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CHAPITRE VII SOUVENIRS HISTORIQUES

Estienne Pasquier remarque judicieusement à ce propos (1. III, ch. vi): (( Je puis donc dire à bonnes enseignes, que la cogiioiss mce tant des mots que des proverbes nous apporte le plus du temps certaine cognoissance de l'histoire, comme aussi la cognoissance de l'histoire nous apporte certaine information des mots ».

Nombreux en effet sont les proverbes qui reflètent les témoignages du passé.

Epreuve judiciaire. — [Pantagruel, ne comprenant pas l'étrange déguisement de Panurge, lui en demande la raison] : J'ay, respondit Panurge, la pusse en l'aureille. Je me veux marier. En bonne heure soit, dist Pantagruel, vous m'en avez bien resjouy. Vrayment, je n'en voudrais pas tenir un fer chaiild (i) (l. III, ch. vu).

— Les Souisses, peuple maintenant hardy et belliqueux, que savons nous si jadis estoient saulcisses? Je n'en voudrais pas mettre le doigt on feu (1. IV, ch. xxxvin).

Ce sont là souvenirs des épreuves judiciaires du .Moyen Age, du jugement de Dieu. L'épreuve la plus barbare était celle du fer ardent : l'accusé devait porter une barre de fer rouge et si, au bout de trois jours, sa main (enfermée dans un sac scellé) ne portait aucune trace de brûlure, il était déclaré innocent. Voici ce qu'en dit Pasquier (1. IV, ch. ii) : (( Nous eusmes trois sortes de preuves pour la vérification des crimes... Celle dont j'entends traiter en ce lieu, estoit d'avouer le crime par l'attouchement du fer chaud : car si l'accusé le supportait patiemment sans se brusler, il estoit en voye d'absolution ; autrement, il perdoit sa cause. Et de là par adventure est venu ce commun proverbe entre nous que;, voulans asscurcr une chose pour très véritable, nous

(i) Cf. Turnèbe, Les Contens (acte V, se. iv) : « Voilà une plaisante histoire. Vraiment je n'en voudrois pas toiir un fer chaud et suis bien aise que tu n'es pas embrouillé en ce patclinage ».

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