Acte de bateleur, c'est-à-dire tour de passe-passe, truc de forain
Brodeur. — Et autant pour le brodeur (l. II, ch. xm.) — Si rien donnoit, autant en avoit le brodeur (1. IV, ch. xxxii).
Proverbe qu'on allègue pour affronter un menteur ou un vantard. Ce dicton fait allusion aux tromperies des tailleurs de l'époque : « Non pas que je vueille dire que les tailleurs soyent larrons, car ils ne prennent que cela qu'on leur baille, non plus que les musniers », nous dit Des Periers, dans laxLvi' nouvelle de ses Joyeux Devis. ^,
Brodeur signifiait alors tailleur qui bordait les habits (i): quand le prix était convenu pour un vêtement, les brodeurs en réclamaient le double, sous prétexte que la bordure n'était pas comprise (2). Pasquier se trompait donc lorsqu'il interprétait brodeur par bourdeur, menteur, faiseur de bourdes (1. VIII, ch. XLii): « Le brodeur qne nous adaptons à un insigne menteur, quand un homme, nous ayant payé d'une bourde, nous en souhaitons autant le brodeur, est dit par corruption de langage au lieu de bourdeur ».
Maîtee. — Vous dictes facilement qu'il n'est ouvraige que de maistres, et couraige que de crocqueurs de pies (I. IV, Prol. anc).
C'est-à-dire qui est passé maître et reconnu habile dans quelque art.
Marchand. — O le ji^rand mesnaiger que je seray !.. Coibieu, sus cestuy mien bureau, ne se joue pas .mon argentier d' allonger les ss (1. m, ch. vii).
C'est-à-dire de falsifier les comptes. Dans l'ancienne écriture, r/ (franc) et l'.s (sou) différaient seulement par une queue qu'on pouvait facilemjnt ajouter aux comptes (3).
(c) Cf. « ceincture brodée de levraulx » (1. II, ch, xxvi) et « belle brodure de canetillc » (1. I, ch. vni).
(2) On lit ce proverbe après Rabelais :
Dans les Jaloux de Larivey {Ancien Théâtre, t. VI, p. 88) :
Zacchakie. — Mon gentilhomme, je vous jure par mon arae... qu'il n'y a et n'y eut oncques céans chose qui vous appartienne.
FiERAiiRAs. — Autant pour le brodeur.
Comédies des Proverbes (acte III, se. 11) : « Croyez-moy, vous serez sauvez, et autant pour le brodeur ».
(3) On lit ce muine proverbe dans Cholières, t. Il, p. 35i : « Un marchand qui avoii haussé le gantelet et allongé les ss de son livre de Raison ».
— Le paouvre homme par justice feut condamné à payer les estoffes de tous ses challans: et de présent en est au saphran (1. IV, ch. lu).
C'est-à-dire complètement ruiné, la coutume étant de peindre la maison du banqueroutier (comme celle du traître) en jaune safran (i). L'expression se lit dans Robert Estienne (1539) : « Aller au sa/rari, despendre tous ses biens».
Meunier. — Tiroit d'un sac deux moultures (1. I, ch. xi).
Cf. 1. 111, ch. Il : « Les meusniers qui sont ordinairement larrons ». Mielot donne, au xv' siècle, ce proverbe sous cette forme (n° 44): « C'est prins d'un sac double mousture ».
La mauvaise réputation des meuniers est relevée par la plupart des écrivains de l'époque (2).