arrests d'amour de Martial d'Auvergne (dernière édition, Amsterdam, ijSi, p. 25/ et 440) :
« Or disoit elle que, une journée, ainsi comme elle et d'autres de ses voysines jouoyent au propos, il se vint sçoir près d'elle et advint son tour, qu'ainsi qu'il parloit à elle à l'oreille pour luy dire son mot et proposer dessus, que iceluy galand, en haulsant la patte du chaperon, la baisa tout à coup...
« Ce nonobstant, luy jouant au tiers en un beau grand préau vert, et par joyeuseté, en courant par derrière, elle meit audit galant un tantinet d'herbe entre sa chemise et le dos... Or estoit vray que ceste dame, de son autorité, et sans dire qui avoit perdu ou gaigné, luy estoit venu jetter dans le dos, en jouant au tiers, une poignée d'horties et d'ordure, où il y avoit des fourmis parmy qui le picquoient... »
(2) Chez Rabelais : « Au pied du cousteau » (coteau).
Au de{, au gUc, aux^belles tables (i), A la condampyiade et SiXiflux.
Cependant notre nioraliste ne comdamne pas tous les « jeux du sort »; il en excepte les plus innocents (fol. E vi v°) :
Comme à la taboue ou aux tables, Où plusieurs personnes notables S'esbatent souvent en commun, A maucontent, a trente et ung.
Les jeux tiennent un grand rôle dans la vie scolaire du xvi^ siècle, comme dans la première éducation de Gargantua. Mathurin Cordier mentionne en 1530 ceux qu'affectionnaient les écoliers parisiens du Collège de Navarre :
Ludamus ad muscam. Jouons à la mouche.
Certemus talitris. Ludamus pro chiquenodis. Jouons pour des chiquenauldes.
Ludamus ad equum fundatum. Jouons an chevau fondu. Ludamus savatam. Jouons à la savate (2).
La fin du xvi' siècle vit paraître le premier recueil de jeux enfantins, livre rarissime (3), qui est resté inconnu aux rabelaisants. Les 36 estampes représentent, avec les accessoires de costume et au naturel, les divertissements les plus en usage parmi les enfants du xvi' siècle. Pour nous en tenir aux jeux de Gargantua, on y lit :
A quille là aussi pareillement
Et à babou, jeu où communément
Dos contre dos fault frapper au mesme heurt.
Au jeu des escoublettes, on se heurte la tête l'un contre l'autre.
Ces autres-ci s'exercent bien et beau A qui pourra abattre le chapeau Avec la main et à pince-merille.
(i) Chez Rabelais: « A toutes tables ».
(2) De corrupti sermonis cviendationc, Paris, i53o, ch. xxxviii : Ludendi formulae, p. 192 à 201.
(3) En voici le titre : Les trente six Tableaux contenant tous les jeux qui se peuvent jamais imaginer et représenter par les en/ans, tant garsons que filles, depuis le berceau jusqu'en Vaage viril, avec les amples signijications desdites Jigures mises au pied de chacune d'icelles en vers Jrançois. Le tout nouvellement mis en lumière et dirigé par ordre,
Paris, Nicolas Prévost, 1587. Voy. Magasin pittoresque, févr. 1847, p. G'^. Cet ouvrage manque à la Bibliothèque Nationale.
On pinçait le bras en disant : merille ! ou morille! jeu analogue à Je te pince sans rire.
Pareillement l'un d'entre eux font abattre, L'accommodant tout ainsi qu'un pourceau.
Le pourceau niory de Gargantua- on y figurait la mort d'un pourceau.
Le premier jeu est du. franc du carreau^ Que les lacquets ont tousjours au cerveau Pour y jouer, en attendant leur maistre. Colin Maillart, où l'un d'entre eux se bouche, Est jeu plaisant où pas un ne rebouche. Et Montaient resveille leurs esprits.
Dans Rabelais : au franc du carreau, au chapifou et à montaient.
Ils sautent tous en criant : Cotippe teste 1 L'un par sus l'autre: est ce pas jeu honneste ?
C'est l'a crocque teste de Gargantua.
Voici le jeu recomblé de plaisance De: Guillemin, preste moy tost ta lance ^ Auquel on baille un baston plein d'ordure A un niais qui se bouche les yeux.
