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IX. Théâtre populaire : Mystères, Sotties, Farces

X. Livres de colportage: i. Chroaicques Gargantuines. — 2. Romans de chevalerie. — 3. Voyages de Mandeville. — 4. Calendriers et Prognostications. — S. Bibliothèque campagnarde et bourgeoise.

FAITS TRADITIONNELS 2ii

Une section spéciale sera consacrée à la dernière matière orale, la plus copieusement représentée chez notre auteur: les Proverbes et dictons.

Nous allons maintenant envisager de près ces nombreuses branches du traditionnisme, oral et livresque, tel qu'il est représenté chez Rabelais et les écrivains de son siècle (i).

(i) Deux dissertations allemandes, de valeur inégale, ont été jusqu'ici consacrées à notre sujet :

Johann Màttig, Ueber den Einfluss der heimischen volkstunilichen Littei'atur und litterarischer Litteratur anf Rabelais., Leipzig, igoo.

Adolf Kriiper, Rabelais Stellung pir volkstumlichen Litteratur, Heidelberg, 1909.

Le travail de Mattig dégénère souvent en listes, en simples énumérations (cf. p. 10 à 26 : proverbes); celui de Kriiper est autrement important. L'idée maîtresse de l'auteur est que Rabelais a trouvé, dans l'ancienne littérature de caractère populaire, de nombreux motifs, auxquels il a d'ailleurs toujours imprimé le cachet de son génie. A rencontre de ceux qui voient presque toujours, dans l'œuvre de Rabelais, des souvenirs et des influences étrangères, Kriiper renvoie à des sources indigènes. Ce critère est Juste et les rapprochements qu'il cite à l'f.ppui sont prudents et judicieux. Nous en avons tiré parti.

CHAPirRE PREMIER CONTES POPULAIRES

Les récits merveilleux sont de tous les temps, mais ce n'est qu'au xvi^ siècle qu'on trouve quelques allusions précises à leur sujet.

Du Fail nous a laissé, dans le iv" de ses Propos rustiques (1547), une description circonstanciée d'une veillée ou JHerie^ comme on disait alors et comme disent encore les campagnards de nos jours. Parmi les conteurs que l'écrivain breton met en scène, Robert Chevet, le compagnon charpentier, aime à évoquer les souvenirs de sa jeunesse :

Le bon homme Robin, après avoir imposé silence, commençoit un beau compte du temps que les bestes parloyent (il n'y ha pas deux heures), [le conte de la Cigoigne] ou comme le Renard desroboit le poisson ; comme il fit battre le Loup aux Lavandières, lors qu'il apprenoit à pescher; comme le Chien et le Chat alloient bien loing [du Lyon, Roy des bestes, qui fist l'Asne son lieutenant, et voulut estre Roy du tout] ; de la Corneille, qui en chantant perdit son fromage ; de Melusine; du Loup garou; du cuir d'Asnette; [du Moyne bourré]; des Fées (i).

Vers la même époque, Tabourot, dans le Prologue des £"3-

(i) Edition La Borderie, p. 18G-187. Nous avons ajouté, entre crochets, les additions de l'interpolateur angevin de 1548, additions qui ont aujourd'hui pour nous la même valeur documentaire.

L'auteur revient sur les lîleries dans ses Contes d'Eutrapel (iS-'-S), ch, XI : « C'est une vieille coustume en ce pays, et croy que par tout ailleurs, de se trouver et amasser chez quelqu'un du village au soir, pour tromper les longueurs des nuits, et principalement à l'hiver. Au temps, dit Lupolde, que nous estions aux escholes à Bern près Rennes... il se faisoit des Jîleries, qu'ils appellent veillais, tantost à la Valée, tantost à la Voisardiere, à Souillas, et autres lieux de réputation, où se trouvoient de tous les environs plusieurs jeunes valets et hardeaux illec s'assemblans, et jouans à une infinité de jeux que Panurge n'eut onc en ses tablettes. Les filles d'autre part, leurs quenoilles sur la hanche, filoi-ent ».

craignes Dijonnoises, nom bourguignon des veillées rustiques, nous dit à son tour, comment, dans ces sones de cabanes improvisées au début de chaque hiver, se tenaient les réunions campagnardes : « Là ordinairement les après souppées s'assembloient les plus belles filles de ces vignerons, avec leurs quenouilles et autres ouvrages, et font la veillée jusques à la minuict... C'est chose certaine que quand Vescraigne est pleine, l'on y dit une infinité de bons mots et contes gracieux... »

Un demi-siècle auparavant, Rabelais nous représente ainsi le père de Gargantua au milieu des siens (l. 1, ch. xxiii) : « Le vieux bon homme Grandgousier son père, qui après souper se chauffe les couilles à un beau clair et grand feu, et attendant graisler des chastaines, escript au foyer avec un baston bruslé d'un bout, dont on escharbotte le feu : faisant à sa femme et famille de beaulx contes du temps jadis ».

Et ailleurs, pendant le combat singulier entre le géant Loup- Garou et Pantagruel, Panurge, retiré avec les géants du roi Loup-Garou, banquetait avec eux et les amusait par ses récits du bon vieux temps (l. Il, ch. xxix) : « Cependant Panurge leur contoit les Fables de Turpin (i), les Exemples de sainct Nicolas et le Conte de la Ciguoingne » (2).

Ces deux dernières appellations traditionnelles nous serviront de point de départ pour classer les différents genres de contes familiers à Rabelais et à son siècle.

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