‹ La langue de RabelaisChapitre 21 sur 223 · I. — Termes grecs · texte numérisé non relu

I. — Termes grecs

La plupart des vocables dérivant des œuvres des médecins grecs, particulièrement d'Hippocrate et de Galien, ont persisté dans la langue scientifique. Rabelais est un des premiers érudits qui aient puisé aux textes originaux : de là l'intérêt de cette nomenclature spéciale.

HippocRATE. — Les œuvres d'Hippocrate lui ont fourni toute une série de termes médicaux qui ne sont pas attestés antérieurement et qu'on ne lit que plus tard dans les traités anatomiques du xvf siècle de Charles Estienne (1546), de Vassé-Ca-

(i ) Nous avons dressé ailleurs le relevé chronologique des sources pour l'étude du vocabulaire médical antérieur et contemporain à Rabelais. Voy. notre H i st. nat.Rab., p. 34G à 349.

nappe (1556) et d'Ambroise Paré (1561). Nous les avons étudiés ailleurs (i).

Dans le Prologue du Quart liore, c'est Ilippocrate qui a donné le portrait du véritable médecin, auquel Rabelais s'efforce de ressembler: « Hippocrates commande... tout ce qu'est au médecin, gestes, visaige, vestemens, paroUes, regardz, touchement, complaire et délecter le malade. Ainsi faire en mon endroict, et à mon lourdoys, je me peine et efforce envers ceulx que je prens en cure ».

Nous aimons à nous représenter, sous ces traits hippocratiques, la propre image de Maître François, lui qui attribuait au physique du médecin aussi bien qu'à son ascendant sur le malade une si grande efficacité thérapeuthique. Ne s'était- il pas proposé, tout d'abord, en rédigeant les joyeuses chroniques des faits et gestes de Gargantua, de soulager les souffrances et de faire l'amusement de ses patients }

Galien. — Rabelais ne possédait pas moins intimement l'œuvre considérable de Galien, véritable encyclopédie embrassant à la fois la médecine, la philosophie, les mathématiques, le droit. Il avait une véritable admiration pour cet oracle de l'Antiquité qui a exercé sur la médecine une influence unique, analogue à celle d'Aristote en philosophie; mais il n'est pas dupe de sonfinalisme outrancier (admis généralement au xvi^ siècle) et il s'en moque, en mettant dans la bouche dePanurge une comparaison plaisante à propos de sa braguette (1. III, ch. vu).

Outre plusieurs termes médicaux (2), il lui a emprunté la théorie des esprits, qui domine la physiologie jusqu'à l'époque moderne. Au xvi" siècle, Rabelais, Fernel et Paré s'en inspirent ; elle règne pendant tout le xvii^ siècle : Pascal, Descartes, La Fontaine, La Bruyère, Racine, Corneille, Molière subissent son influence.

Rabelais a, en outre, consacré trois chapitres, du xxx' au xxxii' de son Quart livide, à décrire minutieusement les parties anatomiques externes et internes du Carême-prenant, ainsi qu'à en exposer les diverses fonctions, à grand renfort (une centaine à peu près) de termes d'anatomie et de physiologie. Chacun de ces termes est suivi d'une comparaison plus ou moins frappante. Veu le D' Le Double a tenté d'établir la réalité scientifique de

(1) Hist. nat. Rab., p. 354 a 336.

(2) Ibidem, p. 358 à 3r,i.

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