PREFACE XI
manière heureuse l'influence que ces deux génies ont exercée sur le développement de la langue littéraire. Si elle doit au premier sa gravité et sa logique, elle a reçu du second la souplesse et la vie. Molière et la Fontaine ont dignement continué cette illustre lignée des créateurs du verbe.
J'ai pris ici le terme philologie au sens le plus large. Les créations verbales du grand écrivain, si heureuses et si frappantes, son onomastique et surtout les côtés affectifs de son lanp;ao;e ont été étudiés avec le même intérêt que les éléments linguistiques proprement dits de son vocabulaire immense, original et varié. Il s'agissait d'en saisir les traits essentiels et de les replacer chacun dans son cadre. Tâche difficile et complexe qui commande l'indulofence.i
Un dernier mot.
L'effort prodigieux fourni par notre pays pendant la grande Guerre permettait d'espérer un prompt relèvement du génie national, un brillant réveil artistique, littéraire et scientifique. Jamais peut-être, hélas ! la pensée française n'a traversé une période plus sombre que celle qui a suivi les premières années de la Victoire. Les soucis de la vie matérielle, indéfiniment accrus, ont relégué au dernier plan les préoccupations intellectuelles. Par un temps si peu favorable aux travaux de l'esprit, cet ouvrage serait longtemps resté sur le chantier sans le concours obligeant de M. Aristide Blank. Intelligence d'élite, ami des artistes et des érudits, il a bien voulu s'intéresser à mes recherches et seconder mes efforts pour ériger à Rabelais un monument philologique, dont les pierres ont été taillées et cimentées pendant de longues années.
Je dois mainte suggestion intéressante à M. Henri Glouzot, rabelaisant et critique d'art, notamment dans les chapitres consacrés à l'architecture et aux traditions