Dans Rabelais: Guillemin, baille mij ma lance et la barbe d'oribus.
Ce curieux livre parisien trouve son pendant dans un recueil provincial (i), où figure une énumération des amusements des enfants rouennais, qui ne présente presque pas d'analogie avec celle de Rabelais.
m. — Classement des jeux.
La liste rabelaisienne embrasse diverses catégories de jeux usités parmi les enfants et les adultes, ces derniers appartenant à différentes classes sociales (écoliers, pages, etc.). Suivons l'ordre observé par Rabelais, qui commence par les jeux de cartes pour finir par des amusettes, en passant par des jeux d'adresse et d'attrape.
(i) Friquasséc crotestillonnce des antiques modernes chansons, jeux et menu fretel des petits enfans de Rouen (ibS-j), éd. Rouen, 1604, réimprimé par Pottier en i863 et par Blanchemain en 1878.
I. — Le nom de carte (i) à jouer nous est venu de l'Italie au XI v^ siècle. La première mention se trouve dans le Ménagiev de Paris (t. I, p. 172), où le mot désigne un « jeu d'esbatement » pour les jeunes filles. Rabelais énumère nombre de variétés usuelles à son époque, trente-cinq à peu près, qui se répartissent ainsi :
1° Variétés italiennes : A la prime, à la condemnade, à la charte virade, etc., ainsi que le tarot (2), ital. tarocco, inventé en Italie au début du xv' siècle. Le tarot de Lombardie ou de Venise comprenait 78 cartes (3).
Une autre variété italienne de jeux de cartes, Vimperiale (nom de la plus grande carte), est mentionnée par Rabelais en dehors des jeux de Gargantua (1. IV, ch. xiv) : « Les officiers jouoient à Vimperiale ».
Ajoutons-y : A pille, nade, j'ocque, fore, reflet de l'ital. piglia-nada (4), giuoco-fora (prends rien, joue dehors), équivalant aux correspondants latins : accipe nihil, pone totum, dont les initiales étaient inscrites sur chaque face du toton (5).
2° Variétés espagnoles : Aux luettes, esp. liicas, cartes aux marques nouvelles (par exemple la dame exclue et représentée par le chevalier), dont Jehan Vimier mit en vente à Rouen en 1508 un des premiers tirages français (6). Cette variété fut propagée par les marins bordelais (cf. 1. II, ch. v) sur tout le littoral de Vendée, Saintonge et Bretagne.
3° Les appellations indigènes remontent pour la plupart au xvi' siècle. Trois seulement sont attestées au xv' siècle : âujlux, à la triumphe et au glic, déjà sous cette forme chez Villon :
1705. Gaigne au berlenc, au glic, aux quilles,
et sous celle de clic dans Guillaume Coquillart (t. I, p. 155) :
Jouant au clic ou à la roynette.
Cette dernière forme est la primitive, car on la lit dans la Passion bourguignonne de Semur:
(1) Rabelais écrit charte (et plus loin charte virade), forme francisée qu'on lit également dans Montaigne.
(2) Rabelais écrit tarau, graphie qui n'est pas isolée au xvi^ siècle.
(3) Voy. H. d'Allemagne, Cartes à jouer du XIV" au XX^ siècle, Paris, 190G, t. I, p. 179 et suiv.
(4) Nada est l'équivalent burlesque de niente.
(5 ) Voy. , sur les noms de jeux d'origine italienne, ci-dessus, p. 142-143. (6) H. d'Allemagne, ouvr. cité, t. I, p. 21.
5353. Et les Juifs d'AufTericque •
Joueront à ly [à Dieu] à la clicquc.
L'origine du nom reste obscure (i).
Quelques autres variétés restent inconnues en dehors de Rabelais : à l'espinaij, au fourby, à Vopinion et au tonnent, à côté de Picardie, espèce de calenabour géographique sur pique. La graphie gay semble également le résultat d'un jeu de mots pour/a</ ou gé {cï. gay etjay), nom du brelan en Normandie, d'après le mot initial du jeu.
IL — Mettons à part le jeu de la mourre, dont le nom et la pratique viennent de l'Italie {morra). Rabelais en fait mention ailleurs (l. IV, ch. xiv) : « Les paiges jouoient à la mourre à belles chicquenauldes ». Le nom a pasé chez nous par l'intermédiaire du Languedoc, où ce jeu a été longtemps en vogue.
