X PRÉFACE
Maître de ses contemporains, en dehors de ses dons d'écrivain, c'est qu'il ajoute à Tinformation livresque les fruits de sa propre expérience, les résultats de son ardente curiosité, les aperçus de sa vision pénétrante. Souvent il puise presque exclusivement aux sources vivantes, pour ses termes nautiques par exemple, dont le réalisme a donné le change à des spécialistes modernes^ mais qui^ examinés à la lumière des documents de l'époque, se révèlent d'une exactitude inattaquable.
Vient ensuite l'étude du Contact avec l'Italie. L'architecture et l'art militaire, la navigation et l'industrie, la vie sociale et mondaine ont été profondément modifiés par cette action multiple et féconde. Seuls quelques éléments de la vie sociale — le costume et la cuisine en premier lieu — ont échappé à l'italianisme, gardant ainsi une valeur documentaire de premier ordre.
Les Faits traditionnels complètent cette série de facteurs, qui ont contribué à donner au roman rabelaisien sa physionomie à part et son caractère encyclopédique. Un bien petit nombre d'œuvres de génie se prête à une étude d'ensemble de ce genre. J'ai essayé de faire pour Rabelais ce qui n'a encore été réalisé ni pour Dante ni pour Shakespeare.
Le deuxième volume est consacré spécialement aux éléments constitutifs du lexique.
Lillimité. Telle est l'impression qui s'en dégage. Si l'œuvre elle-même déborde tous les cadres de la littérature, le vocabulaire dépasse infiniment ce qu'on appelle la langue générale, car il renferme les germes et jusqu'aux virtualités de toute évolution ultérieure. Il reflète l'image intégrale de l'idiome national, envisagé à la fois dans le temps et dans Icspace.
Estienne Pasquier appelle Calvin et Rabelais les deux « pères de nostre idiome ». Ce jugement résume d'une