I. — Noms
Voici les expressions dont Rabelais se sert pour désigner le langage proverbial :
Apophthegme, terme grec attesté dans son œuvre pour la première fois. \Japophihegme monachal — « Jamais homme noble ne hayst le bon vin » — y sert de pendant au proverbe claustral : « de missa ad mensam ». Ailleurs, 1. 1, ch. ix, on lit : « Et selon iceux ont taillé leurs apoplUhegmes et dictez... ».
Dict, au sens de dicton : « Selon le dict de Hésiode, d'une chascune chose le commencement est la moytié de tout » (1. IV, ch. m).
L'équivalent dicton n'a, dans Rabelais, que le sens de pièce de vers : « En mémoire éternelle escrivit Pantagruel le dicton victorial comme s'ensuyt » (1. II, ch. xxvii).
Dicté, avec le double sens de proverbe (voy. un exemple cidessus au mot apophthegme) et de pièce en vers (acception de l'ancien français ditié) : « ... monstrerent à Pantagruel le dicté de Randnagrobis » (1. III, ch. xxi). Ce dicté commençait ainsi :
Prenez la, ne la prenez pas.
Si vous la prenez, c'est bien faict.
Si ne la prenez en effect, Ce sera œuvré par compas.
souvent parlé la langue de Rabelais et des autres conteurs, la langue des écrivains comiques ».
Mot doré, parole mémorable, dicton, appellation analogue aux « Vers dorés » de Pythagore. Bridoye, racontant l'anecdote du gascon Gratianauld et d'un Aventurier, qui, au lieu de se battre, finissent par boire ensemble, parce que le temps et le sommeil leur ont fait oublier le motif de leur rencontre, ajoute (1. III, ch. xLii) : « Là compete le mot doré de Joann. And. in cap. ult. de sent, et rejadic. lib. 6 : Sedendo et quiescendo fit anima prudens ».
La même expression figure sur le titre d'un recueil parémiologique antérieur à Rabelais : « Les Motz dores de Cathon » par Pierre Grosnet (vers 1530). Ailleurs, ce terme est pris chez Rabelais au sens matériel (1. IV, ch. lvi) : « Nous y veismes des motz de gueule, des motz de sinople, des mots de azur, des mots de sable, des mots dores ».
Proverbe, appellatif général qu'on lit dans ces formules :
1° Comme dit le proverbe :
Si d'adventure il rencontroit gens aussi fous que luy, et {comme dict le proverbe) couvercle digne du chauldron (1. I, Prol.)
2° Proverbe commun :
De ce fut dict en proverbe commun : Boire d'autant et à granz traitz estre pour vray crocquer la pie (1. IV, Prol. anc).
Et selon le proverbe commun, à l'enfourner on faict les pains cornuz (1. IV, ch. m).
Depuys feut le dit seigneur en repous et les nopces de Basché en proverbe commun (1. IV, ch. xv).
Pourquoy est ce qu'on dict en commun proverbe : Le monde n'est plus fat>(l. V, Prol.)
3° Proverbe vuhjaire:
J'ay souvent ouy un proverbe vulgaire que Un fol enseigne bien un sage (1. III, ch. xxwii).
On a vu que l'ancienne langue envisageait le proverbe, sous le rapport didactique, comme une remontrance salutaire. Le vieux synonyme reprooier, qui signifie à la fois blâme et dicton, n'était plus usuel à l'époque de la Renaissance.