III. — Les jeux de tables, au nombre d'une vingtaine, comprennent les échecs, le tric-trac, les dés, les dames.
Rabelais cite plusieurs variétés de tric-trac : au lourche (2), à la renette {c\\tz Coquiilart, roynette), au barignin (répondant à l'ital. sbaraglino) et surtout à la nicnocqae, nom qu'on rencontre à la fois dans les Moralités et les Farces (3), et dont l'origine remonte à la même source imitative (4) que son synonyme trictrac (5).
(i) Chez Eust. Deschamps, clique désigne à la fois la cloche d'une horloge et un coup retentissant (d'où cliquier, tinter).
(2) Le terme est souvent pris au figuré : « l.a chance du jeu se tournant, celui en fin du jeu se trouva lourche, qui pensoit estre maistre du tablier » (Pasquier, 1. VIII, ch. lvi). Cf. la « Farce de Colin » {Ane. Théâtre, t. I, p. 243) :
Car cela me rend lorche, C'est à Dieu trop tiré le dé.
Oudin(i642) et Ménage (1690) donnent à la fois lourche et ourche. Cette dernière forme est sujette à caution.
(3) Par exemple, la « Farce de folle Bombance » {Ane. Théâtre, t. II, p,. 76) :
Jouer aux dez,
A la Iliaque nocque...
(4) Cf. Mistere du vieil Testament (t. 11, p. 98) :
Or allons, ma dame et maistresse.
Tout nostre beau traia tricquetrac...
(5) On en a tire au xv° siècle un verbe (Parnasse satyrique, p. 21 5) anniquenoquer, frapper, et au xvie, un refrain qu'on lit dans la Farce de Calbain :
Si m'y touchez, je vous feray mettre
A la prison du chasteau, nicque, nicqiie, nocque,
A la prison du chasteau, nicque nocqueau,
Un des jeux de dés porte le nom ce reniguebieu, qui est un juron de la soldatesque de l'époque ; les Lansquenets de même ont légué leur nom à un jeu de cartes.
IV. — Dans les jeux de boules, on trouve le bilboquet, le cochonnet, etc.
Y. — Les jeux d'enfants et d'écoliers (osselets, billes, quilles, cache-cache, toupie, volant, etc.) occupent la plus grande partie du catalogue, où les répétitions et les superfluités (i) abondent. Plusieurs de ces appellations sont tirées :
i'' Du langage enfantin :
Bahou (à la), anciennement baboe, épouvantail et geste de moquerie (cf. 1. IV, ch. lvi), nom de jeu encore vivace en Anjou sous la iorme babu. Le nom est aussi donné à une variété de jeu de dés (2).
Tirelitaniaine (à la), nom normand du jeu de la queue-leuleu, répondant au saintongeais iirantaine, trainée de choses semblables, et au poitevin taniirantaine , bande allongée (3).
Pimpompet (à), jeu dans lequel, suivant Cotgrave (4), les joueurs se donnaient des coups de pied dans le derrière. Le nom traduit le bruit des coups donnés (cf. dans la langue moderne, pan-pan !)
Migne, migne beuf (à la), formulette enfantine qui accompagne un jeu analogue au pied du bœuf ou à la main chaude •• Migne-migne migneugnieii ! (5)
M yrelimofle (à), autre formulette enfantine ainsi donnée par la Fricassée crotestiUonnée (1557) :
Et d'où venez vous, mire le moufle ?
Je viens du marché, soufle ly soufle (6).
2° De l'ancienne langue :
Brandelle (à la), balançoire faite de deux branches d'arbre
(i) Telle la danse bretonne du triori que Rabelais cite ailleurs (1. IV. ch. xxxiii).
(2) Voy. ci-dessus le texte d'Amerval.
(3) Le Duchat le rend par « Tire-le un peu » (suivant la version d'Urquhart « At pull yet little »). L'initiale tireli est un refrain qui n'a rien de commun avec le verbe tirer.
(4) « A kinde ol" game wherein three hit each other on the lum with one of their feet »,
(5) 'RoWanà., Rimes et jeux de V enfance, -ç. i3i. (G) Cf. éd. Pottier, p. 21.
reliées par les extrémités. Le mot est encore vivace en Haute- Bretagne et ailleurs.
Chapifou (au), au colin-maillard, anc. fr. capifol, proprement tête folle.
Bien et beau s'en va Quaresme (à), jeu mentionné dans [un des rondeaux de Charles d'Orléans :
A ce jour, à Saint Valentin, Bien et beau karesvie s'en va :
Je ne sçay qui ce jeu trouva.
Combes (aux), probablement aux cubes, sens de l'ancien combe (i).
CroquinoUes (aux), Jeu aux coups appliqués sur le tendon du nez, à côté de croquignole, synonyme de chiquenaude (1. 11, ch. vu). On lit ce mot déjà au xv' siècle :
Pour rompre testes et canoles...
Pour leur donner des croqui gnôles...
(Myst. de S. Qiientin, v. 4326).
Cette double forme est encore vivace dans les patois du Midi.
Cutte-cache (à la), jeu de cache-cache, encore vivace sous cette forme dans les patois de l'Ouest. Cute., au sens de « cachette », se lit dans une lettre de grâce de 1454.
Esbaliy (à 1'), nom de jeu qu'on lit déjà chez Froissart et dans Eustache Deschamps.
Foucquet (à), jeu qui consistait à éteindre avec son nez un flambeau (en Anjou). Le sens propre en est petit Foulque, devenu dans l'Ouest le nom patois de l'écureuil.
Passavant, proprement « coup », sens qu'on lit souvent dans le Mystère du Vieil Testament (par exemple, t. III, p. 258) :
Tire avant, tire, malheureux, Ou tu auras ung passavant.
Picquarome, jeu de bâtonnet, dans une lettre de grâce de 1379.
Pince-morille, nom qu'on lit dans le Ménagier sous la form.e pince-merille, parallèle à \di pince -mer i ne de Froissart.
Responsailles, jeu de cache-cache, de l'anc. fr. response., cachette, appellation parallèle à celle de reponniaus qu'on lit dans Froissart.
■f Du languedocien :
(i) Cf. d'Aubigné, Baron de Fœneste (dans Œuvres, t. II, p. 442): « Or ça youons à bis combis ou bien à bianque bouquet ».
Bourry-bourry ^ou, sus, baudet, en avant! sens de la formulette dans le Midi.
Bousquine (à la), peut-être c< bâtarde », en parlant d'un fruit sauvageon, acception du languedocien bousquino. Le sens reste obscur.
Mousque, nom d'un jeu d'écoliers (musca vadit) et aussi d'un jeu d'enfants, appelé aujourd'hui mousqueto : les joueurs y courent l'un après l'autre autour d'une meule de gerbes.
Tenebry (au), jeu que d'Amerval appelle tonebri et qu'on pourrait rapprocher du limousin tonnedre ou tonnegre, espèce de jouet d'enfant, proprement tonnerre.
Virevouste (à la), répondant au languedocien virovolto, toton. 4° Des patois, particulièrement de l'Ouest : Cline musete^ cligne-musette, forme angevine. La forme usuelle se lit au xv' siècle dans les Cent Nouvelles nouvelles. Cocquantin (au), volant et jeu de volant, dans le Haut-Maine. Griesche (à la), autre nom provincial du volant, sens de l'angevin gruesche.
Martres (aux), nom des osselets à Caen, encore aujourd'hui usuel dans une partie de la Normandie.
Pingres (aux), autre nom des osselets en Anjou, jeu particulièrement pratiqué par les dames (cf. 1. IV, ch. xiv).
Picandeau {a.n) , ]eu d'écoliers lyonnais qui consiste à lancer, avec les deux index formant arc, une petite flèche garnie de papier à un bout et à l'autre d'une pointe en fer ou d'une épingle (d'où le nom de jouet à pique).
Pyrevolet, nom angevin d'une espèce de volant. Rouchemerde, c'est-à-dire « ronge-merde », en Anjou, est un jeu qui fait pendant à la barbe d'oribus.
Trompe (à la) et au moyne^ variétés de toupies, dans l'Anjou et dans le Berry.
5° Du latin des écoliers :
Barbe d'oribus (à la), dans l'argot scolaire, barbe d'or, euphémisme pour « ordure ». C'est le pendant de la « pouldre d'oribus » (1. Il, Prol.), qu'Oudin explique par « de la merde pulvérisée ». Defendo (à), Jeu d'écoliers décrit par Cotgrave. Primus secundus (à), jeu d'écoliers, mentionné également ailleurs (1. II, ch. xviii): « Ainsi passa la nuict Panurge à chopiner avec les paiges et jouer toutes les aîgueillettes de ses chausses à primus secundus et à la vergette ». 6*^ De la langue populaire, qui a fourni le fond de cette nomen-
clature. C'est ainsi qu'on y relève une abondante provision de noms d'animaux :
Quadrupèdes : Au bœuf violé, au cochonnet va devant, au dorelot du lièvre, au renard, à la truye (i).
Oiseaux : Aux allouettes et aux caitleteaux, à la chevêche et au hybou, à la grolle et à la grue, aux pies et au pigeonnet.
Petites bêtes: Au crapault, à escharhot le brun^à la mouche.
Ajoutons-y : A déferrer l.asne, à la couille du bélier, au nid de la bondrée, à chevau fondu, à colin bridé, à la queue au loup, au pourceau mory, à escorcher le renard.
Peu de noms d'arbres : Au bouleau, au chesne forchu, au poirier,
7° Plusieurs de ces noms restent obscurs : Ballay, escoublet" tes,fessart, navette, pinot, saint Trouvé, etc.
Pour obtenir un ensemble aussi considérable, Rabelais a puisé un peu partout, et, pour grossir sa liste, il n'a pas reculé même devant les synonymes : beliné et fourby, à côté de maulcontent et malheureux; chiquenaudes et crocquignoles, à côté d'alouettes et nasardes. 11 cumule les équivalents provinciaux : martres et pringres (« osselets »), cocquantin et griesche {« volant »), mousque à côté de mousche.
Cette profusion de détails est destinée à faire ressortir l'inutilité de ces amusements, auxquels les nouveaux m.aîtres de Gargantua tendront à substituer les exercices sportifs. Les procédés cumulatifs, si familiers à Rabelais, ont abouti ici à une énumération surabondante, aux proportions démesurées comme celles du jeune géant qui pratiquait ces jeux, inépuisables comme les ressources linguistiques dont disposait leur auteur.
(i) Dans le jeu à briffault, ce nom semble désigner le chien de chasse. Du Fail en cite la formule : « Brifaut, à moi, si tu faux ! » Cf. Em. Philipot, dans Rev. Et. Rab., t. X, p. 247 à 249.
Rappelons le jeu de bilboquet, dont la forme primordiale (probablement parisienne) billeboucquet figure parmi les jeux de Gargantua. Le but de ce jeu d'adresse consiste à recevoir la boule ou le morceau de bois, après les avoir fait sauter. Ces sauts ont été assimilés à ceux d'un petit bouc, d'un bouquet. La forme littéraire bilboquet est à rapprocher de baliverne (pour bailliverne).
Le xvi' siècle est riche en coutumes et croyances, qui ont laissé leur écho dans Rabelais et des traces dans les traditions populaires modernes. Tel, par exemple, l'usage nuptial des mitaines, c'est-à-dire des petits coups de poing qu'on se donnait à la fête du mariage. Ces nopces à mitaines, que Rabelais décrit complaisamment (1. IV, ch. xii à xv), et qu'il localise en Touraine dans un milieu roturier, ont également existé en Poitou, même dans la haute société, comme en témoigne Jacques Yver vers 1570 (i). Elles étaient certainement pratiquées dans d'autres provinces et hors de France, car elles sont attestées pour la Scandinavie par Olaus Magnus, qui en parle dans le chapitre « De nuptiis plebeiorum » de son grand ouvrage Historia de gentiwn septentrionalium variis conditionibus, paru à Rome en 1555 (2).
Telle aussi la coutume du gâteau de la fève qu'on sert le Jour des Rois pour que celui à qui la fève échoit soit proclamé roi par les convives (cf. 1. III, ch. xxv). La coutume est ancienne. On la trouve déjà mentionnée dans le Trésor de Jehan de Meung auxiii'' siècle (voy. Littré); au xvi% dans les Serées de Bouchet et, au début du xvii% Béroalde de Verville lui consacre une des curieuses dissertations (3) de son Palais des Curieux (161 2).
On pourrait multiplier ces exemples, mais nous ne retiendrons que les plus curieux, en leur adjoignant certaines croyances populaires encore très répandues à cette époque.